Biodiversité: un sujet complexe pour les collectivités

Le 04 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le monde rural ne veut pas compenser l'étalement urbain.
Le monde rural ne veut pas compenser l'étalement urbain.
PNR Landes de Gascogne

Indifférence des citoyens, casse-tête juridique, code des marchés publics. Il n'est pas simple de préserver la faune et la flore sauvages quand on est élu local, témoignent plusieurs acteurs de terrain, réunis le 3 mars par l’Association des journalistes de l’environnement et l’UICN.

 

Des forêts urbaines, des espaces verts sans pesticides, des ruches en veux-tu en voilà. Pas un programme de candidats aux élections municipales ne fait l’impasse sur la préservation de la biodiversité. Sans doute, l’une des nouveautés sociétales révélées par ce scrutin. Et c’est tant mieux.

Mais dans les faits, si les collectivités sont bien en première ligne dans la défense de la nature, rares sont celles à avoir engagé une politique «biodiv» cohérente. «Sur le papier, le corpus juridique semble avoir tout prévu», résume Florence Clap, chargée de programme «politiques pour la biodiversité» au sein du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Les lois pour la reconquête de la biodiversité, Maptam, Notre et du 30 décembre 2017[1] distribuent les rôles à qui mieux mieux.

les régions cheffes de file

Les régions ont été bombardées cheffes de file du combat contre l’érosion de la biodiversité. A ce titre, elles sont en charge de la rédaction des stratégies régionales (Sraddet, SRB). Elles peuvent aussi créer leur agence de la biodiversité, donner un coup de pouce aux parcs naturels régionaux (PNR) et aux réserves naturelles. A charge pour les communes et intercommunalités de traduire, sur le terrain, ces orientations, via les Scot[2], PLU ou PLUi[3]. Les départements, enfin, gèrent les Espaces naturels sensibles.

C’est précisément sur le terrain que les choses se compliquent. «Fondamentalement, la loi donne la main aux régions. Les collectivités doivent inventer une complémentarité locale. Ce qui n’a rien d’évident», souligne Maud Lelièvre, déléguée générale des Eco-Maires. Rares, en effet, sont les services communaux à avoir une bonne connaissance de la trame verte et bleue de son territoire. Quand ces trames existent.

peu d'atlas de la biodiversité

Le BA-ba impose la rédaction d’un atlas de la biodiversité, bilan de la situation, sans lequel il est difficile définir une politique et de hiérarchiser les priorités. Lancés, il y a trois décennies, par les techniciens du parc naturel régional de Lorraine, ces inventaires restent peu connus. «650 communes disposent d’un tel atlas», estime Thierry Mougey, chargé de la biodiversité à la fédération nationale des parcs naturels régionaux (FNPNR). Soit moins de 2% des communes françaises.

Pour sensibiliser leurs administrés, certaines villes improvisent plus ou moins. A Caen, on distribue des larves de coccinelles pour réduire la consommation d’insecticides. D’autres font la promotion (chez les agriculteurs) du concours de la prairie fleurie. Chaque année depuis 8 ans, le PNR des Vosges du nord récompense les jardiniers qui favorisent le développement de la faune et de la flore sauvages.

Plus original, le PNR Oise Pays de France favorise le maintien de mares naturelles, là où les maires seraient tentés d’installer une citerne d’eau pour les pompiers. «La mare offre les mêmes services qu’une citerne aux services de secours, le maintien de la faune et de la flore locales en plus», résume Thierry Mougey.

Pour autant, l’avenir n’est pas forcément rose pour la biodiversité locale. Si le sujet est porteur dans les métropoles, il se heurte souvent à l’indifférence au sein des collectivités rurales. «La question est diversement appréciée par les citoyens, convient Michael Weber. Dans les villes, le fait est consacré dans les programmes. Dans le monde rural, l’artificialisation des sols n’est pas forcément considérée comme un problème.»

Cette fracture n’est pas prête de se réduire. «Les campagnes ne veulent pas forcément compenser l’étalement urbain des grandes villes», poursuit le président de la FNPNR. «Il faut définir la demande sociale, qui n’est pas la même selon que l’on habite en ville, en banlieue ou à la campagne», renchérit Maud Lelièvre. «Au nom de l’environnement, on pourra favoriser, à la campagne, la construction d’un parking pour développer l’auto partage ou le covoiturage. En ville, on choisira de développer les jardins», poursuit-elle.

Autre écueil non moins redoutable: le code des marchés publics. Le codex de la commande publique ne permet tout simplement pas aux collectivités de favoriser le mieux-disant biodiversité. Les entreprises souhaitant s’accorder les grâces de communes réputées vertes ornent parfois leur proposition commerciale de mesurettes vertes: «des variables d’ajustement», balaie l’avocate spécialisée en droit de l’environnement.

De sacrés bons sujets à évoquer lors de la journée dédiée aux territoires que l’UICN organise, le 15 juin, dans le cadre du congrès mondial de la nature, à Marseille.



[1] Relative aux compétences des collectivités territoriales dans le domaine de la gestion des milieux aquatiques.

[2] Schéma de cohérence territoriale.

[3] Plan local d’urbanisme et plan local d’urbanisme intercommunal.