Biodiversité: le protocole de Nagoya nuit-il à la recherche?

Le 29 juin 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Pas de protection sans recherche
Pas de protection sans recherche
DR

Censé protéger de la biopiraterie, le protocole de Nagoya aurait des effets négatifs sur la recherche publique, déplorent près de 180 chercheurs de 35 pays dans une tribune publiée jeudi 18 juin dans la revue Science. Ils appellent la Convention sur la diversité biologique (CDB) à une clarification.

Entré en vigueur en octobre 2014, le protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques vise à enrayer la biopiraterie, en obligeant à partager les bénéfices des produits dérivés d’espèces animales ou végétales -dont les médicaments- avec les communautés autochtones. Un objectif hautement louable, mais qui en l’état aurait des effets délétères, estiment les signataires de la tribune, issus de 35 pays dont la France[i].

Protectionnisme ou protection?

Selon les chercheurs, le protocole de Nagoya a conduit de facto à une nationalisation de la biodiversité, liée à la mise en place de lois très strictes par les pays. Ces lois constitueraient un frein à la recherche publique sur la biodiversité, qui fait désormais l’objet de soupçons: «obtenir des permis d’accès aux spécimens pour une recherche à visée non commerciale devient de plus en plus difficile dans plusieurs pays, en particulier en Asie du Sud, en Afrique de l’Est et en Amérique du Sud, notamment dans les ‘hostpots’ de biodiversité», constatent les signataires.

Le protocole peu explicite

Or selon eux, le texte du protocole de Nagoya se montre très flou en la matière: s’il indique que les lois nationales ne doivent pas empêcher la recherche publique, il n’explique pas de manière claire en quoi elle se distingue de la recherche commerciale. D’autant que le protocole enjoint les pays à se méfier d’une recherche publique qui cacherait en réalité des visées commerciales.

La crise profonde que traverse actuellement la biodiversité nécessite un effort accru de recherche, notamment pour compléter les inventaires taxonomiques, estiment les chercheurs. Ce qui équivaut à une internationalisation de la recherche, et non à un cloisonnement national des ressources. «Aucun pays n’aura jamais l’expertise d’identifier toutes les plantes, tous les animaux, tous les champignons et tous les protistes qu’il contient», jugent les chercheurs, qui appelle la CBD à «lever les barrières légales» qu’elle a contribué à instaurer entre les chercheurs et leur sujet d’étude.



[i] Dont trois chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et un de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus