Borloo jette une passerelle électrique au Maghreb

Le 05 juillet 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les lignes CCHT devront être installées par 2.000 m de profondeur.
Les lignes CCHT devront être installées par 2.000 m de profondeur.

La France entend construire des interconnexions électriques entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Point positif : cela pourrait fortement accroître la production d’électricité solaire. Mais le problème du financement est loin d’être réglé.

 

C’est l’un des actes fondateurs de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Lundi 5 juillet, devant une foule de grands patrons français, Jean-Louis Borloo a officiellement lancé Transgreen. Ambitieux, ce projet vise à transporter vers l’Union européenne l’électricité des centrales solaires et éoliennes qui seront construites dans le Sahara et sur les côtes atlantiques marocaines. Ce qui n’a rien d’évident.


Techniquement, il s’agit de tirer des lignes à courant continu haute tension (CCHT) entre les réseaux d’Afrique du Nord et les réseaux de transport d’électricité européens. Ces autoroutes électriques ont la capacité de transporter le courant sur de très longues distances, avec un taux de perte très faible, de l’ordre de à 3 % par millier de kilomètres. Porté par le consortium Transgreen, le projet a plusieurs vocations. Il participera notamment à la construction du secteur énergétique bas carbone européen. En effet, le paquet Energie climat autorise les pays membres à recourir, pour partie, à de l’électricité produite hors des frontières européennes pour atteindre leurs objectifs d’électricité « renouvelable ».


Miracle, alors que le développement des fermes solaires et des parcs éoliens se heurte à des obstacles toujours plus nombreux en Europe, l’avenir s’en annonce radieux outre-Méditerranée. « Le seul plan solaire méditerranéen prévoit la réalisation de 20.000 mégawatts crêtes (MWc) de puissance installée. D’un montant de 50 milliards d’euros, cet investissement permettra de créer 150.000 emplois et d’accroître de 10 % la production méditerranéenne d’électricité », résume Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République.


Dans l’esprit des Européens, le quart des électrons produits par les futures installations marocaines, algériennes, tunisiennes ou égyptiennes, pourrait prendre le chemin du Nord et rallier, via des lignes sous-marines, les pays du nord dela Méditerranée. Lestrois quarts restants devant être consommés par les usagers locaux. « Le projet, tel que nous l’envisageons, prévoit de mettre en service 6 lignes CCHT, ce qui devrait coûter environ 8 milliards d’euros », précise André Merlin, président des conseils de surveillance de RTE et d’ErDF. Ces câbles relieraient le Maroc à l’Espagne, l’Algérie à l’Espagne, l’Algérie à la Sardaigne, la Tunisie et la Lybie à la Sicile, l’Egypte à la Grèce et l’Egypte à la Bulgarie, via la Jordanie, la Syrie et la Turquie. « C’est un enjeu technologique majeur qui, socialement, permettra le décollage de l’Afrique du Nord et dela zone Méditerranée. C ’est aussi un élément de solidarité majeur entre l’Afrique et une Europe qui peine à trouver de nouveaux rêves », ajoute, un brin lyrique, Jean-Louis Borloo.


Voilà pour l’esquisse. Car, concrètement, « le sujet mérite encore beaucoup d’études et d’efforts », rappelle Henri Proglio, le patron d’EDF. D’ici le mois de juillet, la structure porteuse de Transgreen devrait être officiellement créée. Composé de 13 entreprises et institutions, le consortium sera dirigé par EDF. Peu doté, (son budget oscillera entre 2 et 3 millions d’euros), le réseau ne devrait pas être opérationnel avant la fin de l’année. Reste à savoir s’il sera efficace. A ce stade, il est permis d’en douter. Silatechnologie CCHTest parfaitement maîtrisée (la liaison franco-britannique IFA 2000 l’utilise depuis 1986, ndlr), les difficultés techniques et économiques sont encore nombreuses.


Pour être efficace, le transport de gros volumes d’électricité exige, de part et d’autre de la ligne sous-marine, des réseaux de transport modernes et maillés. Ce qui n’est pas forcément le cas des réseaux des pays du Maghreb et du Machrek, ni du sud de l’Italie. Il faudra donc grandement améliorer lesdits réseaux ainsi que leur maillage. Ce qui alourdira d’autant le montant dela facture. Autreécueil technique : la « topographie » dela Méditerranée. Enson centre, Mare Nostrum descend jusqu’à plus de5.000mètresde profondeur. Ce qui ne facilite pas l’installation de câbles électriques. Publiée en avril dernier, une étude de l’Union européenne temporise d’ailleurs l’enthousiasme des Français. A l’exception des liaisons entre la Tunisie, la Lybie et la Sicile, tous les autres corridors envisagés par Transgreen doivent emprunter des chemins situés à plus de2.000 mètresde fond. Des profondeurs limites. Ce qui ne contribuera pas à l’allègement de la facture, bien au contraire.


A ce propos, rien d’ailleurs n’est encore joué. Car, si les Français ont l’envie et la technologie, ils n’ont pas le début d’une once de financement. « Il y a une épargne considérable, dans le monde, qui ne sait pas où s’investir. Il faut des infrastructures qui permettent d’aller chercher l’épargne là où elle est. Transgreen peut séduire les investisseurs du Golfe et du Sud-Est asiatique », espère Augustin de Romanet, le directeur général de la Caisse des dépôts .


Mais cela n’est pas gagné. Car, le modèle économique de Transgreen a de quoi déstabiliser le plus solide des banquiers. Tel qu’imaginé par les bâtisseurs de l’UPM, le montage financier comprend des ventes d’électricité renouvelable (plus chère que l’électron de base, a priori) et du mécanisme de développement propre (MPD, l’un des mécanismes du protocole de Kyoto, ndlr). Problème : avec la crise économique, les émissions de gaz à effet de serre anthropiques diminuent, réduisant d’autant la demande en crédits carbone. Si elle venait à durer, cette évolution pourrait faire chuter les prix du carbone, réduisant d’autant l’intérêt des investisseurs à placer leur argent dans des projets d’énergie propre ou de réduction d’émissions de CO2.

 

Autre difficulté, Transgreen reste très franco-français et terriblement européen pour un projet voulant jeter une passerelle avec les pays du « Sud ». Sur les 13 entreprises et institutions qui composent le consortium, 8 sont françaises, mais une seule est extérieure à l’Union européenne : l’émiratie Taqa Arabia. Et cela ne fera que s’aggraver puisque le prochain partenaire n’est autre que Terna, le gestionnaire italien des réseaux de transport d’électricité.

 

Last but not least, le projet français n’est rien sans la production d’énergie propre qui reste désespérément marginale, au sud de Gibraltar. Fort heureusement, un alter ego à Transgreen existe. Lancé par quelques industriels allemands, Desertec vise déployer des kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques dans les déserts nord-africains pour produire toute l’électricité « verte » dont le Maghreb, le Machrek et l’Union européenne ont besoin. Hélas,la fondation Desertec , à l’instar du consortium Transgreen, reste pour le moment une coquille vide. Et seules deux entreprises (Abengoa Solar et Siemens) participent aux deux opérations.



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