Bonne année dans l’anthropocène

Le 23 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En route vers une ère nouvelle.
En route vers une ère nouvelle.

L’homme désormais influence directement la vie terrestre. Et c’est pour longtemps.

Voilà des années qu’ils se battent. Des scientifiques connus et reconnus, à l’instar du Nobel de chimie Paul Crutzen (le découvreur du «trou d’ozone»), militent pour que l’anthropocène soit inscrite dans l’échelle des temps géologiques comme l’ère dans laquelle nous vivons depuis, en gros, le milieu du XVIIIe siècle. En août prochain, lors de son congrès de Brisbane, l’Union internationale des sciences géologiques pourrait mettre ainsi fin à l’holocène, commencée il y a un peu plus de 11.000 ans. L’enjeu va bien au-delà d’une obscure querelle sémantico-scientifique.
 
Comme son étymologie l’indique, l’anthropocène est «l’ère de l’être humain». Dans l’esprit de son géniteur, le journaliste américain Andrew Revkin, il s’agit surtout de l’époque durant laquelle l’influence des activités humaines deviendra prédominante sur la vie terrestre. Et là, nul besoin de recourir à l’étude des roches, des pollens, des glaces, ni à la stratigraphie: l’anthropocène nous y sommes! Quelques exemples.
 
Le 11 mars, le Japon a subi les conséquences d’une catastrophe naturelle, comme rarement une population humaine en a connue de semblable. Un séisme d’une magnitude jamais enregistrée par les sismographes engendre un tsunami dont les vagues dévastatrices dépassent de beaucoup les ouvrages de défense et les immeubles jalonnant la côte orientale de l’archipel. Le résultat dépasse l’entendement. L’un des pays les plus développés de la planète, dont la population est de surcroît l’une des mieux préparées qui soit aux séismes et à leurs effets collatéraux, donne une furieuse bande aux assauts d’Héphaïstos et de Poséidon. Les sauveteurs découvriront, ébahis, des villes rasées, voire emportées par les flots, comptabiliseront des milliers de morts et de disparus. Qu’importe! L’Empire du soleil levant en a connu d’autres (moins graves) et se relèvera du séisme de «Tohoku-Chihou-Taiheiyou-Oki».
 
Sera-ce le cas pour les régions touchées par le plus grave des dégâts collatéraux: la destruction plus ou moins complète de trois réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-Ichi? Rien n’est moins sûr. Des centaines de milliers de personnes ont été évacuées. Mais des milliers de kilomètres carrés de zones urbaines, de rizières, de pâturages resteront longtemps contaminées. Pas simple, dans un pays où la densité de population est trois fois supérieure à celle que nous connaissons.
 
L’année que nous achevons a connu son lot (particulièrement abondant toutefois) de catastrophes naturelles. En janvier, tout le nord-est de l’Australie sombrait sous les eaux. Des millions d’hectares de forêts russes ont brûlé cet été. Un été particulièrement hot, dans l’hémisphère Nord, puisque de mémoire de Texan on n’avait pas connu pareille canicule depuis la bataille de fort Alamo. Au même moment, l’Inde et la Thaïlande se débattaient dans des inondations d’une ampleur inouïe. Naturelles, ces catastrophes? Vraiment? Les climatologues n’y croient plus. Publié en novembre, le nouveau rapport du Giec[1] indique que sécheresse, inondations, cyclones et incendies sont devenus plus fréquents et plus intenses sous l'effet du réchauffement global. Pis, la tendance va s'aggraver.
 
Selon le document, qui s'appuie sur des centaines d'études publiées ces dernières années, il est pratiquement certain que la fréquence et la magnitude des records de chaleur quotidiens vont augmenter à l'échelle de la planète au cours du XXIe siècle.

Il est aussi très probable que la durée, la fréquence et/ou l'intensité des vagues de chaleur et des canicules continueront à augmenter dans la plupart des régions.

Les pics de température vont probablement augmenter par rapport à la fin du XXe siècle, jusqu'à 3°C d'ici 2050 et jusqu'à 5°C d'ici 2100.

De nombreuses zones, particulièrement les tropiques et les latitudes élevées, expérimenteront des chutes de pluie et de neige plus intenses. Parallèlement les sécheresses vont s'aggraver en d'autres points du globe, notamment en Méditerranée, en Europe centrale, en Amérique du Nord, dans le nord-est du Brésil et en Afrique australe.

La hausse du niveau des mers et de leur température va vraisemblablement rendre les cyclones plus destructeurs, tandis que la fonte des glaciers et du permafrost, alliée à des précipitations plus importantes, risque de déclencher davantage de glissements de terrain.
 
A trop rejeter de carbone dans l’atmosphère, nous acidifions aussi les océans [JDLE]. Ce qui met en péril bon nombre d’espèces marines. Et par conséquent menace notre sécurité alimentaire. Dans une solide étude, parue il y a un an, le programme des Nations-unies pour l’environnement (Pnue) n’a pas caché l’ampleur du problème.
 
Environ 25% des émissions mondiales de CO2 sont absorbées dans les mers et les océans où elles se transforment en acide carbonique. «Nous constatons déjà un impact global négatif de l'acidification des océans sur quelques organismes et sur certains écosystèmes-clés qui aident à fournir de la nourriture pour des milliards d'êtres humains», a déclaré Carol Turley, auteure principale du rapport.
 
Détail qui en dit long: alors que l’humanité vient d’accueillir son 7 milliardième être humain, nombre d’observateurs craignent désormais qu’avec l’évolution du climat, l’accès à l’eau et aux aliments soit plus difficiles. Un sujet sur lequel vient d’ailleurs de phosphorer l’Inra[2] et le Cirad[3].
 
Un éclair d’azur dans cet océan de pessimisme? Le fabricant de jeans Levi’s vient de lancer une gamme de vêtements dont la fabrication est sobre en eau. Unilever conseille désormais aux consommateurs avides de ses produits (shampoings, lessives, savons) de laver en cycle court et de prendre des douches rapides. Après l’empreinte carbone, voici venir le temps de l’empreinte eau. Les deux premiers labels de l’anthropocène.


[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur lévolution du climat
[2] Inra: Institut national de recherche agronomique
[3] Cirad:Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement


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