Bisphénol A : l’Anses reconnait le danger des faibles doses

Le 27 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Bientôt un étiquetage des récipients contenant du BPA?
Bientôt un étiquetage des récipients contenant du BPA?

Chaque jour, une étude sur le danger du bisphénol A est publiée. L’Agence nationale de sécurité sanitaire a décortiqué 70 des plus récentes et examiné plusieurs centaines d’entre elles. Elle rend son avis, aujourd’hui, 27 septembre. Non seulement elle reconnaît les dangers du BPA sur la santé humaine mais, pour la première fois, elle admet les effets nocifs des faibles doses à certaines périodes critiques de la vie, comme la gestation et la puberté. L’Agence appelle à agir en urgence pour que des substituts viennent remplacer le BPA dans les produits de consommation et s’interroge sur la pertinence de l’actuelle dose journalière admissible (DJA).

Recenser tous les objets qui contiennent du bisphénol A (BPA)? Un défi que l’Anses a essayé de relever. Selon l’un des deux rapports rendus publics aujourd’hui et intitulé «Bisphénol A, quels usages?», le BPA entre principalement à la composition de deux types de produits: les plastiques de type polycarbonate, comme ceux employés dans les pochettes de CD, et certaines résines époxydes, utilisées comme revêtement de l’intérieur des boîtes de boisson.

En 2006, la production mondiale de BPA s’élevait à 3,8 millions de tonnes: les deux tiers ont servi à fabriquer des polycarbonates et le tiers restant a été utilisé pour produire des résines. Entre 2003 et 2006, estime l’Anses, la consommation de BPA aurait augmenté d’environ 10% chaque année, du fait notamment de la forte demande en polycarbonate. La France n’en produit pas mais en consomme puisque, d’après le questionnaire envoyé par l’Anses aux industriels, près d’une soixantaine de secteurs d’activité utilisent des objets aussi variés que: des câbles, mastics, adhésifs, des récipients à usage alimentaire ou non, des optiques de phare, des articles de sport, des fluides de freinage, des appareils électroménagers, des dispositifs et appareils médicaux, des encres d’imprimerie, etc.

Autre constat concernant les usages, la population est majoritairement exposée par voie orale. Pour les plus sensibles d’entre nous (femmes enceintes, allaitantes et enfants), elle se fait via «les contenants et les revêtements destinés au contact alimentaire, les jouets ou encore les articles de puériculture».

Le second rapport publié aujourd’hui porte sur les effets sanitaires du bisphénol A. Un document attendu avec impatience par ceux qui, inquiets de la toxicité du produit, prônent son interdiction. Les conclusions de l’Anses mettent en évidence des effets sanitaires, avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme, et ce même à de faibles niveaux d'exposition, c'est-à-dire «à des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires».

A certaines périodes sensibles de la vie, (gestation, période durant laquelle le système nerveux central se développe ou pendant la période pubère), de faibles doses de BPA auraient un effet délétère sur la santé. L’hypothèse de l’existence de fenêtres d’exposition, pendant lesquelles l’être humain est particulièrement sensible à cette molécule, avait été proposée par des spécialistes. Pour la première fois, l’Anses semble accepter cette idée et ainsi admettre la nocivité des faibles doses sur les enfants en bas âge, les enfants pubères, les femmes enceintes et allaitantes. D’après l’Anses, le BPA aurait également des effets suspectés sur les pathologies cardio-vasculaires, le diabète, les cancers du sein et du cerveau et aurait des effets sur le comportement humain.

Depuis trois ans, le BPA fait l'objet de travaux d'expertise et d'avis de l'agence, qui a déjà publié des recommandations sur la réduction des expositions et sur la nécessité d'un étiquetage. En juin 2010, le Parlement français -suivi un an plus tard par les autorités européennes- a interdit la fabrication et la commercialisation de biberons contenant du BPA.

Il y a un an, l'agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) estimait quant à elle que le BPA n'était pas dangereux et qu'il n'était pas nécessaire de modifier la dose journalière admissible (DJA), fixée à 50 microgrammes par kilogramme de poids corporel. En novembre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait de son côté estimé prématuré de prendre des mesures de protection contre le BPA.
 
