Biodiversité: le pari de la Trame verte et bleue

Le 06 avril 2010 par Sabine Casalonga
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La création de la Trame verte et bleue, un des engagements-phares du Grenelle, s’annonce plus complexe que prévue. En attendant le vote du Grenelle II, les gestionnaires des espaces naturels, réunis le 30 mars dernier (1), ont fait le point sur les outils et le cadre de mise en œuvre du futur réseau écologique.

 

«Le succès du concept de corridor biologique a conduit à un écart entre les connaissances scientifiques et les enjeux politiques», observe Françoise Burel, directrice de recherche au CNRS et à l’université de Rennes I. L’idée de trame verte et bleue, dont l’ambition est de lutter contre l’érosion de la biodiversité, trouve son origine dans l’étude pionnière menée par deux chercheurs de l’université d’Ottawa (Canada) en 1985. Ils ont montré que le taux de survie d’une population de mulot forestier, au sein d’une région agricole, était corrélé au nombre de connections (haies) entre leurs lieux d’habitat (bois). Au sein de paysages hétérogènes et fragmentés, les habitats se voient réduits et isolés les uns des autres, entraînant une diminution des déplacements des espèces (recherche de nourriture, de gîte, de partenaire sexuel et migration), un paramètre-clé du maintien des populations. Le corridor écologique (haie boisée, bande fleurie, route, cours d’eau) qui relie des habitats entre eux est donc perçu comme un remède aux effets néfastes de la fragmentation de l’espace.

 

De nombreux travaux ont depuis montré le rôle positif des trames écologiques. L’éléphant bénéficie au Sri Lanka, d’un tel dispositif reliant deux parcs nationaux entre eux. La Suisse a misé sur la biodiversité ordinaire, en imposant aux agriculteurs de consacrer 7 à 10% de leur surface à des haies ou des prairies extensives. Toutefois, le rôle écologique des corridors est encore controversé. D’autres études ont en effet suggéré leur inefficacité, voire leurs impacts négatifs. De fait, ces réseaux facilitent aussi la dispersion des maladies, des parasites, des prédateurs et d’espèces non désirées. Dans tous les cas, «le rôle des corridors dépend de leur forme, de leur mode de gestion, de l’environnement et des espèces considérées», souligne Françoise Burel. Or, évaluer l’efficacité d’une trame pour chaque espèce animale et végétale représenterait une gageure. Au mieux, les scientifiques espèrent pouvoir le faire pour des groupes fonctionnels.

 

Au-delà des incertitudes scientifiques, le deuxième défi à relever sera la mise en œuvre concrète des continuités écologiques. La France est le 19e des 27 pays de l’UE à se lancer. Le projet de loi Grenelle II -dont l’examen par les députés débutera en mai- prévoit la mise en place d’une trame verte et bleue d’ici fin 2012 (2). Une échéance qui risque d’être difficile à tenir. «Les continuités écologiques sont un sujet difficile, car les projets démarrent sans pouvoir s’appuyer sur des expériences concrètes», analyse cependant Jean-Pierre Giran, président des Parcs nationaux de France (PNF).

 

Des orientations nationales appuyées sur les propositions du Comop «Trame verte et bleue» seront définies par décret, 6 mois après la promulgation de la loi Grenelle II. Un schéma régional de cohérence écologique (SRCE) devra être élaboré d’ici 2013. Les régions devront identifier les enjeux régionaux de préservation de la biodiversité (diagnostic) et respecter les 5 critères nationaux de cohérence: protection des espèces et habitats prioritaires (3), intégration des zonages de protection forte (parcs nationaux, réserves naturelles) et des autres zones au cas par cas, comme Natura 2000, mais aussi les zones aquatiques classées et les zones humides d’intérêt environnemental particulier, en cohérence avec les Sdage (4). Le SRCE devra enfin prendre en compte les schémas des régions et pays voisins.

 

Les documents de planification locale (ScoT, PLU) et les projets des collectivités, mais aussi les projets d’infrastructures linéaires de transport de l’Etat (lignes TGV, autoroutes) devront «prendre en compte» le SRCE. Cette notion de «compatibilité», moins contraignante que celle «d’opposabilité», a la préférence du ministère de l’environnement (Meeddm). «La résolution des conflits se fera devant les tribunaux, suite à la saisie des associations de protection de l’environnement», analyse Michel Deshayes du Cemagref.

 

La trame verte et bleue s’appuiera sur les espaces naturels protégés qui constituent des réservoirs de biodiversité, mais aussi sur des espaces non protégés, agricoles et forestiers. «La priorité ira aux projets de maintien des corridors écologiques existants, l’expérience des gestionnaires des espaces naturels est à cet égard à valoriser», affirme Fabienne Allag-Dhuisme, chef de projet Trame verte et bleue au Meeddm. Des aides économiques pour les collectivités et des compensations en cas d’atteinte à la trame sont à l’étude. La mise en œuvre s’appuiera principalement sur des mesures contractuelles avec les propriétaires et les utilisateurs des parcelles (mesures agro-environnementales, contrats Natura 2000, contrats «forêt», refuge LPO, etc.). Quitte à réaménager l’architecture du réseau dans 10 ans, lorsqu’un premier bilan aura pu être effectué par les naturalistes.

 

(1) Le forum a été organisé les 30 et 31 mars par l’Atelier technique des espaces naturels (Aten) et les Parcs nationaux de France (PNF).

(2) Dans le JDLE «Grenelle II: la trame verte et bleue instaurée par les sénateurs» ; «Grenelle II: les amendements en matière d’eau et biodiversité»

(3) Ces espèces dites «déterminantes» sont des espèces menacées ou communes dont la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques est un enjeu pour le maintien de leurs populations au niveau national.

(4) Schémas directeurs d’aménagement des eaux  

Site du Meeddm

www.legrenelle-environnement.fr/trameverteetbleue

 

 



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