Bouquetins du Bargy: le préfet opte pour un compromis

Le 03 mai 2019 par Romain Loury
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Les bouquetins, réservoir sauvage de la brucellose
Les bouquetins, réservoir sauvage de la brucellose

Pour enrayer le foyer de brucellose dans le massif du Bargy, la préfecture de Haute-Savoie prévoit la possibilité d’abattre des bouquetins dont l’infection n’est pas avérée, tout en privilégiant l’euthanasie sélective d’animaux infectés, testés après capture. De quoi satisfaire les éleveurs, sans trop mécontenter les associations.

Si la France est indemne de brucellose (également appelée «fièvre de Malte») depuis 2005, le massif du Bargy, en Haute-Savoie, constitue un noyau de résistance, avec les bouquetins comme réservoir sauvage. Transmise aux ovins et bovins, la bactérie Brucella a ainsi été à l’origine de deux cas d’infection chez l’homme, en 2012, chez des enfants ayant consommé du fromage blanc caillé contaminé.

476 bouquetins tués depuis 2012

Face à l’inquiétude des producteurs, la préfecture de Haute-Savoie a lancé en 2012 une opération de contrôle de la maladie, visant principalement le bouquetin. Entre 2012 et 2018, ce sont 476 de ces bovidés sauvages qui ont été abattus sur le massif du Bargy. Parmi eux, seuls 130 avaient été analysés comme séropositifs, les 346 autres ayant été abattus à distance, sans vérification de leur infection, dans le seul objectif d’abaisser la densité de la population –et donc de réduire la transmission au sein de l’espèce.

Problème: le bouquetin est une espèce protégée, et son abattage indiscriminé (sans vérification du statut sérologique) fait bondir les associations de défense de l’environnement. Autant dire que les actions de gestion pour l’année 2019, annoncées vendredi 3 mai par le préfet de Haute-Savoie, Pierre Lambert, étaient très attendues[i].

50 animaux à tuer en 2019

Elles s’avèrent moins catastrophiques que ce que les associations le craignaient: selon la dérogation accordée par le Conseil national de protection de la nature (CNPN), la préfecture était en droit de tuer jusqu’à 100 animaux en 2019. Or le préfet a opté pour un compromis, en fixant ce nombre à 50 individus dans le cœur du massif.

Parmi ce quota de 50, un maximum de 20 animaux pourront être abattus sans test préalable, par exemple si l’animal évolue dans un milieu inaccessible aux agents de l’ONCFS[ii]. Quant aux autres (30 minimum), ils feront l’objet de capture, test in situ et euthanasie.

Les captures prioritaires, pour FNE

Contacté par le JDLE, Jean-Pierre Crouzat, vice-président de France Nature Environnement Haute-Savoie, estime que «les captures doivent être effectuées en priorité. Le préfet a partiellement entendu notre demande. Mais s’il avait tenu compte de la consultation publique sur l’arrêté [menée du 8 au 28 avril, ndlr], il n’y aurait que des captures et pas d’abattage».

Selon lui, «les captures vont permettre de réévaluer la prévalence en cœur de massif». D’autant que, en grande partie grâce à la capture/euthanasie, la maladie a chuté d’une prévalence de 70% à environ 20% -mais stagne depuis trois ans. Quant aux abattages indiscriminés, les associations les jugent improductifs: selon elles, ils favoriseraient au contraire la diffusion de la maladie, en poussant les bouquetins à s’éparpiller sur les massifs voisins.

La préfecture défend captures et abattages

La préfecture, qui souhaite «poursuivre le contrôle de la population de bouquetins» pour diminuer la prévalence en-dessous de 20%, continue à louer les deux approches.

La baisse de prévalence «s’explique par la diminution du nombre des animaux infectés (tirs orientés [menés sur des animaux non testés, mais présentant des symptômes], captures et euthanasie des animaux positifs) et par la diminution de la densité de bouquetins, qui réduit les possibilités de contacts entre animaux sains et animaux infectés», indique-t-elle. Pour s’assurer que la maladie ne se propage pas à d’autres massifs, la préfecture prévoit par ailleurs un dépistage sur les chamois tués à la chasse.

Difficulté nouvelle, les tirs orientés ne sont plus possibles: la maladie a évolué, et les animaux atteints ne présentent plus les symptômes dont ils souffraient lors des premières années, tels qu’arthrite du genou et inflammation testiculaire (orchite). De plus, la vaccination s’est révélée une impasse, l’examen des anticorps ne permettant pas de distinguer les individus vaccinés de ceux malades.



[i] Ces actions feront l’objet d’un arrêté préfectoral, dont la consultation a été close le 28 avril.

[ii] Office national de la chasse et de la faune sauvage

 



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