BP et Shell: deux visions de la transition énergétique

Le 17 avril 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Vers le tout début du déclin de l'or noir ?
Vers le tout début du déclin de l'or noir ?
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Faute de mettre sa stratégie en adéquation avec l’Accord de Paris, Shell pourrait être poursuivie devant la justice néerlandaise.

Les deux majors n’envisagent pas leur inscription dans la transition énergétique de la même façon. Lundi 16 avril, BP annonçait vouloir stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre (autour de 50 millions de tonnes équivalent CO2 par an -MtéqCO2/an) entre 2015 et 2025.

Et ce malgré une hausse annoncée de 25% de sa production d’hydrocarbures (+900.000 barils/jour). Le secret de l’ancienne Beyond Petroleum: un programme pour colmater ses fuites de méthane et réduire le torchage de gaz associé au pétrole.

500 M$ pour les énergies décarbonées

Le groupe britannique prévoit aussi de consacrer 500 millions de dollars (405 M€) par an aux énergies ‘bas carbone’: agrocarburants et combustibles, énergies renouvelables. Au total, le groupe dirigé par Bob Dudley prévoit de réduire de 3,5 MtéqCO2/an sa contribution au réchauffement climatique, entre 2015 et 2025.

La vision de Shell est bien plus ambitieuse. Le groupe anglo-néerlandais prévoit en effet de diviser par deux son bilan carbone d’ici le milieu du siècle. «Il faudra emprunter de nombreuses voies pour y parvenir», reconnaît Ben Van Beurden, PDG du pétrogazier.

Outre la réduction de ses émissions internes de GES, Shell prévoit d’adapter son offre énergétique dans les prochaines années. Notamment, en s’ouvrant aux énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, agrocarburants et combustibles).

Tailler des croupières au charbon et au pétrole

Avec sa production croissante de gaz, Shell veut aussi tailler des croupières au charbon et au pétrole, tant sur le marché de la production d’énergie que sur ceux de l’industrie et des transports. Le pétrogazier investira d’ailleurs dans la recharge de véhicules électriques.

Côté activité industrielle, Shell promeut le développement du captage-stockage géologique de CO2 et celui des puits de carbone naturels: forêts et tourbières, par exemple.

Cette adaptation de sa stratégie et de son outil industriel permettra de supporter un accroissement sensible de la tarification mondiale du carbone qu’elle appelle de ses vœux. Selon ses calculs, une taxation mondiale des émissions carbonées, de l’ordre de 10 $/tCO2 réduira d’un milliard de dollars par an son flux de trésorerie disponible avant impôt. Pas dramatique.

Menace judiciaire

Rassurant, ce discours ne convainc pas toutes les parties prenantes du groupe. Follow This cherche à coaliser les actionnaires de Shell pour engager l’entreprise de façon plus soutenue dans les énergies renouvelables. Dans une résolution qui sera débattue en assemblée générale le 22 mai prochain, l’ONG néerlandaise demande à la direction de fixer des objectifs à l’entreprise compatibles avec les buts fixés par l’Accord de Paris. Un texte comparable avait été rejeté l’an passé.

Ce qui ne suffit pas à rassurer l’exécutif du groupe. Au cours d’une conférence de presse, Ben Van Beurden a appelé les actionnaires à voter contre la résolution, l’estimant trop contraignante. La question pourrait être tranchée par la justice néerlandaise, sévère avec les laxistes du réchauffement. La semaine passée, la branche hollandaise des Amis de la Terre a menacé de déposer plainte contre Shell, si le plus grand pétrolier européen ne se mettait pas au diapason de la COP 21.

 



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