«Boues rouges»: Alteo a 6 ans pour se mettre en conformité

Le 22 décembre 2015 par Romain Loury
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Le Parc national des calanques
Le Parc national des calanques

Le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) a donné son feu vert mardi 22 décembre à la poursuite des rejets liquides par l’usine Alteo de Gardanne (Bouches-du-Rhône), dans le parc national des calanques. L’entreprise n’aura toutefois que 6 ans pour mettre ses effluents en conformité, soit d’ici le 31 décembre 2021, contre 10 ans dans le projet initial d’arrêté.

Après 30 ans de rejet de boues rouges au large des criques de Cassis, l’usine, qui transforme la bauxite en alumines, s’est engagée en 1996 à y mettre un terme au 31 décembre 2015. L’exploitant Alteo a demandé en mai 2014 une nouvelle concession de 30 ans pour le rejet d’effluents, uniquement liquides cette fois-ci (et non plus des boues rouges comme par le passé), sur le même site -qui appartient désormais au parc national des Calanques créé en 2012.

Après de nombreux rebondissements, le projet d’arrêté visant à prolonger ces rejets a obtenu début décembre un avis positif du Coderst des Bouches-du-Rhône [1]. Et avant même que le CSPRT se prononce, le préfet de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Stéphane Bouillon, a déclaré, lors d’un entretien publié vendredi 18 décembre par le quotidien La Provence, qu’il comptait bien publier cet arrêté. Une victoire pour Bercy, un désaveu pour Ségolène Royal, en désaccord avec cette dérogation.

Le vote du CSPRT s’est finalement tenu mardi 22 décembre en fin d’après-midi. Sans surprise, le Conseil s’est prononcé en faveur de la poursuite des rejets, mais a voté à 19 voix contre 13 (et deux abstentions) pour une mise en conformité des effluents d’ici 6 ans, contre 10 dans le projet initial, avec une revue tous les 2 ans, au lieu de 5 ans.

Des efforts insuffisants

Car si l’entreprise s’est équipée d’un système de filtre presse doublé d’une filtration sous pression, qui permet de réduire la pollution d’environ 95%, ces rejets n’en dépassent pas moins, et de loin, les seuils admis pour plusieurs substances, dont l’aluminium (245 fois) et l’arsenic (34 fois). «On se bagarre pour qu’Alteo assure un traitement complémentaire afin que l’on arrive aux normes», explique Pierre Aplincourt, président de France Nature Environnement (FNE) Bouches-du-Rhône et administrateur du parc des Calanques.

Dans un rapport publié au printemps, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) estimait que la filtration adoptée par Alteo était «pertinente», et qu’elle représentait «la seule solution opérationnelle à fin 2015 qui ne remet pas en cause la continuité de l’activité industrielle». Tout en pointant plusieurs traitements complémentaires afin d’atteindre la conformité des effluents, dont un traitement physicochimique.

A FNE, on se montre très mitigé quant au résultat du vote. La mise en conformité en 6 ans, au lieu de 10 ans, est certes «une petite victoire» pour Pierre Aplincourt, mais «deux ans auraient été largement suffisants», ajoute Solène Demonet, coordinatrice du réseau Risques industriels de FNE.

Autre nouveauté, la mise en conformité sera suivie par une «commission de concertation». Quant à l’évaluation des impacts environnementaux (contamination des poissons) et sanitaires (consommation de poissons), elle sera désormais assurée par un conseil scientifique «renouvelé et indépendant», explique Solène Demonet, présente lors ce vote «un peu houleux».

Jusqu’alors, c’est Alteo qui se chargeait de cette analyse scientifique, avec une méthodologie et des résultats très vivement critiqués par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

[1] Coderst: Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques



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