Brexit is not good pour l’environnement

Le 19 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Favorable au maintien d'Albion dans l'UE, David Cameron joue gros avec son référendum.
Favorable au maintien d'Albion dans l'UE, David Cameron joue gros avec son référendum.
DR

Deux mois avant la tenue du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, le débat fait rage outre-Manche. Et n’esquive pas les questions environnementales.

Should I Stay or Should I go, s’interrogeaient déjà les Clash en 1981. Trois décennies plus tard, les Britanniques semblent en être toujours au même point. Faut-il ou non rester dans l’Union européenne? Telle sera la question à laquelle les électeurs devront répondre lors du référendum du 23 juin prochain. En attendant ce fucking thursday, le débat bat son plein.

Soulignant les vertus économiques et sociales du marché unique, les Europhiles affirment qu’un Brexit (contraction de Britain Exit) sera préjudiciable au business britannique. Une récente étude de la London School of Economics leur donne raison en estimant que le PIB baisserait de 1% à 3% à la suite d’une sortie de l’UE. Une estimation très prudente. Dans un rapport publié lundi 18 avril, le Trésor considère qu’une rupture totale avec l’Europe continentale pourrait faire chuter d’une dizaine de pourcents la production de richesse nationale. De quoi amputer le revenu annuel de chaque ménage de 4.300 £ (5.400 euros).

Une projection balayée par Steven Woolfe. Pour l’eurodéputé (Ukip) eurosceptique, l’Europe est déjà une zone où l’incertitude fait loi: la quitter ne peut que bénéficier aux entreprises made in UK.

Quotidiennes et passionnées, les discussions ne s’en tiennent pas aux seules questions économiques et sociales. Car, contrairement à la France, l’écologie est un sujet politique sur l’autre rive du Channel. Ces derniers mois, le comité de l’audit environnemental du parlement britannique a interrogé juristes, représentants d’associations et scientifiques. Une seule question leur était posée: l’environnement pâtirait-il d’un Brexit? Le 15 avril, l’office parlementaire a publié le résultat de ses auditions.

Les bienfaits du droit communautaire

Unanimement, les experts reconnaissent les bienfaits du droit de l’environnement communautaire. «Jusqu’aux années 1980, le Royaume-Uni était considéré comme l’homme sale de l’Europe. Nous avions les plus fortes émissions de dioxyde de soufre de l’UE. Et notre littoral n’était que l’exutoire de nos effluents urbains», résume Charlotte Burns, abondamment citée par le rapport. Pour la professeure de droit de l’environnement à l’université de York, l’intégration à l’Europe a permis au Royaume-Uni de rejoindre le niveau atteint par les pays scandinaves: «La directive sur les eaux de baignade nous a obligés à revoir notre système de traitement des eaux usées, de gestion des nitrates. Ce qui a amélioré la qualité des eaux et des plages.»

La juriste souligne aussi que l’application de la directive cadre sur l’air et de ses directives filles a contribué à faire chuter les émissions d’oxydes de soufre et d’azote. Le droit européen a aussi réduit la vitesse d’érosion de la biodiversité. «Avant l’adoption de la directive Habitats, le Royaume perdait 15% de ses sites protégés chaque année, contre moins de 1% par an aujourd’hui», confirme Kates Jennings, de la Royal Society for the protection of birds.

Londres dépossédée

Cette ‘montée en gamme’ a permis au Royaume-Uni de conquérir ses quartiers de noblesse verte. «Sa compétence et son expertise dans les négociations internationales ont contribué à étendre l’influence britannique», écrivent les rapporteurs. Influence qui n’aurait pas été inutile au gouvernement français pour boucler l’accord de Paris, poursuivent-ils. Fort bien, mais tout cela ne pèse pas lourd face aux critiques des partisans de la sortie. Ces derniers, comme le député (Tory) Peter Lilley, considèrent que l’appartenance à l’UE a dépossédé Londres de ses prérogatives dans les instances dirigeantes des organisations internationales de protection de la faune et de la flore (Iccat, Cites, CBI[1]).

A supposer que les électeurs britanniques choisissent le Yes, deux scénarios sont envisageables. Après les deux années de négociations prévues, le Royaume-Uni pourrait intégrer l’espace économique européen (EEE). Ce qui ne le dispensera pas de certaines des règles honnies par les hérauts de Ukip, le parti isolationniste. Pour avoir accès au marché communautaire, Suisse, Norvège, Islande et Liechtenstein ont dû intégrer à leur droit national la plupart de l’acquis communautaire, à l’exception des textes protégeant les oiseaux, les eaux et les sites naturels. «Le gouvernement du Royaume-Uni pourrait alors librement réviser ou abroger ces textes», résume Charlotte Burns.

Rupture totale?

Même si elle n’est pas le scénario le plus probable, la rupture totale avec l’Europe n’est pas totalement à exclure. Laissant alors une totale liberté au gouvernement et aux parlementaires britanniques pour retailler à façon l’acquis communautaire. Aucun projet n’a passé les portes du 10 Downing Street. Toutefois, à l’examen des derniers freins serrés par l’administration Cameron, on peut imaginer quelles politiques environnementales européennes subiraient les premières foudres d’un Total Brexit: l’encadrement de la qualité des carburants, l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, la commercialisation des pesticides néonicotinoïdes et la protection des zones écologiques remarquables. «Ce qui dégraderait la qualité de l’air et de l’eau des Britanniques et affecterait les affaires des entreprises vivant du tourisme et de la nature», résume Charlotte Burns.



[1] Iccat: Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique, Cites: Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, CBI: Commission baleinière internationale

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus