BPA: l’Efsa consulte sur une nouvelle évaluation des risques

Le 17 janvier 2014 par Marine Jobert
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Un risque faible pour les nourissons, selon l'Efsa.
Un risque faible pour les nourissons, selon l'Efsa.
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L’agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) lance une consultation publique sur son projet d'évaluation des risques associés à l'exposition au bisphénol A (BPA) pour la santé humaine. Il s’agit de la 2ème étape d’un processus global d’évaluation de l’exposition des populations au BPA, un perturbateur endocrinien avéré. A l’été 2013, l’Efsa avait lancé un processus de réactualisation de ses connaissances sur les sources d’exposition alimentaires, mais aussi non alimentaires (c’est-à-dire le contact avec le papier thermique utilisé dans les supermarchés, l'inhalation et la poussière) de la population. La précédente évaluation datait de 2006.

 

L’Efsa indique avoir entrepris «un examen complet de la littérature scientifique et des évaluations des risques antérieures réalisées sur le BPA par des organismes d'experts». Soit plus de 450 études portant sur les dangers potentiels pour la santé associés au BPA, qui lui ont permis d’identifier «des effets indésirables probables sur le foie et les reins, ainsi que des effets sur la glande mammaire, comme étant liés à l'exposition à cette substance chimique». En conséquence, elle recommande que la dose journalière admissible[1] (DJA) actuelle «soit abaissée». Elle passerait d’un niveau actuel de 50 µg/kg de poids corporel/jour (ou 0,05 mg/kg/pc/jour) à 5 µg/kg pc/jour (0.005 mg/kg/pc/jour)[2]. Une modification «sur une base provisoire», nuance l’Efsa, aux vues «des incertitudes subsistant quant à un certain nombre d'autres risques pour la santé considérés comme moins probables». Cette DJA pourrait, ou non, être durablement révisée en fonction en des résultats des travaux de recherche menés dans le cadre du programme national de toxicologie des États-Unis (US National Toxicology Program – NTP).

 

L’avis mis en consultation se penche aussi sur les effets possibles du BPA sur les systèmes reproductif, nerveux, immunitaire, métabolique et cardiovasculaire, ainsi que sur le développement de cancers. «Bien qu’un lien entre le BPA et ces autres effets soit actuellement considéré comme improbable, l’EFSA conclut qu’ils pourraient constituer une préoccupation potentielle pour la santé humaine et qu’ils représentent une incertitude supplémentaire concernant les risques que présente cette substance», écrit l’Efsa.

 

De façon générale, l'Efsa adopte une position assez sereine sur le risque pour la santé des consommateurs confronté au BPA. Elle qualifie ce risque de «faible (…) étant donnée que l'exposition à cette substance est bien inférieure à la DJA provisoire». Par conséquent, «le risque sanitaire pour tous les groupes de population est faible, y compris pour les fœtus, les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes», assure l’agence de Parme. Une position en totale contradiction avec quantité d’effets du BPA relatés par la littérature scientifique (impact sur le poids, les dents, le cancer du sein, la fertilité, etc…).

 

«En effet,  les estimations les plus élevées d'exposition combinée au BPA par voie orale et non-orale sont de 3 à 5 fois plus faibles que la DJA proposée, en fonction du groupe d'âge. Pour tous les groupes de population, l'exposition orale est, à elle seule, plus de 5 fois inférieure à la DJA proposée». Une étude française a récemment mis en lumière que la bouche était une voie d’exposition très «efficace» au BPA, qui pourrait bouleverser les méthodes d’évaluation de l’exposition des populations.

 

L’Efsa souligne à quel point le contexte scientifique est mouvant. «Une grande partie de la science qui sous-tend ces conclusions est en constante évolution et que ce projet d'avis contient par conséquent un certain nombre d'incertitudes». Celles-ci seront à leur tour évaluées par le groupe scientifique de l'EFSA sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (groupe CEF). A l’issue d’une enquête fouillée, l’ONG Corporate European Observatory avait mis en lumière que ce panel était l’un de ceux de l’Efsa qui rassemblait le plus de membres (13 sur 21) en situation de conflits d’intérêt.

 



[1] La dose journalière admissible désigne la quantité de substance qui peut être quotidiennement ingérée par le consommateur, pendant toute la vie, sans effet pour sa santé. Elle est calculée à partir d'une dose sans effet observé (DSE) appelée encore dose sans effet indésirable observé (DSEIO ) ou dose minimale ayant un effet indésirable observé (DMEIO ) et d'un facteur de sécurité ou facteur d’Incertitude (FS ou FI).

La DSE choisie pour le calcul est issue de l'étude la plus appropriée sur une espèce animale sensible et représentative.
Le Facteur de sécurité tient compte de la variabilité intra et inter-espèce et de la nature des effets de la substance. Ce coefficient de sécurité varie de 100 à 1000, selon la classification de la substance active.

Les DJA sont fixées soit par la Commission européenne, soit par des instances internationales (FAO/OMS). On parle de DJA pour les pesticides et de DJT pour les métaux lourds.

 

[2] Pour les seuls effets sur la glande mammaire, l’Anses recommande un abaissement de la DJA actuelle d’un «repère toxicologique» 20.000 fois plus bas (0,0025 µg/kg), dans un avis publié en avril 2013.

 



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