L'Anses préconise aujourd’hui l'utilisation de produits de substitution au BPA. «Limiter l'exposition au bisphénol A (BPA) des femmes enceintes et allaitantes et des enfants est un objectif prioritaire, vu ses effets avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme», affirme Dominique Gombert, directeur de l’Anses qui s’interroge également sur la pertinence de la DJA. Pour l’Anses, il est donc urgent d'agir.
L’Agence lance aussi un appel à contribution pour recueillir, d'ici fin novembre, toute donnée sur des produits de substitution et leur innocuité.
 
Se disant étonnés par les conclusions de l’Anses, les industries de l'agroalimentaire ont réagi: «Nous sommes surpris car il y a un an, l’Efsa et (en novembre, ndlr) l’OMS ont estimé qu'il n'y avait pas de risque pour la santé. Nous étions dans une attitude de confiance», a déclaré à l'AFP Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). Avant de préciser: «On ne va pas lutter contre l'Anses». L’ancien secrétaire général du groupe Danone promet de travailler en toute transparence avec l'Agence pour dégager les meilleures solutions. Selon lui, «il faut raisonnablement compter trois ans pour trouver une alternative à ce matériau, fréquemment en contact avec les produits alimentaires».
De son côté, le réseau Environnement-santé (RES) a salué les conclusions de l’Anses. «Le RES se félicite de ce changement de doctrine de l'Anses, une demande que nous portons depuis notre création, il y a trois ans», commente André Cicolella, chercheur en santé environnementale et porte-parole de l’association. «Il faut maintenant que l'Anses aille jusqu'au bout de sa démarche en fixant une nouvelle DJA à partir de la littérature scientifique actuelle. En appliquant les règles habituelles en évaluation des risques, celle-ci devrait être 2 millions de fois plus faible que l'actuelle DJA.»
 
Pour l’association, une telle réévaluation de la DJA revient, de fait, à interdire l'utilisation du BPA en priorité dans les matériaux susceptibles de contaminer l'homme: boîtes de conserve, canettes de boisson, petit électroménager de cuisine et autres usages de contact alimentaire, matériel médical… «L’actuelle DJA a servi jusqu’à présent de rempart à l’industrie agro-alimentaire contre toute politique de substitution du BPA et de fin de non-recevoir à nos interpellations, déclare Yannick Vicaire, chargé de mission Chimie-procédés, nous demandons à l’industrie d’anticiper l’inéluctable évolution réglementaire. Les alternatives existent; tout retard serait injustifiable au vu des enjeux sanitaires pour le fœtus et le nourrisson.» Concrètement, le réseau Environnement-santé exige des autorités publiques l’extension de l’interdiction du BPA à échéance d’un an, une campagne de communication auprès des femmes enceintes et des acteurs de santé publique, ainsi qu’un accompagnement des associations professionnelles dans le choix et l’évaluation des alternatives.
 
Une demande qui n’est pas restée en suspens très longtemps, puisque la ministre de l'écologie s’est prononcée dans l’après-midi: «Ce que je propose, c'est d'abord un étiquetage systématique de tous les produits contenant du bisphénol A quand il y a un contact du produit avec les populations. Et Nathalie Kosciusko-Morizet d’ajouter: Cet étiquetage devrait être mis en place très rapidement», sans toutefois préciser de calendrier.
 
La ministre de l’écologie propose, par ailleurs, l'interdiction de l'usage du BPA «dès qu'il y a des produits de substitution et qu'on s'est assuré de leur innocuité».
«Il y a des produits de substitution aux polycarbonates, soit une bonne partie des produits destinés aux enfants», souligne-t-elle en complétant: «C'est plus compliqué pour les résines époxy, qui tapissent par exemple les boîtes de conserve ou les cannettes. Une des possibilités, c'est de les remplacer par des briques alimentaires».
 
En ce qui concerne les produits pour lesquels une substitution n’est pas possible, la ministre envisage la mise en place d'une campagne d'information début 2012, «sur la base de recommandations très précises et concrètes, permettant de diminuer l'exposition au bisphénol A des populations sensibles». Parmi ces recommandations, il y aurait celle de ne pas chauffer des aliments dans des récipients contenant du BPA, ce qui augmente la migration du produit vers les aliments.
 
«Etiquetage systématique, interdiction quand il y a substitution possible, campagne d'information: ce sont trois points cohérents», qui doivent être faits en même temps, estime la locataire de l’hôtel de Roquelaure.
 
 


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus