Biodiversité: une mortalité de masse sous-évaluée

Le 08 mars 2017 par Romain Loury
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Les saïgas, décimées par une bactérie
Les saïgas, décimées par une bactérie

Parmi les espèces animales, la mortalité de masse n’est pas un phénomène si rare que cela. Elle demeure pourtant peu prise en compte par les écologues, révèle une étude publiée mardi 7 mars dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

En mai 2015, on apprenait la mort, en quelques jours, de 200.000 saïgas au Kazakhstan, soit plus d’un tiers de la population mondiale de cette unique antilope eurasiatique, du fait de la bactérie Pasteurella multocida. De l’autre côté du globe, les étoiles de mer de la côte pacifique nord-américaine sont décimées, depuis 2013, par un syndrome de dépérissement, probablement lié à un virus.

Du fait de leur imprévisibilité, les épisodes de mortalité de masse ne sont pas pris en compte par les écologues. Dans leur étude, Sean Anderson, biologiste à l’université Simon Fraser à Vancouver, et ses collègues dressent pour la première fois un parallèle entre ce phénomène et la «théorie du cygne noir»: initialement appliqué à la finance, en particulier aux krachs boursiers, ce principe concerne les évènements rares et imprévisibles (appelés «cygnes noirs»), mais de portée considérable.

Les oiseaux touchés en premier

Parmi les 609 espèces animales analysées par les chercheurs, environ 4% ont connu des «cygnes noirs» décrits dans la littérature, observent-ils. Les oiseaux y semblent les plus exposés (7%), suivis des mammifères (5%) et des insectes (3%). Principaux facteurs d’explication, les causes climatiques (dont des hivers sévères), des pathogènes, des prédateurs, ou bien leur combinaison.

Les chercheurs évoquent ainsi la chute des populations de hérons cendrés britanniques, suite à trois hivers très rigoureux survenus au milieu du 20ème siècle. Ou encore celle du cormoran huppé des îles Farne (nord-est de l’Angleterre), suite à une efflorescence algale de type «marée rouge» survenue en 1968.

Des cygneaux positifs

Pour autant, tous les «cygnes noirs» ne sont pas des épisodes de mortalité de masse. D’autres, plus rares (14% dans la série analysée par les chercheurs), consistent en des augmentations subites de populations. Elles peuvent parfois suivre des «cygnes noirs» négatifs: par exemple pour les cormorans des îles Farne, dont la baisse soudaine des effectifs a stimulé les survivants, qui ont connu une très forte croissance les années suivantes.

Avec le réchauffement en cours, «les épisodes climatiques extrêmes devraient augmenter, aussi bien en fréquence qu’en ampleur, et il est fort possible que les épisodes de type ‘cygne noir’ deviennent plus courants dans les populations animales», juge Sean Anderson.

Publiée en 2015, une étude américaine a en effet suggéré que les épisodes de mortalité de masse seraient en effet plus fréquents depuis la moitié du 20ème siècle, au risque d’amplifier la sixième crise d’extinction des espèces actuellement en cours.



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