Biodiversité: que reste-t-il de Nagoya?

Le 05 octobre 2012 par Stéphanie Senet
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Deux ans après Nagoya, les objectifs doivent être concrétisés
Deux ans après Nagoya, les objectifs doivent être concrétisés

Après l’échec de RIO+20 et son sujet fourre-tout –le développement durable-, une conférence internationale ciblée sur la diversité biologique peut-elle obtenir de meilleurs résultats? C’est tout l’enjeu de la 11e Conférence des parties (COP 11) de la Convention sur la diversité biologique (CDB) qui s’ouvre le 8 octobre à Hyderabad (Inde).

Le multilatéralisme environnemental va connaître une nouvelle épreuve de force dès le 8 octobre. 160 représentants nationaux vont en effet se retrouver en Inde, pour tenter, en 12 jours de trouver un moyen d’avancer sur les engagements pris à Nagoya (Japon) en octobre 2010.

L’héritage du Sommet de la terre de Rio en 1992 va marquer cette nouvelle conférence comme il a pu planer sur Rio+20 en juin dernier. C’est en effet lors de ce troisième sommet qu’est née la Convention sur la diversité biologique (CDB) (1).

Mais c’est surtout l’accord historique, conclu il y a deux ans à Nagoya, qui va servir de référence, avec ses trois piliers fondateurs: le protocole sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation, le plan stratégique 2011-2020 et la mobilisation des ressources financières et des mécanismes de financement (voir JDLE).

«Les 10 à 20 prochaines années sont cruciales au regard du temps que nous avons pour mieux protéger la biodiversité», a prévenu le directeur de la biodiversité au Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue).

Le plan stratégique défini à Nagoya devait permettre de réduire la perte de la diversité biologique aux niveaux mondial, régional et national, à l’horizon 2020, grâce à 20 objectifs ambitieux précisés à Aichi (Japon). Quel bilan d’étape peut-on dresser?

«Sur de nombreux objectifs parmi les plus stratégiques, les progrès accomplis devraient apparaître maigres, comme l’objectif 6 appelant à une gestion durable de toutes les pêcheries ou l’objectif 8 invitant à ramener la pollution, notamment due à l’excès d’éléments nutritifs, à un niveau sans effet néfaste sur les fonctions des écosystèmes et la diversité biologique», estime l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), dans une note d’analyse.

Autre échec: l’amélioration de la protection des zones terrestres et marines. A Nagoya, l’objectif 11 visait, à l’horizon 2020, au moins 17% de zones terrestres (eaux intérieures comprises) et 10% des zones marines et côtières protégées. Aujourd’hui, le premier objectif pourrait être atteint (12,7% des zones terrestres sont aujourd’hui protégées). En revanche, on est loin du compte au niveau marin (1,6% seulement).

«Il faut préserver l’élan de Nagoya en mettant ce grand plan en action», espère Julia Marton-Lefèvre, directrice générale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). On est en effet au début du chemin, seulement 5 pays l’ont ratifié (2) alors que 50 sont nécessaires pour qu’il entre en vigueur. Si un mouvement s’enclenche à Hyderabad, le protocole pourrait s’appliquer à partir de 2014.

Les ressources financières et les mécanismes de financement de la protection de la biodiversité seront également à l’ordre du jour. Une question épineuse qui n’avait pas été réglée à Nagoya.

«Il est clair que c’est sur la question du financement que se fera, ou ne se fera pas, le résultat de la négociation», observe François Wakenhut, chef de l’unité Biodiversité à la Commission européenne. A la COP 11, il vise un meilleur chiffrage des sommes nécessaires pour atteindre les objectifs d’Aichi (des travaux d’évaluation sont en cours) et des engagements financiers susceptibles d’être pris par les pays les plus riches. «Ces engagements seront sans doute loin de l’ordre de grandeur nécessaire», estime d’ores et déjà Rolf Hogan, coordinateur de la biodiversité au WWF.

Enfin, la conférence d’Hyderabad pourrait dresser un premier bilan du Giec (3) de la biodiversité, la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), officiellement créée le 20 avril dernier (voir JDLE).

Avant l’ouverture de la conférence, l’ONG BirdLife International a listé ses priorités. L’association appelle notamment à dresser un état des lieux des plans d’action et stratégies nationales mis en place depuis l’adoption du plan stratégique 2011-2020; sélectionner des indicateurs pour évaluer les avancées; analyser l’application de la Stratégie pour la mobilisation des ressources; et identifier les zones marines et côtières prioritaires.

Au niveau européen, l’ONG avait tiré, le 2 octobre, un bilan désastreux de la situation européenne au regard des objectifs 2020 dans le cadre d’un rapport intitulé On the road to recovery? (Sur la voie du rétablissement?). Elle pointe en particulier les défaillances de l’Union européenne en matière de pêche, de préservation du patrimoine forestier et des surfaces agricoles, et d’orientation des subventions agricoles. Pour améliorer la protection de la biodiversité, il est impératif de supprimer les subventions nuisibles, notamment accordées dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche, demande-t-elle.

(1) La CDB compte 192 Etats parties ainsi que l’Union européenne. Elle est entrée en vigueur en décembre 1993. Les Etats-Unis sont l’un des rares grands pays à ne pas l’avoir ratifiée.

(2) Gabon, Jordanie, Mexique, Rwanda et Seychelles

(3) Giec: Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

 



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