BPA: les Américains inquiets, les Européens pas encore

Le 21 avril 2008 par Claire Avignon
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baby bottle
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Le bisphénol A (BPA), une substance présente dans des produits en contact avec l’alimentation, fait l’objet d’une polémique aux Etats-Unis et au Canada. De ce côté de l’Atlantique, l’attention est beaucoup moins grande, sauf de la part des chercheurs.

Vendredi 18 avril, le gouvernement canadien a proposé d'interdire les biberons de polycarbonate contenant du bisphénol A, mesure qui devrait prendre effet après une période de consultation. Jeudi 17 avril, le géant américain de la distribution Wal-Mart a annoncé retirer immédiatement de la vente les produits pour bébés contenant du bisphénol A dans ses magasins canadiens, et en début d'année prochaine aux Etats-Unis. Il s'agit des derniers rebondissements qui ont touché l'Amérique du Nord la semaine dernière, suite à la publication d'un rapport du programme national américain de toxicologie (1).

Soupçonnée d'être un perturbateur endocrinien pour l'homme (il l'est pour les rongeurs), le bisphénol A est présent dans l'urine de la grande majorité des populations occidentales, à cause de la migration –en petite quantité- de la substance présente dans certains produits en plastique (biberons, assiettes, récipients, gobelets, etc.) vers les aliments. «Mais contrairement aux dioxines, cette substance n'a pas un caractère accumulatif dans les graisses. C'est parce que l'exposition est régulière que les doses retrouvées dans l'urine sont constantes», précise Thierry Pineau, chercheur à l'Institut national de recherche agronomique (Inra) de Toulouse. Jusqu'ici, l'Administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) a toujours jugé très peu élevés les risques pour la santé humaine de l'exposition au bisphénol A.

Les conclusions du programme de toxicologie pourraient changer la donne. Les scientifiques ayant participé à l'évaluation de la substance disent avoir «quelques inquiétudes» («some concern») pour les foetus, les nouveau-nés et les enfants. Elle pourrait avoir des effets sur leur cerveau et leur comportement au niveau actuel d'exposition humaine, ainsi que sur les glandes prostatique et mammaire. La molécule pourrait également avancer l'âge de la puberté pour les jeunes filles. En revanche, l'étude conclut à des «inquiétudes négligeables» et «minimes» pour les femmes enceintes et les travailleurs exposés à des concentrations plus élevées que la population générale.

Selon les défenseurs du bisphénol A, dont l'American Chemistry council, le rapport ne conclut pas à la dangerosité du produit, puisqu'il n'a pas été identifié comme provoquant des «inquiétudes», voire de «sérieuses inquiétudes». Il ne parle «que» de «quelques inquiétudes», placé en troisième position dans l'échelle utilisée par le programme national américain de toxicologie.

Ce qui n'a pas empêché plusieurs membres démocrates de la Chambre des représentants de demander une nouvelle évaluation de la part de la FDA. La réponse pourrait venir des pouvoirs publics locaux puisque, selon le Washington Post, plusieurs Etats dont la Californie et le New Jersey envisagent d'interdire la substance.

Au sein de l'Union européenne, le ton est beaucoup moins alarmant. Dans un avis de janvier 2007, l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) a même relevé la dose journalière acceptable (DJA) de 0,01 à 0,05 milligramme par kilogramme de poids corporel. Quant à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), elle n'a encore jamais évalué la substance.

Toutefois, les chercheurs européens ne sont pas inactifs. En France, une étude menée par Thierry Pineau analyse actuellement l'effet du bisphénol A sur le colon. L'équipe va par ailleurs se pencher sur des résultats récents de leurs collègues américains qui émettent l'hypothèse que le bisphénol A pourrait contribuer à l'épidémie d'obésité, et donc à toutes les maladies qui en résultent (diabète de type 2, maladies cardiaques, certains cancers, etc.). «Nous voulons savoir quel mécanisme biologique est en jeu», précise Thierry Pineau. «Si le lien entre la molécule et l'obésité était avéré, il faudrait alors évaluer ce danger en fonction des doses reçues par la population générale, afin de vérifier que le risque est réel», continue le chercheur.



(1) US National toxicology program




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