Bisphénol A: l’Anses enfonce la DJA

Le 09 avril 2013 par Romain Loury
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L'enfant à naître, objet de toutes les attentions de la part de l'Anses.
L'enfant à naître, objet de toutes les attentions de la part de l'Anses.
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Le bisphénol A engendre bien un risque «potentiel» pour l’enfant à naître, en particulier de modification de la structure de la glande mammaire, à ce à de très faibles niveaux, reconnaît l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) dans un rapport rendu public mardi 9 avril. Après son interdiction à partir de 2015 dans tous les contenants alimentaires, votée fin 2012, le BPA a fait mardi un retour remarqué sous les feux de la rampe. Et ce grâce à l’Anses, qui vient de lui consacrer pas moins de 4 rapports (risques sanitaires, autres bisphénols, produits de substitution), qui font suite à de premiers travaux publiés en septembre 2011 [JDLE].

 

Selon l’analyse de la littérature menée par l’Anses, pas de doute: le BPA constitue bien «un risque potentiel pour l’enfant à naître des femmes enceintes exposées», ce qui confirme «la nécessité de réduire les expositions». Un risque que l’agence restreint toutefois au développement de la glande mammaire tant chez les sujets masculins que féminins, qui conditionne celui de cancer du sein à l’âge adulte [1]. Quant aux trois autres types d’effets examinés (effets sur le cerveau/comportement, appareil reproducteur féminin, métabolisme/obésité), l’Anses n’attribue au BPA qu’un risque «négligeable», au vu des diverses études analysées. Par ailleurs, l’agence n’a pas pu évaluer les risques dans d’autres groupes à risque (nourrissons, enfants en bas âge, adolescents, etc.), «faute de repères toxicologiques».

 

Fait majeur de ce rapport, il enterre la dose journalière admissible (DJA) fixée à 50 microgrammes (µg/kg) de poids corporel par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Pour les seuls effets sur la glande mammaire, l’Anses fait ainsi état d’un «repère toxicologique» 20.000 fois plus bas (0,0025 µg/kg), apportant ainsi consistance au concept de perturbateur endocrinien. Ce qui lui vaut les applaudissements du réseau Environnement-santé (RES), qui salue «un rapport courageux». «Ce nouveau rapport constitue un clair désaveu de l’Efsa tant dans son maintien d’une DJA qui n’assure pas la sécurité des consommateurs que dans son obstination à ignorer la science moderne propre à la perturbation endocrinienne», déclare le président du RES, André Cicolella, dans un communiqué.

 

Selon l’analyse d’exposition menée par l’agence, 80% du BPA ingéré par la population serait d’origine alimentaire, dont la moitié issue des boîtes de conserve. Plus surprenant, de 1% à 3% du BPA alimentaire proviendrait des produits de la mer et 17% des viandes, des abats et de la charcuterie. Une source de contamination encore jamais mise en évidence, et qui pourrait s’expliquer par une contamination post mortem survenue dans la chaîne de production après l’abattage, par contact avec des ustensiles ou des étiquettes ou de l’encre selon l’agence. Pour le reste (25% à 30% de la voie alimentaire), il s’agit d’«une contamination diffuse dont l’origine n’est pas identifiée».

 

Autres sources d’exposition, les bonbonnes d’eau en polycarbonate, ainsi que les tickets thermiques (tickets de caisse, reçus de carte bancaire), derrière lesquels l’Anses voit un risque «potentiel» en cas d’exposition professionnelle. Premières à être exposées, les caissières -d’autant plus lorsqu’elles sont enceintes-, pour lesquelles l’agence propose de prendre «dès à présent» des mesures de réduction de l’exposition. De son côté, le ministère de l’écologie indique dans un communiqué que Delphine Batho «proposera dès les prochains mois à la Commission européenne l'interdiction du bisphénol A dans les tickets thermiques, dans le cadre de la réglementation Reach sur les produits chimiques». «L'Anses est, dès aujourd'hui, chargée de préparer le projet de décision à soumettre à l'Union européenne», ajoute le ministère.

 

[1] L’Anses qualifie le niveau de confiance de ce résultat de «modéré», «compte tenu des nombreuses incertitudes dans l’état actuel des connaissances scientifiques.»



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