BPA, parabènes et phtalates «omniprésents» dans les eaux françaises

Le 25 juin 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une vingtaine de résidus médicamenteux sont régulièrement détectés dans l'eau.
Une vingtaine de résidus médicamenteux sont régulièrement détectés dans l'eau.
VLDT

L’Ineris vient d’établir un état des lieux de la pollution des eaux par les contaminants «émergents». Certains sont déjà présents partout.

C’est à un travail de titan que se sont attelés les chercheurs de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). Douze mois durant, les scientifiques ont quantifié, dans des échantillons d’eau superficielle et souterraine prélevés aux 8 coins de l’Hexagone et des DOM, la présence de «polluants peu recherchés ou mal connus». But de l’opération: dresser un état des lieux de la contamination des eaux tricolores par les contaminants «émergents», à l’instar du tristement célèbre bisphénol A (BPA), des phtalates ou des molécules très présentes dans nos produits de beauté.

triple objectif

L’objectif de l’étude est triple, rappelle-t-on à l’Ineris: définir la liste des substances à surveiller régulièrement dans les prochains plans de gestion; faire ressortir les lacunes en matière de toxicologie et d’écotoxicologie; éprouver les méthodes d’analyse académiques pour sélectionner celles qui seront le plus facilement utilisables sur le terrain.

A terme, les données collectées serviront aussi à établir la liste des polluants spécifiques à l’état écologique (PSEE), propre à chaque bassin hydrographique et dont les données doivent être rapportées au niveau européen, conformément à la directive-cadre sur l’eau[1] (DCE). Elles ne seront pas inutiles non plus pour d’autres programmes, tels Ecophyto, le plan national contre la pollution des milieux aquatiques par les micropolluants ou le non moins célèbre plan national sur les résidus de médicaments dans les eaux.

180 molécules à suivre

La créativité des chimistes étant infinie, les chercheurs de l’Ineris ont sélectionné les molécules à suivre en fonction de cahiers des charges simples: des molécules mal connues ou peu suivies, souvent utilisées, potentiellement dangereuses pour l’homme et l’environnement. Dans un premier temps, 540 substances ont été retenues. Une liste rabotée des deux tiers par la suite.

Dans le lot, on trouve des produits de soin corporel, des plastifiants, des pesticides et biocides, des résidus de médicaments, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des retardateurs de flamme, des additifs d’essence. Bref, un sacré cocktail.

Les échantillons d’eau ont été prélevés entre avril 2012 et 2013 sur 158 sites du réseau de contrôle et de surveillance (RCS), dont 25 situés dans les DOM. Au total, plus de 550 analyses ont été effectuées par substance, produisant 80.000 résultats exploitables tant pour les eaux superficielles continentales ou les eaux littorales que pour les eaux souterraines (dans les DOM uniquement).

Tendances lourdes

Si le travail n’est pas présenté comme une étude prospective, l’état des lieux permet néanmoins d’esquisser certaines tendances lourdes. Jamais recherchés jusqu’alors de façon systématique, les parabènes sont présents partout: ils sont présents dans plus de 99% des échantillons analysés. Utilisés comme conservateurs dans les cosmétiques et les produits de soins, ces phénols sont fortement suspectés d’accroître le poids des nouveau-nés.

Moins surprenant, le BPA et les phtalates, autres perturbateurs endocriniens reconnus, sont très fréquents: le diisobutyl-, le diéthyl-, le n-butyl phtalate et le bisphénol A ont été quantifiés dans plus de 50% des échantillons d’eau et le benzyl butyl phtalate dans un tiers des échantillons de sédiments. «Ces substances peuvent être considérées comme omniprésentes sur le territoire», insiste l’Ineris.

Autre non-événement: la présence de nombreux phytosanitaires dans les eaux. Plus surprenante, en revanche, est la contamination de quelques échantillons par des produits dont l’utilisation est interdite depuis des lustres. Deux métabolites du DDT ont été retrouvés dans plus de la moitié des échantillons de sédiments analysés. Dans l’eau, on trouve encore régulièrement du parathion méthyl, du parathion éthyl, de l’ométhoate, du monocrotophos, du carbofuran et de la carbendazime, dont la vente et l’utilisation sont également interdites.

Une ordonnance pour l’eau?

Faudra-t-il une ordonnance pour boire un verre d’eau? Pas impossible, au vu des médicaments que l’on y trouve. Une vingtaine de résidus médicamenteux ont été détectés au moins une fois dans les eaux superficielles, dont 4 molécules[2] ont été retrouvées dans plus de la moitié des échantillons. Sont également à signaler deux hormones (un œstrogène -l’estrone- et un progestatif de synthèse -le norethindrone) quantifiées sur environ 5% des analyses.

La quasi-totalité des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sélectionnés ont été détectés au moins une fois dans les sédiments. «Il s’agit de HAP non réglementés et pour lesquels un manque d’information sur l’occurrence dans les sédiments avait été constaté lors de la priorisation», précise l’Ineris.

Parmi les produits industriels, 11 retardateurs de flammes non réglementés dans la DCE au moment de l’étude prospective, ont été recherchés dans la matrice sédiment. Six ont été quantifiés au moins une fois dans les cours d’eau de métropole. Les plus fréquents sont le décabromodiphényléther (BDE-209), le HBCDD (15% des analyses) et le TBBPA (10% des analyses). Et pour l’eau en bouteille?

 



[1] Un arrêté ministériel, réformant celui du 25 janvier 2010, doit être publié d’ici la fin de l’année.

 



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