Biopiraterie: l’IRD en plein micmac guyanais

Le 02 février 2016 par Romain Loury
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Le Couachi
Le Couachi

Depuis fin janvier, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) traverse une vive polémique, au sujet d’un brevet sur une molécule issue d’une plante guyanaise, censée être efficace contre le paludisme. L’équipe impliquée y est accusée de biopiraterie, au motif qu’elle n’aurait ni informé ni cherché à obtenir le consentement des populations locales.

A l’origine de cette découverte toulousaine, une plante sud-américaine à fleurs rouges, le Couachi (Quassia amara). Les chercheurs de l’équipe «Pharmacochimie et pharmacologie pour le développement» (Pharma-Dev, IRD/université Paul-Sabatier) y ont isolé une molécule, dénommée Simalikalactone E (SkE), qui présente des activités anticancéreuse et antipaludique, et au sujet de laquelle l’IRD a déposé un premier brevet en 2009.

Or dès avril 2013, l’association France Libertés demandait à rencontrer la direction de l’IRD, s’interrogeant sur les modalités de dépôt du brevet. Sans réponse après une autre relance, c’est un article de Mediapart publié lundi 25 janvier qui a mis le feu aux poudres, évoquant un acte de «biopiraterie».

En cause, le fait que les chercheurs n’auraient cherché ni à informer ni à obtenir le consentement des populations autochtones, qui n’en tireront donc aucun «accès et partage des avantages», principe fondateur du protocole de Nagoya. Un texte dont le projet de loi de biodiversité, qui vient d’être adopté en première lecture par le Sénat, prévoit la prochaine ratification par la France.

Le «grand étonnement» de l’IRD

Du côté de l’IRD, organisme dont les racines plongent dans l’ancien empire colonial français, c’est un «grand étonnement» qui prévaut face à cette polémique d’une «grande violence», écrit son PDG Jean-Paul Moatti, qui occupe ce poste depuis seulement mars 2015, dans un courrier destiné à France Libertés.

Bien connu du milieu sida pour ses prises de position contre une propriété intellectuelle trop rigide, l’économiste y défend son institut, assurant qu’«il prendra évidemment soin dans l’hypothèse où ce brevet serait, comme d’autres, valorisé dans le cadre d’un partenariat public/privé, de garantir les conditions d’accès les plus larges possibles pour les populations».

Après l’IRD et France Libertés, les politiques guyanais sont entrés dans la danse: tout d’abord Rodolphe Alexandre, président de la collectivité territoriale de Guyane, qui «estime que l’utilisation abusive des connaissances traditionnelles des populations sans leur consentement préalable, ainsi que l’absence totale de retour pour le territoire, ne peuvent plus être tolérées».

Deux parlementaires guyanais, la députée Chantal Berthelot et le sénateur Antoine Karam, en ont remis une couche le vendredi 31 janvier, invitant l’IRD «à renoncer au dépôt du brevet dans les conditions incriminées». France Libertés a d’ailleurs déposé à l’Office européen des brevets (OEB) un rapport d’opposition à un brevet publié le 4 mars 2015 au Bulletin européen des brevets sur la SkE.



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