Bruit, ondes, nano: une recherche laborieuse

Le 12 octobre 2015 par Romain Loury
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Le bruit, une pollution diffuse
Le bruit, une pollution diffuse
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Quel impact des agents physiques, dont les ondes, le bruit et les nanomatériaux sur la santé humaine? Lors d’un colloque organisé lundi 12 octobre à Paris par l’Anses [1], plusieurs chercheurs ont avancé quelques réponses, tout en soulignant les difficultés méthodologiques de tels travaux.

Face à l’émergence de ces nouveaux facteurs, «il est absolument indispensable d’évaluer les risques et de réduire les incertitudes», a souligné Marc Mortureux, directeur général de l’Anses. La tâche s’annonce ardue, comme le révèlent les résultats des quelques études présentées lundi, lors d’un colloque visant à faire le point sur l’avancée du programme national de recherche environnement santé travail.

Parmi ces facteurs physiques, le bruit, les ondes, et les nanomatériaux. «Ces agents physiques posent des questions spécifiques que le modèle générique [celui appliqué au risque chimique] ne permet pas toutes de résoudre», pointe Jean-François Viel, épidémiologiste à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset, Rennes). Outre l’exposition, très variable dans l’espace 3D d’une ville, il est particulièrement ardu d’étudier un facteur dont on ignore par quels mécanismes biologiques il agit.

Plus en aval, vaut-il mieux étudier les maladies diagnostiquées, les dépistées, les déclarées, voire les ressenties? Quant aux symptômes, tels que les troubles du sommeil et l’anxiété ressentis par les personnes souffrant du bruit, «quelles échelles utiliser, quels questionnaires, quels marqueurs biologiques?», poursuit Jean-François Viel. D’autant que l’exposition à un facteur donné n’est pas forcément celle ressentie par l’individu, plus ou moins sensible au bruit ou aux ondes.

Le bruit, difficile à entendre

A la vue des études présentées lundi, il est manifeste que le travail des chercheurs porte autant sur la résolution de ces écueils méthodologiques que sur la question de recherche posée. Exemple avec l’étude présentée par Aurélie Bocquier, de l’Observatoire régional de la santé de Provence-Alpes-Côte d’Azur (ORS Paca), où il s’agissait d’évaluer la consommation de médicaments psychotropes (anxiolytiques, hypnotiques) en fonction de l’exposition au bruit routier à Marseille.

L’équipe a essayé de déterminer au mieux l’exposition au bruit à un niveau géographique fin, à savoir les Iris (îlots regroupés pour l’information statistique), en tenant compte de la vitesse réelle des véhicules (et non pas de celle réglementaire), mais aussi de l’ensemble des façades et des étages des immeubles, plus ou moins exposés au bruit. Au final, ce sont 190.638 individus inscrits au régime général de l’assurance maladie qui ont été analysés, leur exposition au bruit étant comparée à leur prise de médicaments psychotropes.

Résultat: il existe un léger surrisque, chez les classes les plus favorisées, de prise de ces médicaments chez les personnes exposées à un bruit nocturne dépassant 55 décibel. Résultat très intéressant, mais dont plusieurs participants au colloque ont pointé les incertitudes: ces classes favorisées n’auraient-elles pas plus souvent recours à des médicaments à base de plantes, non pris en charge par l’assurance maladie? Et quid du bruit engendré par les voisins, souvent plus dérangeant que celui du trafic?

Des pollutions intriquées

Autre problème majeur lorsqu’il s’agit d’étudier le bruit du trafic routier: il accompagne souvent une pollution de l’air dont les effets sont aussi cardiovasculaires. Dès lors, comment étudier l’effet spécifique du bruit sur ces maladies? Tel est l’un des objets de l’étude Tri-Tabs, menée dans trois villes européennes, à savoir Grenoble, Girone (Espagne) et Bâle (Suisse), et dont des résultats ont été présentés par Rémy Slama (équipe d’épidémiologie environnementale, Inserm/université de Grenoble). Parvenant à distinguer l’un de l’autre en étudiant leur corrélation spatiotemporelle, les chercheurs ont ainsi estimé que toute hausse de 5dB de l’exposition au bruit augmentait le risque d’hypertension de 6%, indépendamment de la qualité de l’air.

Les choses ne sont pas plus simples en laboratoire, comme le montre l’étude présentée par Yves Le Dréan, de l’Irset. Portant sur l’effet des ondes millimétriques (portails de sécurité dans les aéroports, future téléphonie 5G, radars anticollision installés dans les voitures), ces travaux n’ont révélé aucun effet tangible lorsque des cellules en culture y étaient soumises pendant 24 heures. Mais pour le chercheur, rien n’exclut l’existence d’effets biologiques pour des expositions plus longues, ou pour d’autres types de cellules que les kératinocytes (cellules de la peau) étudiés, voire in vivo.

[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.



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