Bonn: «des options plus claires qu’à Copenhague»

Le 11 juin 2010 par Célia Fontaine
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Les négociations sur le climat à Bonn (Allemagne), démarrées le 31 mai, se clôturent aujourd’hui. Le projet de déclaration finale rédigé par les 190 pays présents a été publié le 10 juin. Le texte servira de feuille de route en vue de la prochaine échéance sur le sujet à Cancun (Mexique), du 29 novembre au 10 décembre prochains. Entretien avec Elise Buckle, responsable Energie-Climat et représentante du WWF-France à Bonn.

Dans quelles conditions ces négociations se sont-elles déroulées ?

L’ambiance était beaucoup plus détendue, bon enfant qu’à Copenhague. Le fait qu’il y ait moins de pression médiatique et politique a permis des discussions plus ouvertes, et donc plus constructives. Les parties semblent moins camper sur leur position.

Comment le projet de déclaration finale a-t-il été rédigé ?

La nouvelle présidente zimbabwéenne du groupe de travail, Margaret Mukahanana-Sangarwe, a proposé une méthode différente de celle utilisée à Copenhague, et bien plus efficace. Sa présence même à ce niveau a d’ailleurs permis aux pays du Sud de se sentir davantage représentés. Elle a présenté un premier texte à l’oral, et tous les avis, ensuite, ont également été donnés à l’oral. Une synthèse des discussions a ensuite été réalisée, qui constitue la déclaration finale qui doit être votée aujourd’hui. A Copenhague, le fait que chaque pays fasse des ajouts à l’écrit avait rendu le texte totalement illisible.

Que propose ce nouveau texte ? Quelles sont ses avancées par rapport à Copenhague ?

La synthèse des négociations est relativement courte, une vingtaine de pages seulement. Les options sont plus claires pour avancer d’ici Cancun, ce qui satisfait le WWF, même si certains éléments doivent être améliorés. Les pays en développement demandent un texte plus équilibré pour les intérêts du Sud. Concrètement, le texte propose pour les pays industrialisés un objectif de réduction de 25% à 40% des gaz à effet de serre d'ici 2020, mais ne fixe pas l'année de référence par rapport à laquelle cette réduction s'appliquerait, sans doute à cause de la pression des Etats-Unis…

D’ici 2050, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer d’au moins 50 à 85% par rapport au niveau de 1990. Les pays développés se sont engagés dans le projet à réduire leurs émissions d’au moins 80 à 95% d’ici 2050. La Bolivie, qui fait partie de la frange des plus radicaux, plaidait également en faveur de la création d’une instance de justice pour juger les crimes contre le climat. Cette option n’a pas été retenue.

Margaret Mukahanana-Sangarwe a toutefois intégré quelques éléments positifs de l’accord de Copenhague dans le projet, mais en les remodelant pour répondre aux sensibilités des pays d’Amérique Latine. Le nouveau texte reprend à son compte les promesses d’aide aux nations en développement de 30 milliards de dollars pour 2010-2012, puis de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.

Il y a toujours une incertitude qui plane au dessus de la limitation de l’augmentation des températures mondiales entre 2 ou 1.5°C ; les pays insulaires demandent de limiter l’augmentation à 1.5°C pour une question de survie.

Mais les objectifs de réduction des émissions des pays industrialisés sont très loin d’être suffisants pour y parvenir (au total entre 12 et 18% de réduction d’ici à 2020, au lieu des 40% nécessaires).

 Et sur les questions de financement ?

Il y a des éléments concrets en faveur du nouveau Fonds climat qui sera créé sous l’égide des Nations Unies au plus tard fin 2011 lors des négociations se tenant en Afrique du Sud, avec un accord nécessaire sur la gouvernance dès le sommet de Cancun cette année. Cette fois, une gouvernance plus équilibrée entre le Nord et le Sud est visée (ndlr : le fond serait abondé par les Etats les plus riches pour aider les pays en développement dans leurs mécanismes d'adaptation et d'atténuation). Le WWF se réjouit à l’idée que ce fonds soit géré par les Nations unies et non par la Banque mondiale (mais si cette dernière sera chargée d’accueillir le fonds, elle ne sera pas l’organe de décision). Cependant, ce nouveau fonds onusien doit impérativement être alimenté par des flux financiers importants, pour ne pas rester une coquille vide. Pour cela, les Etats doivent urgemment mettre en place des mécanismes de financement innovant, tels que la taxe sur les carburants de soute du secteur aérien et maritime ou la taxe sur les transactions financières.

Comment se dérouleront les prochaines rencontres sur le climat ?

Yvo de Boer, qui était à la tête de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC), s’en va. Il a été perçu par beaucoup comme un défenseur des pays industrialisés, ce qui a pu conduire à des maladresses lors du sommet de Copenhague. Au 1er juillet, c’est une représentante du Costa Rica , Christina Figueres, qui prend sa suite au poste de secrétaire exécutif de la CCNUCC. Cela va peut-être changer la donne, notamment en ce qui concerne le financement et la protection des forêts, poumons de la planète. D’autre part, les petits Etats insulaires (AOSIS) ont demandé au Secrétariat d’élaborer, d’ici Cancun, une analyse de l’écart qui existe entre les réductions d’émission annoncées par les différents pays depuis Copenhague et ce qui est nécessaire, au regard de la science, pour éviter un réchauffement planétaire de plus de 1.5°C et assurer leur survie.

La prochaine session aura lieu début août à Bonn puis Cancun, à la fin de l’année. Le protocole de Kyoto expirera en 2012. Le WWF espère que d’ici là les Etats se seront mis d’accord sur un nouveau traité juridiquement contraignant, ou à défaut que les pays industrialisés s’engageront pour une période d’engagement sous le Protocole de Kyoto.



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