Bruno Le Maire prudent sur les farines animales

Le 15 juin 2011 par Romain Loury
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Bruno Le Maire s’est engagé à maintenir l’interdiction des farines animales, au moins «tant qu’(il) sera(it) ministre de l’agriculture», lors d’une interview  dimanche devant le Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.
 
Cette affirmation du ministre fait suite à un rapport intermédiaire du Conseil national de l’alimentation (CNA), qui s’y montre favorable à un retour progressif des protéines animales transformées (PAT) [1]. D’abord dans l’aquaculture, puis pour les porcs et la volaille, mais jamais pour les bovins (voir le JDLE). Un avis qui reprend la position de la Commission européenne.
 
«Tant que je n’ai pas toutes les assurances dans ce domaine-là, je ne prends pas de décision qui pourrait mettre en cause la santé de quelque Français que ce soit», a déclaré Bruno Le Maire. «Ce que j’ai en tête, ce sont les 200 morts de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) pendant la crise des farines animales» et «l’incapacité à retracer pendant des mois et des mois l’origine de ces farines animales», a-t-il poursuivi.
 
«Tant que je serai ministre de l’agriculture, on ne réintroduira pas les farines animales en France», a conclu Bruno Le Maire. Il y a fort à parier qu’il dise vrai, car une telle mesure n’est pas à attendre dans l’immédiat: «Cela se comptera en années», avait estimé une porte-parole du CNA [2]. Et il y a peu de chances qu’un sujet aussi épineux progresse, moins d’un an avant les élections présidentielles. Des élections qui, quels qu’en soient les résultats, redistribueront les cartes ministérielles.
 
Dans un communiqué, le Syndicat national de l’industrie des viandes (SNIV-SNCP) se montre pour sa part d’accord avec l’avis du CNA. D’un point de vue nutritionnel, économique mais aussi environnemental. «Depuis l’interdiction des farines en 2000, l’alimentation des animaux omnivores, comme les volailles ou les porcs, est complémentée par des protéines végétales, généralement issues de tourteau de soja importé», acheminées par bateau d’Amérique du Nord, rappelle les industriels. En termes de bilan carbone, «un vrai non-sens écologique», ajoutent-ils.
 
Afin de déminer le sujet, le SNIV-SNCP rappelle le distinguo entre «farines animales», qui restent à exclure, et «protéines animales transformées», dont il est question dans l’avis du CNA. Selon lui, elles diffèrent par le type de sous-produits animaux qui entrent dans leur composition. Selon le règlement européen, la catégorie 3 «correspond à des matières provenant d’animaux propres à la consommation, mais non destinées à l’alimentation de l’homme». Quant aux catégories 1 et 2, présentant des risques sanitaires, «elles ne peuvent pas être employées pour la fabrication des PAT», explique le syndicat.
 
 
[1] Les farines de viande et d’os sont interdites depuis juillet 1994 pour l’alimentation des bovins, des ovins et des caprins. Cette interdiction a été étendue en 2001 à l’ensemble des protéines animales transformées (PAT). Parmi les rares exceptions, les farines de poisson peuvent encore être utilisées dans les élevages piscicoles et pour les non-ruminants.
 
[2] Le document publié par le CNA ne constitue qu’un point d’étape d’un rapport final attendu pour septembre. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, du travail et de l’environnement (Anses) planche pour sa part sur les aspects sanitaires du sujet. Ces avis ne sont que consultatifs, la mesure devant ensuite être débattue au niveau politique (national et européen).
 


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