Biodiversité: un marché international inexistant

Le 21 mai 2008 par Claire Avignon
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Du 19 au 30 mai a lieu à Bonn la 9e réunion des parties prenantes à la convention sur la diversité biologique. Si l’on sait déjà que la communauté internationale a échoué à enrayer la perte de biodiversité, elle n’a pas non plus répondu à son autre objectif, créer un marché des ressources génétiques.

Il n’existe pas de marché mondial de la biodiversité. Ni offre, ni demande. C’est de cette manière provocante que trois chercheures de l’IRD ont présenté leur livre intitulé «Les marchés de la biodiversité» le 21 février dernier.

Il s’agit pourtant d’un des principaux objectifs de la convention sur la diversité biologique (CDB), signée en 1992 au moment du Sommet de la terre de Rio de Janeiro. On cherche alors un «partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques, notamment grâce à un accès satisfaisant aux ressources génétiques et à un transfert approprié des techniques pertinentes», comme l’indique le premier article de la CDB.

Au début des années 1990 s’est en effet répandu le mythe de l’«or vert»: «la biodiversité d’un pays est alors perçue comme un gisement de molécules pour les biotechnologies et comme une source infinie de richesse», expliquent dans leur introduction Catherine Aubertin, Florence Pinton et Valérie Boisvert. La convention visait à encadrer le marché. «Il fallait répondre aux accusations de la biopiraterie, ce conte moderne où des scientifiques du Nord trouvent une molécule miracle au fin fond de l’Amérique du Sud, et en dépossèdent les autochtones», explique Catherine Aubertin. Ce nouveau marché devait également être utilisé comme outil de lutte contre la perte de biodiversité grâce à une «utilisation durable» des éléments de diversité biologique, autre objectif de la communauté internationale.

16 ans plus tard, quelques exemples emblématiques continuent à alimenter le mythe, comme la pervenche de Madagascar, utilisée comme anticancéreux, ou encore l’Hoodia gordonii, une espèce d’Afrique du Sud qui a des propriétés de coupe-faim (et désormais protégée par la convention Cites). Et le «mythe» de la biopiraterie est toujours présent dans les discours politiques. Lors du discours d’inauguration de la conférence des Nations unies relative à la CDB, le ministre allemand chargé de l’environnement Gabriel Sigmar a déclaré: «Les pays en développement parlent à juste titre de ‘biopiraterie’ quand les nations industrielles utilisent sans autorisation leurs ressources sans leur reverser un centime». Lors d’une conférence de presse, il a ajouté: «Nous voulons nous mettre d'accord sur un régime international concernant l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation à la prochaine conférence de la CDB qui aura lieu en 2010 à Nagoya, au Japon».

Ni le secteur pharmaceutique, ni le secteur agricole n’ont profité de la CDB, selon les travaux de l’IRD. Car ils «n’ont pas forcément la nécessité de plantes provenant de la forêt tropicale et détenues par des populations aux savoirs traditionnels», explique Valérie Boisvert. Par ailleurs, les industriels n’ont pas vraiment besoin des plantes en elles-mêmes, selon le biochimiste Christian Moretti: «La plante est utilisée comme un prototype. La chimie s’empresse de synthétiser, de copier en plus simple, en oubliant la plante».

«Les industriels les plus adaptés à la convention sont ceux qui produisent des compléments alimentaires et des produits cosmétiques», estime Catherine Aubertin, car l’image que les plantes tropicales génèrent est ce qui compte le plus pour eux. «Mais souvent avec la cosmétique, c’est du ‘one shot’», relativise Valérie Boisvert.

Malgré tout, la convention a eu des effets bénéfiques, même si ce ne sont pas ceux qui étaient visés, selon les chercheurs de l’IRD. «Il ne faut pas se focaliser sur cette question du marché. La convention a eu des effets extraordinairement importants. Au Brésil, le statut de certaines populations a changé et de nouvelles formes de marché sont apparues. On a observé une relance de petits marchés qui n’avaient pas été identifiés dans le cadre de la convention et qui ont profité de l’image de la population gardienne de ressources», illustre Florence Pinton pour qui la convention a été un instrument de reconnaissance des populations autochtones.


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