Biodiversité maltraitée, montant de la facture élevé

Le 04 janvier 2017 par Marine Jobert
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Les pollinisateurs, inestimables auxiliaires.
Les pollinisateurs, inestimables auxiliaires.
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Le Commissariat général au développement durable (CGDD) vient rappeler que la nature rend des services économiques sans égal, qu’il serait bon de mieux évaluer afin de convaincre politiques, acteurs économiques et citoyens de respecter une biodiversité en pleine déliquescence.

Elle ne prétend en aucune façon à être un manifeste écologiste et pourtant, l’évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (Efese) que vient de publier le CGDD se révèle être un vibrant appel à la protection de notre patrimoine naturel. Piloté par le ministère chargé de l’environnement, ce rapport intermédiaire de 162 pages ambitionne de «sensibiliser les acteurs aux enjeux de la préservation et de l’utilisation durable de la biodiversité et d’améliorer le pilotage des politiques en faveur de la reconquête de la biodiversité et leur intégration dans les politiques sectorielles (santé, logement, mobilité, sécurité, etc.)». Et il recèle des données à même d’inspirer les aspirants à l’Elysée.

Chers insectes

Car à défaut d’être préservée pour elle-même, une biodiversité bien administrée représente une source de revenus et d’économies non négligeables pour l’Etat et les acteurs économiques. Les chiffres collationnés ici n’ont rien d’inédits. Le CGDD rappelle, par exemple, que la seule valeur marchande de la production de bois des forêts françaises pèse près de 2 milliards d’euros par an, que les Français dépensent la même somme pour s’y rendre à des fins récréatives, que les récifs coralliens contribuent à la protection côtière en évitant des dommages évalués à près de 0,6 Md€ par an, ou encore que la part de la production végétale destinée à l’alimentation humaine attribuable aux insectes pollinisateurs représente en France en 2010 une valeur comprise entre 2,3 et 5,3 Md€/an. Et le bien-être des Français ne s’arrête pas aux frontières du pays: il dépend également de l’état des écosystèmes mondiaux. Cela se vérifie dans l’assiette -puisque 87% des produits de la mer consommés en France sont issus de produits importés- et évidemment avec la question climatique.

Le périmètre de l'Efese s’étend à l’ensemble des écosystèmes forestiers, agricoles, urbains ou marins (dont les littoraux) de France métropolitaine et d’Outre-mer. Les zones rocheuses et de haute montagne ont également été étudiées, tout comme les écosystèmes d’interface (lisières, estuaires, etc.) et les enjeux associés ainsi que les interrelations existantes entre les écosystèmes (flux de matières, d’espèces ou d’énergie).

Coûts significatifs

Or «des évolutions préoccupantes affectent de nombreux écosystèmes français et leur biodiversité», constate, en langage fort diplomatique, le CGDD. Des exemples? Le déclin des populations d’insectes pollinisateurs à nouveau, alors que les trois quarts des espèces cultivées pour l’alimentation humaine dépendent de leur action. Ou encore les surfaces de prairies et de zones humides ramenées à la portion congrue en quelques décennies, ce qui réduit leur potentiel de régulation des risques d’inondation. La destruction et la fragmentation des habitats naturels, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, la surexploitation des ressources biologiques, le changement climatique et l’introduction et la dissémination d’espèces exotiques envahissantes «peuvent représenter des coûts significatifs pour la société française», constate le CGDD, qui se garde toutefois d’avancer des chiffres globaux.

Ecosystèmes à bout de souffle

Les causes sont connues: croissance démographique et économique, urbanisation et artificialisation des sols, augmentation du niveau de vie et de la consommation, déprise agricole et intensification simultanée des pratiques agricoles, ou encore relâchement du lien à la nature de populations plus urbaines. Et l’avenir ne s’annonce pas riant: «Du fait de ces évolutions, la capacité des écosystèmes français à délivrer un certain nombre de biens et de services dans la durée tend à décroître». Un phénomène amplifié par les changements climatiques, «qui font peser des risques d’évolutions irréversibles des écosystèmes».

Donner une valeur économique

Que faire, alors? Il faudrait réduire les pressions sur les écosystèmes, estime le CGDD, par la combinaison adaptée d’actions de politique publique, de technologies, d’investissements financiers et d’éducation, ainsi que des changements dans les comportements individuels et collectifs et l’adoption d’une approche plus intégrée de la gestion des écosystèmes, remplaçant l’approche sectorielle classique. Pour ce faire, le CGDD préconise de renforcer la tendance de fond à «donner des valeurs économiques et sociales aux services écosystémiques de manière plus complète (…) dans la mesure où la destruction d’écosystèmes est mieux comprise comme une destruction de valeur pour la société dans son ensemble».

 



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