Bois-énergie: la fausse bonne solution climatique

Le 14 septembre 2018 par Romain Loury
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La forêt sera-t-elle victime de sa biomasse?
La forêt sera-t-elle victime de sa biomasse?
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L’utilisation massive de bois-énergie, comme le prévoit la directive européenne sur les énergies renouvelables, pourrait avoir des effets désastreux sur les forêts… et sur le climat, s’inquiètent des chercheurs dans un article publié dans Nature Communications.

Plutôt que de brûler des combustibles fossiles, ce qui injecte dans l’atmosphère du carbone enfoui depuis des centaines de millions d’années, mieux vaut recourir au carbone terrestre, tel que celui des arbres. En théorie, le bilan carbone serait nul, puisque les arbres, lorsqu’ils repoussent, recapturent le carbone atmosphérique.

C’est d’ailleurs le pari que fait la Commission européenne, qui dans sa directive sur les énergies renouvelables validée fin juin par les Etats membres de l’UE, prévoit une montée en force du bois-énergie, en permettant la coupe d’arbres –et non plus le simple recours aux déchets végétaux.

Mauvais pour le climat et pour la forêt

Or l’idée n’est pas aussi bonne qu’elle en a l’air, alertent huit chercheurs européennes et américains dans Nature Communications, en écho à l’alerte lancée, début janvier, au Parlement européen par 800 chercheurs. Elle serait même contre-productive d’un point de vue climatique, et aurait des effets désastreux sur les forêts.

Le bois coupé ne se renouvelle en effet pas immédiatement: il faut de nombreuses années avant qu’une forêt nouvellement plantée absorbe autant de carbone que ne le faisait celle qu’elle a remplacée. Selon les chercheurs, ce recours accru au bois-énergie pourrait même accroître de 10% les émissions européennes de gaz à effet de serre.

Une incitation à détruire la forêt

Sans compter les dommages engendrés aux forêts: l’ensemble des récoltes annuelles de bois dans l’UE n’équivaudrait qu’à 5% des besoins énergétiques. Au-delà de l’Europe, cette directive pourrait avoir un effet d’entraînement sur d’autres grandes puissances forestières, en particulier l’Indonésie et le Brésil, très intéressées par l’utilisation du bois-énergie. Ce qui pourrait raviver la déforestation, sous couvert de lutte contre le réchauffement –qui n’en sortirait pas forcément renforcée.

Une conversion «vraiment catastrophique»

Dans un échange de tweets en réaction à l’étude, un adjoint au chef de bureau des marchés carbone au ministère de la transition écologique et solidaire, Frédéric Branger, reconnaît le problème à mi-mot: «la biomasse sera un facteur très limitant dans la transition énergétique et il faudra l’utiliser à bon escient: chaleur, gaz, ou carburants, couplé avec un maximum d’efficacité énergétique». «En tout cas, la conversion de centrales charbon en centrales biomasse à grande échelle serait vraiment catastrophique», ajoute-t-il.

«La proposition de directive originale limitait fortement la possibilité de convertir des centrales à charbon en centrales biomasse à partir de 2020, mais la version finale est nettement moins stricte, certainement à cause du lobby des pays charbonniers comme l’Allemagne», ajoute-t-il.



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