Biodiversité : les entreprises se mettent au vert

Le 20 octobre 2010 par Sabine Casalonga
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La biodiversité est à la mode chez les business men
La biodiversité est à la mode chez les business men

Alors que les dirigeants de la planète tentent, cette semaine à Nagoya, d’élaborer de nouveaux objectifs pour limiter l’érosion de la biodiversité, un colloque organisé hier 19 octobre a mis en lumière l’intérêt croissant des entreprises pour la protection de la nature. Des garde-fous devront néanmoins être installés pour prévenir le greenwashing.

 

« Il y a un véritable mouvement dans les entreprises pour mieux intégrer les questions de biodiversité », affirme François Letourneux, président du comité français de l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN). « Des laboratoires pharmaceutiques se penchent sur les conditions de prélèvement de leurs molécules, poussés par la crainte d’une mauvaise image et les risques juridiques. Les carriers envisagent la réparation écologique de leurs sites d’exploitation, et la façon dont l’agriculture évolue – même de façon trop lente - est plutôt positive », explique-t-il. Cette appréhension de la biodiversité est relativement nouvelle. « Les ONG ont dû beaucoup insister pour que la biodiversité soit intégrée dans le Grenelle, le sujet étant alors encore considéré comme rétrograde », relate l’ancien patron du Conservatoire du littoral. « La question est désormais de savoir si ces changements se feront suffisamment vite pour enrayer le déclin de la biodiversité. »

Un enjeu de taille. « Le taux d’extinction des espèces est 1.000 fois plus rapide aujourd’hui que celui mesuré dans les bases de données fossiles », a ainsi rappelé Gilles Bœuf, président du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), en introduction du colloque organisé dans sa prestigieuse institution par EpE (Entreprises pour l’environnement). Coupable ? L’activité de l’homme : surexploitation (pêche, forêt tropicale), pollution, urbanisation, croissance démographique, dissémination des espèces invasives et changement climatique. Et pourtant « 40 % de l’économie mondiale dépend de la biodiversité ». D’où l’intérêt pour les entreprises de participer à la préservation de la planète. « Les pertes de revenus liées au déclin mondial des pêcheries sont estimées entre 80 et 100 millions de dollars (71,93 millions d’euros) et 27 millions d’emplois », indique Cornis Van der Lugt, coordinateur du rapport Teeb pour les entreprises. Pourtant, selon une étude récente, 42 % des entreprises ne mentionneraient pas la biodiversité dans leur rapport de développement durable.

« La biodiversité est encore nouvelle pour la majorité des entreprises, et perçue comme très complexe », confirme Julia Haake, directrice des partenariats Entreprises au WWF. Pour répondre à ces questions, l’ONG a mis en ligne un guide présentant des solutions concrètes pour différentes filières industrielles.

Lors du colloque organisé par EpE, plusieurs entreprises ont également présenté des études de cas et des projets-pilotes en faveur de la biodiversité, ce qui illustre bien une prise de conscience croissante. Vallourec, leader mondial de la production de tuyaux pour les centrales nucléaire et pétrochimiques, a ainsi créé une réserve et des couloirs écologiques au Brésil, où le groupe exploite des forêts pour produire le charbon de bois utilisé dans l’aciérie. Autre exemple, la Caisse des dépôts et consignations a créé une filiale Biodiversité en 2008 avec l’ambition de proposer aux maitres d’ouvrage des actions de compensation. Ce qui a ainsi permis d’ouvrir la première réserve d’actifs naturels (RAN) dans la plaine de Crau avec la reconstitution de 357 hectares de steppe exceptionnelle [voir le JDLE]. Les assurances commencent également à mettre en place des outils pour prévenir et compenser les impacts sur la biodiversité.

Pourquoi cet intérêt soudain du privé ? Les raisons sont multiples. « Une demande sociale forte, pour les produits bio et les labels environnementaux », souligne François Letourneux. Mais aussi la volonté des entreprises d’utiliser la protection de la nature comme outil fédérateur en interne, et en partie aussi un choix d’ordre éthique. » Sans compter la pression réglementaire croissante, principalement européenne (Natura 2000, aires maritimes protégées, pêche, transports, etc.) et l’impact du Grenelle de l’environnement. Mais aussi la loi sur la responsabilité environnementale (LRE) de 2008 qui prévoit des mesures de restauration ou de compensation en cas de préjudices environnementaux causés par les entreprises.

Leur engouement est tel que certains experts s’inquiètent d’une nouvelle bulle spéculative. L’arrivée d’acteurs opportunistes et mal formés sur le secteur du conseil aux entreprises est en effet associée à un risque de greenwashing. Patrice Valantin, directeur de Dervenn, société de conseil en génie biologique, plaide pour la mise en place d’un label pour les bureaux d’étude.

Pour le président du comité français de l’UICN, la priorité n’est cependant pas la compensation, mais la mise en place de véritables projets Biodiversité au sein des entreprises. « Il faut aller plus loin que les expériences-pilotes » confirme Julia Haake. Plusieurs intervenants souhaitent que les banques intègrent la biodiversité dans leurs analyses de risque.

En clôture de la conférence, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, a annoncé la prochaine mise en ligne d’un outil d’auto-évaluation Biodiversité à destination des entreprises, et l’installation d’un comité national de pilotage sur la compensation. Ce dernier devra proposer des mesures pour encadrer la mise en œuvre de la compensation, prévue par la loi relative à la protection de la nature de 1976 et la LRE.

La ministre a enfin prôné une augmentation du mécénat, alors que la contribution des entreprises se situe aujourd’hui autour de 2 % de la dépense nationale liée à la protection de la biodiversité.

Message d’EpE pour Nagoya

Outil de formation de l’UICN

Guide de bonnes pratiques Medef



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