Blé: quand la Chine récoltera, le monde tremblera

Le 14 février 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'armée chinoise, aussi, lutte contre la sécheresse.
L'armée chinoise, aussi, lutte contre la sécheresse.

Frappée par une sécheresse sans précédents, la Chine pourrait devoir massivement acheter du blé sur le marché international. Une perspective qui fait d’avance frémir les pays traditionnellement importateurs.

 

Comme l’an passé à pareille époque, les régions céréalières de l’Empire du milieu affrontent une sécheresse terrible. Mais cette année, la situation semble plus grave encore. Ces derniers jours, l’agence Xinhua n’a pas hésité à parler de la pire sécheresse survenue dans le Shandong (deuxième région productrice) depuis 200 ans.

 

Première pour la Chine: l’organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO, selon l’acronyme anglais) a émis le 8 février un bulletin d’alerte sur les risques que font peser les conditions climatiques hivernales sur la production de blé.

 

Cinq des principales régions céréalières n’ont pas vu tomber une goutte d’eau depuis plus de trois mois. Et ce ne sont pas les quelques averses de neige de ces derniers jours qui vont changer la donne. Conséquence: 5,1 millions d’hectares (sur les 14 millions que comptent le pays), plantés de blé d’hiver, accusent un déficit hydrique critique.

 

La FAO estime que si la neige ne tombe pas rapidement, les plantations du Shandong, du Jiangsu, du Henan, de l’Hebei et du Shanxi pourraient être dévastées. Et pas seulement par manque d’eau. Durant l’hiver, le couvert neigeux protège les cultures du froid qui, dans certaines régions, peut être quasiment polaire. Or les semences ne résistent pas à des températures inférieures à -18°C.

 

Le pouvoir central n’a pas tardé à réagir. D’importantes restrictions d’eau ont été édictées ces dernières semaines. Conjuguées à la sécheresse, ces mesures privent 2,57 millions de personnes et 2,8 millions de têtes de bétail d’un accès permanent à l’eau potable.

 

La semaine passée, Beijing est passé à la vitesse supérieure. Un plan d’urgence, doté de 6,7 milliards de yuans (753 millions d’euros), a été lancé. En bombardant les nuages avec de l’iodure d’argent, l’armée tente de déclencher des précipitations. A terre, des bataillons de terrassiers creusent de nouveaux puits et construisent des réseaux d’irrigation.

 

Les malheurs chinois inquiètent bien au-delà des frontières du premier producteur mondial de blé. La sécheresse chinoise intervient après celles qui ont dévasté les champs russes et canadiens l’été dernier. Autre grand producteur mondial, l’Australie a vu, ces dernières semaines, les plantations du Queensland, de la Nouvelle Galles du Sud et de la région de Victoria (42% des surfaces céréalières du pays) noyées par les inondations.

 

Spéculation et baisse annoncée de la production font bondir les prix du blé. A la bourse de Chicago, le boisseau (0,02721 tonne) a atteint 9,15 dollars (6,78€), un pic inégalé depuis le 22 août 2008. Selon une mercuriale établie par le ministère de l’agriculture américain, les prix mondiaux du blé ont bondit de 76% en un an.

 

Encore incertaine, la situation inquiète bien des capitales. A commencer par Le Caire qui est tributaire de l’extérieur pour la moitié de son approvisionnement en blé. A Paris, le ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire, a admis en début d’année qu’il «il faudrait prendre des dispositions pour limiter les exportations et garantir le niveau des stocks», si jamais la crise devait se poursuivre.

 

Paradoxalement, la Chine, elle, ne risque pas grand-chose. Selon la FAO, ses stocks s’élèvent encore à 55 millions de tonne, l’équivalent de la moitié de sa production annuelle. De plus, avec ses considérables réserves de change, Beijing peut acheter du blé sur le marché mondial, à n’importe quel prix. Ce qui n’est pas le cas de l’Egypte, du Maroc, de l’Iran, de l’Irak ou du Yémen.



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