Bouquetins du Bargy: le préfet ouvre la chasse

Le 17 septembre 2015 par Romain Loury
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Capra ibex, victime de la brucellose
Capra ibex, victime de la brucellose
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Afin de prévenir la transmission de la brucellose aux élevages laitiers, le préfet de Haute-Savoie a décide de lancer une campagne massif d’abattage de bouquetins sur le massif du Bargy. Bien que qualifié de «compromis», le scénario proposé devrait conduire à l’abattage d’environ 80% des individus.

Si la France en était officiellement indemne depuis 2005, la brucellose, infection bactérienne également appelée «fièvre de Malte», a refait son apparition en 2012, avec deux enfants d’une même famille ayant consommé du fromage au lait cru. Le produit provenait d’un élevage de vaches du Grand-Bornand (Haute-Savoie), dont deux animaux étaient positifs pour la brucellose.

Tout porte à croire que les élevages avaient été contaminés par des bouquetins, réintroduits dans le massif du Bargy au milieu des années 1970. Suscitant la colère des associations, un abattage des individus de plus de 5 ans avait été décidé en octobre 2013 par la préfecture. Résultat: alors que les effectifs étaient estimés à 567 individus en 2013, ils n’étaient plus de 310 en 2014.

Ce n’était pourtant pas assez pour le préfet, qui bataille depuis pour relancer une campagne d’abattage massif, malgré divers avis négatifs du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et d’autres, plus que réservés, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Contre avis scientifiques et oppositions associatives, la préfecture, fortement appuyée par les éleveurs, a décidé de passer outre, en publiant mercredi 16 septembre un nouvel arrêté en ce sens.

Un «compromis» qui ne séduit guère

Pour ne pas déroger à la règle, ce scénario avait une fois de plus récolté un avis défavorable du CNPN, mardi 15 septembre, à la quasi-unanimité. Qualifié de «compromis» par la préfecture, le projet prévoit deux phases: d’une part, deux à trois semaines cet automne, durant lesquelles les bouquetins, de tout âge et de tout sexe, seront capturés, dépistés à l’aide d’un test rapide, puis euthanasiés s’ils sont séropositifs pour la maladie.

Marqués, les bouquetins séronégatifs intégreront ainsi le noyau sain, déjà constitué de 61 individus testés auparavant. Visant à faire passer la pilule auprès des associations, favorables à de tels abattages sélectifs, cette première phase sera aussitôt suivie d’un abattage massif, qui touchera tous les animaux non marqués, et donc non testés.

Dans un communiqué, quatre associations estiment que ce sont au total «200 à 250 bouquetins» qui pourraient être abattus dès cet automne dans le massif du Bargy, dont «un nombre conséquent d’animaux sains», ceux n’ayant pas eu la chance d’être testés.

Et le «compromis» ne s’arrête pas là: «tous les animaux visés ne peuvent pas être abattus avant l’arrivée des mauvaises conditions météorologiques. Les animaux sains, marqués, relâchés dans un milieu contaminé sont susceptibles d’être à leur tour infectés. Ce qui justifiera une nouvelle demande d’abattage l’année prochaine», dénoncent les associations.

Dès le printemps prochain, la préfecture prévoit en effet une opération de capture des bouquetins du noyau sain, avec abattage de ceux devenus séropositifs entre temps.

Moins de bouquetins, plus de brucellose

Publié en juillet, un nouvel avis de l’Anses publié sur le sujet s’avère très réservé sur l’efficacité d’un tel abattage massif. Celui lancé en 2013, qui ne distinguait pas les animaux selon leur statut infectieux, n’aurait ainsi eu aucun effet sur la prévalence de la maladie, qui serait même passée de 36% à 43% dans la population du Bargy.

La hausse serait particulièrement marquée chez les jeunes: chez les femelles de moins de 5 ans, le taux est passé de 11% en 2012-2013 à 53% en 2014, et de 18% à 39% chez les jeunes mâles. Pour l’agence, «l’augmentation de séroprévalence chez les animaux jeunes entre 2013 et 2014 est probablement due en grande partie à l’abattage massif réalisé en octobre 2013».

Parmi les  explications avancées, «une déstabilisation des structures socio-spatiales de la population des bouquetins et une accélération du renouvellement des groupes sociaux, mettant en contact des groupes d’animaux plus infectés avec d’autres moins infectés». Voire un «stress important» chez les animaux, du fait de la campagne d’abattage en cours, qui a pu les rendre les plus sensibles à l’infection.

Autant d’arguments qui n’ont pas découragé la préfecture de Haute-Savoie. Bien au contraire: certes, l’abattage massif pourrait avoir fait flamber la maladie chez les bouquetins, mais comme ceux-ci sont deux fois nombreux qu’avant l’opération de 2013, les risques de transmission aux élevages ont au final diminué. Jugés d’un niveau «minime» à «faible» (2 à 5 sur une échelle de 0 à 9) selon le type d’élevage, avant l’abattage, ils sont depuis passés d’un niveau «quasi-nul» à «minime» (1 à 2).

Avec cependant quelques nuances. «La répartition spatiale des animaux, tout comme la diminution de la population sont donc hétérogènes: certaines pâtures continuent d’être fréquentées par les bouquetins restants, d’autres ne le sont plus, du fait de la diminution du nombre de groupes. L’exposition du cheptel domestique dans son ensemble est donc diminuée mais de manière très hétérogène», note l’Anses.

Pour l’homme, un risque quasi-nul

Quant au risque pour l’homme, du fait de la consommation de produits laitiers contaminés, le risque est également quasi-nul. «Il est très inférieur au risque lié à la brucellose importée qui représente plus de 80 % des cas de brucellose humaine en France chaque année», note l’Anses. Ce qui interroge d’autant plus sur l’intérêt d’un nouvel abattage massif.

Face à la volonté du préfet d’aller de l’avant, les quatre associations disent «se réserver la possibilité d’user de tous les moyens légaux (contrairement au monde agricole qui prend un président et un directeur de parc national en otage et voient leurs revendications satisfaites au-delà de leurs attentes) pour empêcher ce mauvais scénario».

Une allusion à la récente séquestration de dirigeants du parc de la Vanoise par des éleveurs, qui se sont vus promettre par le préfet de Savoie l’abattage de 6 loups dans le département (alors qu’ils n’en demandaient que 5), ainsi que la possibilité de prélèvement au cœur du parc.

[1] Il s’agit de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), de France nature environnement (FNE), de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) et de la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna).



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