Blaireaux: le CSPNB opposé à l’abattage massif

Le 14 juin 2016 par Romain Loury
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Une mauvaise réputation tenace
Une mauvaise réputation tenace

Le Conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité (CSPNB) se montre opposé à l’abattage massif de blaireaux, en particulier aux méthodes utilisées. Plusieurs départements ont pris des arrêtés en ce sens, au motif, non prouvé selon le CSPNB, que ces animaux seraient responsables d’importants dommages agricoles.

Décidément, le blaireau (Meles meles) demeure un animal mal aimé: accusé de causer des dégâts aux cultures agricoles, mais aussi d’endommager les digues et les talus de la SNCF par leurs terriers, l’animal est l’un des réservoirs sauvages de la tuberculose bovine. Une maladie dont la France a acquis à grand-peine, en 2001, le statut de pays officiellement indemne, mais qu’elle pourrait perdre du fait qu’elle se trouve proche du seuil fatidique de 200 bovins atteints par an.

Invoquant les dommages agricoles, plusieurs préfectures émettent chaque année des arrêtés prévoyant l’abattage de blaireaux. Exemple, celle de la Somme, qui en vertu d’un arrêté du 23 mai (pris chaque année depuis 2004), propose, depuis le 1er juin jusqu’au 15 septembre, l’abattage et le piégeage de 1.500 individus par des lieutenants de louveterie. D’autres départements, dont l’Ain, l’Aube, le Loir-et-Cher autorisent pendant l’été la vénerie du blaireau, par déterrage, à tout chasseur disposant d’un agrément en ce sens.

Pratiques cruelles, intérêt incertain

Dans son avis publié lundi 13 juin, le CSPNB met sérieusement en cause ces pratiques, et les motifs invoqués: «ni le risque d’infection tuberculeuse en France ni les dégâts qui seraient causés aux cultures ne justifient un abattage massif de blaireaux». D’autant que les méthodes utilisées sont «particulièrement choquantes», tels qu’«inonder et obturer les terriers, ce qui entraine la noyade des blaireaux, assommer les blaireaux et blaireautins à coups de pelle à leur sortie du terrier la nuit ou après les avoir déterrés violemment».

Selon le conseil, le motif des dégâts agricoles «parait souvent affirmé sans être étayé par des observations quantifiées. Il faudrait pouvoir distinguer ce qui peut être le fait du blaireau ou plutôt le fait du grand gibier, et notamment du sanglier. Le mécontentement des agriculteurs est dû au fait que l’Etat n’indemnise pas les dégâts causés par le grand gibier ou par le blaireau».

Idem pour les talus de la SNCF, dont rien ne prouve qu’ils soient l’objet de dégâts «importants» et «généralisés». Selon le CSPNB, d’autres méthodes existent, dont la pose de sas anti-retour à l’entrée du terrier (après le départ du blaireau), voire la création de terriers artificiels attractifs pour l’animal. «A titre de comparaison, on peut noter que les Pays-Bas, où les digues sont essentielles, ont classé le blaireau comme espèce protégée, montrant ainsi qu’il est possible de concilier l’entretien des digues et l’existence du blaireau», remarque le CSPNB.

Le CSPNB favorable à la vaccination

Quant à la tuberculose bovine, la législation française prévoit, par prévention, l’abattage total des blaireaux dans une zone de 1 km autour d’un foyer bovin, puis une surveillance épidémiologique -d’abord par abattage d’un échantillon d’adultes dans un deuxième cercle, puis sans abattage dans un troisième. D’autres espèces constituent toutefois des réservoirs plus importants de la maladie, dont le cerf et le sanglier, note le CSPNB, favorable à une approche vaccinale «même dans les régions où la prévalence de la maladie est encore faible».

Au grand dam d’associations de protection animale, le Royaume-Uni a quant à lui mis en place, dans certains comtés du sud-ouest où la tuberculose bovine est encore très présente, un abattage massif des blaireaux. Dans ce pays où la densité de blaireaux atteint entre 200 et 500 individus pour 10 km2 (contre 1 à 10 pour 10 km2 en France), les résultats sont pour l’instant très mitigés.



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