Boues rouges en Hongrie : où en est-on ?

Le 22 décembre 2010 par Célia Fontaine
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Le 4 octobre dernier, la rupture d’un réservoir dans une usine de bauxite-aluminium de la ville d'Ajka, à l'ouest de Budapest (Hongrie), a provoqué le déversement de 600.000 à 1 million de mètres cubes de boues toxiques sur 7 villages avoisinants, faisant 10 morts et 150 blessés (dans le JDLE). Un mois et demi après le sinistre, deux experts de l’ONG Robin des bois sont allés sur place pour dresser un bilan des destructions, des pollutions, ainsi que des efforts pour restaurer l’environnement et faciliter le retour à la normale. Le compte rendu de cette mission est publié dans un rapport de 46 pages intitulé « La catastrophe rouge ».

«  Tous les Etats membres de l’Union européenne peuvent être victimes de catastrophes analogues après des ruptures de digue retenant des volumes importants de boues minières ou industrielles », avertit l’ONG. En Hongrie, le constat est sans appel : «  L’environnement et les esprits restent marqués. Les efforts déployés se font dans le désordre et le manque d’information », note le rapport.

Ses auteurs, Charlotte Nithart et Christine Bossard, dressent la liste des dégâts constatés sur l’aire de répartition des boues rouges déversées, qui concerne directement une population d’environ 8.500 personnes. «  Des flux totaux de l’ordre de 70 tonnes d’arsenic, 70 t de plomb, 130 t de nickel, 650 t de chrome, 700 t vanadium, 1.600 t de soufre, 114.000 t d’aluminium sont partis dans la nature. » Pour rappel, l’arsenic, le nickel, et le chrome VI sont cancérogènes (dans le JDLE). Et les effets délétères de l’aluminium sur la santé humaine sont de plus en plus suspectés.

La rivière Torna, qui coule au pied du réservoir de boues rouges de la société MagyarAluminium (MAL), propriétaire de l'usine à l’origine de la catastrophe, a été dévastée. Sa vallée a servi de lit au fleuve de boues. «  Les berges ont été brûlées par la soude, le lit recouvert de boues rouges et les animaux aquatiques qui n’ont pas pu fuir sont morts brûlés ou asphyxiés », raconte l’association. Deux sites Natura 2000 sont inclus dans le territoire directement affecté et deux autres sites Natura 2000 sont situés en aval, aux abords de la Raba et du Danube qui ont reçu les eaux polluées de l’amont. Courant novembre, des scientifiques ukrainiens ont détecté des traces de la catastrophe hongroise dans les eaux du delta du Danube, à 1.800 kilomètres de là.

Sur les terres, «  les boues ne percoleront pas à plus de 10- 15 cm de profondeur », selon un expert de l’université de Sopron (Hongrie). Ce dernier écarte le risque de radioactivité et estime les taux de métaux lourds inférieurs aux seuils sanitaires. Il propose de planter sur les terrains contaminés des arbres qui seraient destinés à la filière Bois-énergie  : saules, peupliers, acacias.

Les boues sont mêlées à tous types de déchets : chimiques (comme les produits d’entretien), phytosanitaires, mais également provenant d’équipements électriques et électroniques, déchets végétaux et déchets organiques (bétail ou poissons englués). « Les déchets organiques exposent à des risques d’explosion dans les stockages de boues rouges après fermentation », rappelle le rapport.

Selon les maires de Kolontár et de Devecser, les déchets collectés doivent retourner à l’expéditeur, c’est-à-dire la société MAL. Mais ces déchets «  sont provisoirement regroupés dans une enceinte de confinement de boues sèches vieille d’une trentaine d’années », s’inquiète Robin des bois.

La reconstruction n’a pas commencé. A Kolontár, les canalisations d’eau devaient être remises en état mi-décembre dans les zones à reconstruire, les autres services (gaz, électricité, téléphone) seront rétablis mi février 2011. A Devecser, aucune habitation ne sera reconstruite sur la zone critique qui sera, peut-être, transformée en parc.

Dans ses recommandations, Robin des bois appelle les autorités à «  mettre en sécurité définitive les boues collectées après la catastrophe, à prolonger les suivis de la qualité de l’air et des eaux et à mettre en place une commission d’information réactive et pluraliste ».

Le rapport note par ailleurs que la Hongrie doit accomplir des progrès importants pour assurer une bonne gestion des déchets industriels en conformité avec les directives européennes. L’association demande à l’Union européenne de planifier une directive sur la gestion des déchets après les catastrophes et encadrant le suivi sanitaire et environnemental.

A noter enfin que le parlement hongrois a autorisé le prolongement de l'état d'urgence dans trois départements jusqu'au 31 mars prochain. L'hiver très humide a ralenti les travaux de nettoyage, de reconstruction ainsi que les travaux de protection en cours pour protéger les lieux d'autres catastrophes éventuelles.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus