BPA: l’Efsa refuse de suivre les conclusions de l’Anses

Le 02 décembre 2011 par Geneviève De Lacour
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L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié en octobre dernier un volumineux rapport sur les effets sanitaires du bisphénol A (BPA). Les conclusions de l’Anses ont mis en évidence des effets sanitaires, avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme, et ce même à de faibles niveaux d'exposition, c'est-à-dire «à des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires» (voir JDLE).

Retour en arrière. Septembre 2010: l’agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) émet un avis scientifique sur la sécurité du bisphénol A confirmant la dose journalière tolérable (DJT) de 0,05 milligramme par kilogramme établie en 2006. Cet avis, plutôt rassurant, ne préconise donc pas de mesures particulières pour réduire l'exposition de la population au BPA.

Grâce à sa récente méta-analyse[1], l’Anses émet un avis qui fait grand bruit puisqu’elle est l’une des premières agences –après les autorités sanitaires canadiennes en 2008- à alerter sur la toxicité du BPA et surtout à reconnaître le danger des faibles doses à certaines périodes cruciales de la vie. Dans la foulée, Bruxelles a donc invité l’Efsa à se prononcer de nouveau sur les risques sanitaires présentés par ce perturbateur endocrinien.

Malgré les conclusions du rapport de l’agence française, l’Efsa maintient, une fois de plus, sa position. Dans un nouvel avis, rendu mercredi 30 novembre, elle critique le travail de son homologue française, déclarant dans un communiqué que «les informations contenues dans le rapport de l'Anses et relatives aux effets du BPA sur la santé ne justifient pas une modification de l'opinion exprimée par le groupe scientifique dans son avis de 2010». L'agence européenne ajoute toutefois qu'elle réexaminera en profondeur son avis en 2012, à la lumière de nouvelles études qui doivent être prochainement publiées aux Etats-Unis.

Mais, selon le journal Le Monde, un groupe de 32 chercheurs américains aurait adressé à la direction générale de l'Anses un texte de soutien. «Nous soutenons avec force l'approche mise en œuvre par l'Anses dans son analyse des effets sur l'homme et l'animal du bisphénol A», écrivent les auteurs, parmi lesquels figurent les premiers scientifiques à avoir mis en évidence les effets du BPA. «En particulier, nous applaudissons l'utilisation de toute la science disponible pour évaluer les risques potentiels entrainés par l'exposition à de faibles doses de BPA», ajoutent-ils.

Mais que peuvent bien reprocher ces scientifiques à l’agence européenne? «Bien qu'elle affirme le contraire, l'Efsa est la dernière grande agence de sécurité sanitaire à fonder l'essentiel de son opinion sur les études industrielles dont les protocoles sont obsolètes et inadaptés», explique le biologiste Frederick vom Saal de l’université du Missouri, (Etats-Unis), coauteur de la lettre de soutien à l'Anses.

De son côté André Cicolella, toxicologue et président du Réseau environnement-santé (RES), évoque l’existence de récentes études qui «confirment le changement de paradigme des perturbateurs endocriniens, à savoir que c’est ’la période qui fait le poison‘ alors que l’Efsa s’accroche à l’ancien modèle selon lequel ’c’est la dose qui fait le poison’».
 
Dans son communiqué, l'Efsa explique ses divergences avec l'Anses par le fait que le travail de cette dernière «se circonscrivait à une identification du danger, tandis (qu'elle-même) a réalisé une évaluation complète des risques associés au BPA». L'autorité européenne assure ainsi que la dose journalière admissible (DJA) a été établie en 2006 de façon «à protéger toutes les populations» et «pendant toute une durée de vie». Et qu'il n'y a aujourd'hui pas de nouveaux éléments pour la modifier.
 
«Il y a dans l'avis de l'Efsa des affirmations tellement fausses que cela en est à la fois perturbant et embarrassant», estime Frederik vom Saal. L'affirmation selon laquelle le BPA serait rapidement métabolisé est, par exemple, en contradiction avec un grand nombre de travaux et ne reflète pas les connaissances scientifiques actuelles.»
 
Un point de vue partagé par André Cicolella qui commente: «Il est parfaitement absurde de voir l’Efsa avancer comme argument que l’on ne peut tenir compte des études épidémiologiques pour fixer des DJA. C’est évidemment l’inverse qui est vrai: ces études montrent que l’on observe des effets sur la santé, au niveau d’imprégnation de la population humaine en général, ce qui est la preuve que l’actuelle DJA ne protège pas la population».


[1] méta-analyse: l’examen de nombreuses études existantes et notamment les plus récentes


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