Biodiversité ultra-marine: ultra riche, ultra menacée

Le 07 décembre 2011 par Geneviève De Lacour
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La mangrove guyanaise est l'une des plus riches
La mangrove guyanaise est l'une des plus riches

85% de la biodiversité de la France est concentrée dans les territoires d’Outre-mer dont le milieu marin couvre plus de 10 millions de km2, soit 19 fois la superficie de la métropole. Mais depuis 400 ans, ces milieux d’outre-mer ont connu 60 fois plus d’extinctions d’espèces qu’en métropole. Déchets, rejets d’eaux usées et densité de la population sont autant de pressions sur des milieux insulaires fragilisés. En Guyane, après l’orpaillage, les craintes pourraient venir de la mer avec l’exploration de gisements profonds de pétrole.

La dépêche aurait pu passer inaperçue. Mais au moment même où un colloque sur la biodiversité en Outre-mer se tient à Paris, organisé le 6 décembre par le réseau France Nature Environnement (FNE), les douanes de la Martinique annoncent qu’une cargaison de 1,5 tonne de chair de lambis, des coquillages inscrits sur la liste des espèces menacées d'extinction, a été saisie fin novembre. Ces mollusques des mers chaudes, recouverts d'une épaisse coquille, sont appréciés dans les Antilles pour leur qualité gastronomique mais aussi pour leur nacre, utilisée pour la décoration et la confection de bijoux. Ils sont protégés par la convention de Washington relative à la protection des espèces menacées.

Une saisie qui confirme les chiffres de FNE. 30% des extinctions d’espèces de mollusques auraient lieu dans les collectivités françaises d’Outre-mer. Ce qui place la France au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’archipel des Mascareignes - la Réunion, Maurice et Rodrigues- est souvent cité dans la liste des mauvais élèves.

Chacune des régions ultramarines insulaires souffre de pressions venant d'une urbanisation accrue, et du développement non contrôlé du tourisme avec ses problèmes de gestion de déchets et d'épuration des eaux usées. Des îles contraintes d’importer 75% de leur alimentation et 90% du pétrole. «La question est de trouver un mode de développement économique compatible avec la richesse de la biodiversité qu'il faut préserver», affirme Bruno Genty, président de FNE.

L'exemple de Mayotte, dans l'océan Indien, devenu récemment le 101e département français et qui vient de sortir de 44 jours de grève contre la vie chère, est éloquent. Les élus de l’île, toutes tendances confondues, ont approuvé le projet de nouvelle piste de 2.600 mètres pour l'aéroport «avec une justification prétendument économique, disant que cela va régler tous les problèmes du développement de l'île», explique Michel Charpentier, président de Naturalistes de Mayotte.

«Mais le projet met en danger le lagon et son récif corallien qui sera étouffé par 500 millions de mètres cubes de remblais, alors que c'est le site de nourrissage de la tortue marine et du mammifère dugong, deux espèces menacées», ajoute-t-il. Représentant un investissement de 300 à 400 millions d'euros, ce projet pourrait être abandonné faute d'argent disponible en raison de la crise.

Autre exemple cité par Bruno Genty: en Martinique, des terres agricoles ont été sacrifiées pour l'installation de panneaux solaires au sol alors qu'en toiture cela aurait permis de favoriser l'agriculture tout en produisant de l'énergie locale.
 
A St-Pierre et Miquelon, c’est l'une des dernières forêts boréales qui risque de disparaître par l'introduction massive de cerfs de Virginie pour la chasse. A la Réunion, les incendies à répétition détruisent chaque année des milliers d'hectares boisés.
 
En Guyane, si l'orpaillage illégal menace la forêt amazonienne, ce sont les récentes découvertes de pétrole au large de Cayenne qui font peur aux défenseurs du littoral et de sa mangrove. Lors du colloque FNE, la ministre de l’écologie est d’ailleurs revenue sur son annonce du 30 novembre dernier (voir JDLE). Elle avait annoncé que le gouvernement allait déposer prochainement une demande de permis d'exploration auprès de l'autorité des grands fonds marins dans l'Atlantique. «Je le redis solennellement (...) ce n'est pas la redite de l'aventure gaz de schiste, un projet avancé sans se poser auparavant la question de l’environnement; c'est le contraire», a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet.
 
De son côté, le réseau France Nature Environnement (FNE) s’oppose à toute exploitation des grands fonds marins pour des hydrocarbures. «Il faut que la catastrophe de Deepwater Horizon nous serve de leçon», a indiqué son porte-parole Benoît Hartmann.
 
Interrogé à ce sujet, Christian Roudgé, coordinateur de France Guyane Environnement rappelle que l’exploration au large de Cayenne n’est pas chose facile. Après la découverte le 9 septembre dernier d’un important gisement par 2.000 mètres de fonds, la plate-forme de Tullow Oil est repartie depuis 10 jours. Mais deux nouveaux forages de recherche sont prévus pour 2012 réalisés par un navire plus puissant. Le courant des Guyanes, d’environ 6 nœuds dans cette zone, a surpris les pétroliers qui, dans leur étude d’impact, avaient prévu un courant deux à trois fois plus faible. Au cours de l’année, une 4e étude sismique permettant de préciser le profil géologique est également prévue sur une zone de 500 kilomètres carrés.
 
«La Guyane entre dans sa première ère du pétrole et nous nous battons contre cela», explique le coordinateur de France Guyane Environnement, qui complète: «En Guyane, l’exploration pétrolière est risquée, en raison de la profondeur des forages et de puissants courants marins qui remontent le long de la côte. Sur les 8 mois de travaux, Tullow Oil a été obligé de stopper les opérations à 5 reprises. La plate-forme dérivait trop!». Christian Roudgé fustige également le manque de moyens de l’administration pour contrôler ces activités industrielles. A la Dreal de Guyane, une seule personne est en première ligne, soutenue par une autre personne du pôle national offshore de forages, à la Drire de Bordeaux. «Les moyens administratifs sont insuffisants pour contrôler une telle activité, surtout si elle se développe
 
A l’heure actuelle, le champ est exploité par un consortium formé par Tullow Oil (27,5% des parts), en co-entreprise avec Shell (45%), Total (25 %) et Northpet (2,5%) mais trois autres permis de recherche ont été déposés au cours des derniers mois. Et le droit européen prévoit une mise en concurrence qui devrait favoriser l’obtention de permis de forage.
Christian Roudgé critique le fait que les Guyanais ne soient pas suffisamment informés des enjeux et notamment en matière de sécurité des forages. Loin des côtes, loin des yeux.
 
Si Guyane Nature Environnement (GNE) essaye d’alerter sur les enjeux environnementaux de l’exploration en eaux profondes, son coordinateur estime que «les enjeux sont tellement importants que ce n’est pas notre rôle de faire respecter les réglementations». Il a rappelé que c’est grâce à l’implication de GNE que l’interdiction de rejets de boues de forage à l’huile par le pétrolier a été respectée. Tullow Oil souhaitait rejeter 5% d’hydrocarbures dans ses déchets, ce qui est formellement interdit par le Code de l’environnement. Le pétrolier a dû forer à l’eau et a ainsi perdu 30 jours de forage.


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