Biomasse: la filière appelle à plus de soutien

Le 23 juillet 2010 par Sabine Casalonga
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Alors que la filière bois-énergie (biomasse) doit contribuer à 50% aux objectifs nationaux d’énergie renouvelable d’ici 2020, les projets de cogénération peinent à voir le jour, selon une étude publiée hier par Sia Conseil. Une hausse des tarifs d’achat et un transfert des aides du solaire vers le bois-énergie, dans la perspective du lancement du 4e appel à projets Biomasse cet été sont préconisés.

 

« Sur les 36 projets poussés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) depuis 2004, seuls 6 ont vu le jour et aucun des projets du deuxième appel d’offre n’est sorti de terre malgré un lancement opérationnel prévu pour janvier 2010», souligne Sia Conseil dans la synthèse de son étude.

Respectivement 15 et 22 projets avaient pourtant été sélectionnés par les appels d’offre de 2005 et 2008 pour une puissance installée estimée à 234 mégawatt (MW) et 314 MW. « Les appels d’offre ne sont pas contraignants, les porteurs des projets ne sont pas tenus de les mettre en œuvre » explique Stéphane Meunier, directeur associé de Sia Conseil. Le devenir des 32 projets de cogénération à partir de la biomasse, sélectionnés dans le 3e appel d’offre en janvier 2010 (voir le JDLE), n’a pas été analysé. Tout comme les projets soutenus par le Fonds chaleur, dont le succès est sans équivoque, les objectifs ayant été dépassé en 2009 (voir le JDLE).

La programmation pluriannuelle des investissements énergétiques (PPI) fixe l’objectif de 2.300 MW de capacité électrique par le bois-énergie d’ici 2020 (voir le JDLE). Selon Sia Conseil, la biomasse devrait, d’ici 2020, contribuer à hauteur de 17 TWh par an dans la production d’énergie (chaleur et électricité) en France (contre à peine 7 pour le photovoltaïque). Cela correspond à 50% de l’objectif de 23% d’EnR d’ici 2020.

Intitulée « La biomasse, parent pauvre des énergies renouvelables », l’étude de Sia Conseil, fait également valoir que la filière biomasse a la capacité de créer 30.000 emplois durables d’ici 2020, ce qui n’est pas le cas du photovoltaïque, dépendant des producteurs de panneaux solaires étrangers.

Les incitations réglementaires - tarif de rachat pour les installations inférieures à 12MWe et appels d’offres de la CRE pour les plus grandes- ne seraient pas assez attractives. «Peu de projets peuvent espérer atteindre une rentabilité supérieure à 5% (contre 7-12% pour le photovoltaïque)», souligne Sia Conseil. En cause, les coûts et les approvisionnements en combustible bois, très disparates selon les départements. Mais aussi l’obligation de trouver un débouché chaleur, dont les gisements sont très souvent incompatibles avec les gisements forestiers. « Dans les conditions actuelles, l’approvisionnement doit se situer dans un périmètre inférieur à 60 km » explique Stéphane Meunier. La forêt française dispose d’un fort potentiel, mais resterait sous exploitée et la filière d’approvisionnement ne serait pas assez structurée. En 2007, seuls 2,8% de la récolte de bois a servi au bois énergie dont 0,2% pour les plaquettes forestières.

« Ce sont d’ailleurs les projets adossés à des structures industrielles (production de papier ou de panneaux en bois) qui ont vu le jour, précise Stéphane Meunier. Ce qui résout les contraintes d’approvisionnement (utilisation de déchets internes) et de débouché (injection de chaleur dans le process industriel). A l’inverse  très peu de projets de réseaux urbains de chaleur ont été mis en place ».

Elaborée dans la perspective du lancement de l’appel d’offre Biomasse 4, l’étude fait part de plusieurs recommandations visant à lever les freins au développement de la filière. Première d’entre elles, le transfert d’une partie des efforts financiers d’autres EnR vers la filière Biomasse, notamment une hausse des tarifs de rachat. « Portés par des lobbys efficaces et une rentabilité très attractive, l’éolien et surtout le photovoltaïque ont connu un engouement au détriment d’une filière pleine de promesses, la biomasse-bois », justifie Sia Conseil. Le consultant rappelle que le photovoltaïque a bénéficié de tarifs de rachat 3 à 6 fois supérieurs à ceux de la biomasse (de l'ordre de 300 à 600€/MWh contre 130€/MWh pour la biomasse). Un effet d’aubaine qui risque néanmoins de prendre fin avec la baisse annoncée des aides au solaire (dans le JDLE).

Il s’agirait ensuite de dynamiser les filières d’approvisionnement, via le soutien à la récolte de bois-énergie en France, et en autorisant l’importation de bois étranger dans les régions sans gisement disponible, à l’instar de la Bretagne ou du Nord-Pas-de-Calais. Les derniers appels d’offre privilégiaient en effet le recours au bois 100% français.

Pour lever les contraintes sur les moyens de production, l’étude recommande de favoriser la co-combustion dans les centrales thermique au charbon et d’inclure les unités productrices uniquement d’électricité dans le mécanisme de rachat à tarif garanti (et non pas seulement les unités de cogénération). « De tels gros projets 100% électrogène permettraient de structurer la filière d’approvisionnement », explique le directeur de Sia Conseil. « De nombreux industriels de la filière partagent nos conclusions », ajoute-t-il.

Le plan  de 4e appel à projets dont Sia Conseil a obtenu une copie ne prend pas en compte pour l’heure ces considérations. Il devrait être publié en septembre prochain.

 



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