Biodiversité, un pessimisme de rigueur

Le 18 février 2010 par Geneviève de Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
plante
plante

Plusieurs spécialistes de la biodiversité ont débattu mardi 16 février à Paris de l’état de la biodiversité dans le monde. Le constat est très pessimiste quant à la réduction de son érosion, au moment où les objectifs de 2010 arrivent à échéance, et que la création d’un «Giec de la biodiversité» est en suspens.

En cette année charnière pour la biodiversité, le «Giec de la biodiversité» verra-t-il le jour? La question a été posée lors d’une conférence organisée mardi 16 février à Paris par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Son directeur délégué, Lucien Chabason, ne veut pas se prononcer sur le sujet, en tout cas pas avant la réunion du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) prévue à Bali (Indonésie) la semaine prochaine. Un rendez-vous qui devrait entériner ou non l’organisation d’une troisième réunion intergouvernementale au sujet de l’IpBes, la plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (1).

En tête des pays réticents à la naissance d’un tel groupe: les Etats-Unis, l’Australie et la Chine. La France est moteur, alors que le Brésil émet des conditions. Cette troisième réunion du Pnue, qui pourrait avoir lieu en juin, permettrait ainsi de clore la phase des négociations et, toujours selon Lucien Chabason, «serait effectivement clé dans la décision de créer ou non l’IpBes». Une décision très attendue avant la réunion de la Convention sur la biodiversité biologique prévue à Nagoya (Japon) en octobre et où devrait être adoptée une stratégie pour l’après-2010.

Au-delà de la question de la création d’un groupe comparable au Giec pour le climat, les spécialistes de la biodiversité réunis à Paris sont revenus sur les causes de l’échec des Objectifs 2010 adoptés à Johannesburg en 2002. Selon l’analyse de Jean-Patrick Le Duc, délégué aux affaires européennes et internationales au Muséum d’histoire naturelle, «la communauté internationale a passé trop de temps à requalifier les objectifs, qui demeurent peu clairs si on les compare à ceux qui concernent le climat.» Et d’ajouter: «Même pour les indicateurs, les problèmes de définition perdurent.» Les intervenants ont souligné que la définition de la biodiversité reste à la fois trop compliquée et trop imprécise. Jon Hutton, directeur du World conservation monitoring center au Pnue a également exprimé les difficultés de la mesure scientifique des écosystèmes. Pour lui, «la situation est loin d’être parfaite. Les investissements ne sont pas suffisants pour le développement de ces évaluations.» Jon Hutton a présenté un constat simple: chaque année, 1% de la biodiversité mondiale disparaît, et cela même si les zones protégées se multiplient. Des sanctuaires qui ne se situent pas forcément là où la situation est la plus critique.

Améliorer la collecte des données et l’évaluation par les scientifiques, développer une stratégie de communication… Les défis sont encore nombreux. «Il faut s’attendre à un renforcement de la contestation des connaissances scientifiques en matière de biodiversité», déclare Corinne Lepage eurodéputée et vice-présidente de la commission Environnement du parlement européen En cause, la controverse en ce qui concerne l’erreur des scientifiques sur la fonte des glaciers de l’Himalaya. Une erreur qui risque d’avoir des effets désastreux sur le travail des scientifiques au sein de l’IpBes. Et, selon l’eurodéputée, «la contestation va devenir un enjeu économique et financier».

Quels objectifs pour l’après-2010? Actuellement, 12% des terres sont protégées. Cette surface devra être étendue à 15% en 2015. Et pour les océans (1% de la superficie protégée), l’objectif est d’atteindre 15% d’ici 2020. Selon Gilles Kleitz, de l’Agence française de développement, 80% des ressources sont captées par 13% de la population mondiale. «Les aires protégées ne peuvent pas enrayer la dégradation des écosystèmes et la perte de biodiversité. Car même si les outils sont de plus en plus efficaces, ils sont de moins en moins suffisants.» Devant la rapidité des destructions, la surexploitation des espèces, la pollution et le réchauffement climatique, les moyens restent trop faibles.

Certes, il est difficile de définir des objectifs globaux, mais Lucien Chabason appelle à progresser sur les objectifs sectoriels, et à s’engager plutôt dans un programme d’action. L’une des actions-clés étant l’instauration d’une relation plus dynamique entre les scientifiques et les politiques.

Plusieurs participants ont cité l’Europe, qui pourrait tester les nouveaux objectifs, ceux de l’après-2010. La Commission européenne a déjà proposé 4 scénarios pour protéger la biodiversité (2). Corinne Lepage considère «qu’atteindre le niveau 2, celui qui consiste à enrayer la perte de biodiversité, serait un exploit dans le contexte économique et philosophico-politique actuel». Un bilan pessimiste légèrement modéré par le vote du 10 février dernier pour l’interdiction du commerce du thon rouge qui s’est fait à une majorité d’eurodéputés plus large que prévue (3). Et Corinne Lepage de constater une certaine prise de conscience du Parlement européen pour la protection des espèces animales. «Il s’agit maintenant de transférer cette sensibilité pour les animaux vers les espèces végétales et les écosystèmes.»

(1) Dans le JDLE «Le «Giec» de la biodiversité pourrait voir le jour en 2010»
(2) Dans le JDLE «Biodiversité 2020: la Commission propose 4 scénarios»
(3) Dans le JDLE «Les eurodéputés votent pour l'interdiction du commerce du thon rouge»


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus