Biodiversité: l’ONCFS fait de la résistance

Le 16 mars 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Henri Sabarot, l'AFB, ça n'est pas pour demain.
Pour Henri Sabarot, l'AFB, ça n'est pas pour demain.
ONCFS

Le monde de la chasse ne veut pas être dans l’AFB: il veut être l’AFB.

On assiste parfois à de drôles conférences de presse. De celles qui sont, officiellement, consacrées à un thème qui n’est jamais abordé. C’est le cas d’une rencontre avec la presse, organisée, ce mercredi 16 mars, par les dirigeants de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Centrée autour du programme scientifique de l’Office, la réunion s’est focalisée sur l’Agence française pour la biodiversité (AFB), l’ennemie jurée.

Peu connu des urbains non chasseurs, ‘l’Office’ est un établissement public chargé principalement de la police de la chasse. Il gère aussi des espaces protégés et réalise des études écologiques sur la faune et le milieu. Unique en Europe, cette structure est souvent considérée comme la chose des chasseurs. Ce n’est pas tout à fait vrai. Sur les 22 membres de son conseil d’administration, seuls 9 président des associations de porteurs de fusil.

De CPNT au PS

Dirigé par Jean-Pierre Poly, un ancien patron d’agence de l’eau, l’ONCFS est présidé par Henri Sabarot, patron de la puissante (et controversée) fédération des chasseurs de Gironde. Un temps élu régional Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT), le maire de Carcans siège désormais au conseil régional de l’Aquitaine sous l’étiquette socialiste. Sur un territoire qui regroupe 20% des chasseurs de France, la présidence d’une grosse ‘fédé’ ouvre bien des portes.

En plein vote de la loi Biodiversité, Henri Sabarot n’entend pas rester l’arme au pied. Son problème est simple: il se nomme Agence française pour la biodiversité (AFB). Fer de lance du projet de loi Royal, l’AFB devra mettre en œuvre la politique française en la matière. Dotée d’un budget prévisionnel de 220 millions d’euros, sa création résultera de la fusion de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), de l’Agence des aires marines protégées, des Parcs nationaux de France (PNF) et de l’Atelier technique des espaces naturels (Aten). Mais pas de l’ONCFS.

A l’origine, les chasseurs ne voulaient pas entendre parler de ce qu’ils considèrent un peu comme une boîte à écolos. Et la nomination récente de Christophe Aubel à sa tête ne fait que conforter leur intuition première. Laquelle se heurte pourtant au principe de réalité. Certes, les deux tiers du budget de l’ONCFS sont le produit des redevances cynégétiques et du droit de timbre. Le solde étant apporté par l’Etat. Précisément, cette dernière dotation a vocation à se réduire comme peau de chagrin. Et l’établissement public perd chaque année une trentaine d’agents. «Nous sommes arrivés à un moment où nous ne pouvons plus assurer certaines de nos missions», explique l’un des cadres de l’Office.

Elargir le cercle de ses amis

C’est ce lent étranglement qui inquiète ses responsables. Lesquels font volte-face. En commençant par élargir leurs troupes. Un amendement au projet de loi ‘biodiv’ fait opportunément entrer des représentants des maires de France, des conseils régionaux et départementaux au conseil d’administration de l’ONCFS. L’idée étant d’apparaître ainsi non plus comme le représentant du monde cynégétique mais de la ruralité. Ce qui a toujours bonne presse dans les milieux gouvernementaux et au Sénat.

Introduire de la mixité

Adepte du fusil superposé, Henri Sabarot tient prête sa deuxième cartouche. Rappelant que ses agents dressent 60% des procès verbaux de police environnementale, le président de l’Office appelle à la fusion des équipes ‘policières’ de la future AFB et de l’Office. L’idée n’a rien d’aberrant: elle avait déjà été évoquée l’an passé par les préfigurateurs de l’AFB. Bien sûr, ces équipes mixtes seraient commandées par une seule et même structure, que l’on imagine basée à Rambouillet[1].

Autre possibilité évoquée par Henri Sabarot et Jean-Pierre Poly: faire de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage le principal pilier de l’AFB. «Nous assurons déjà nombre de missions qui seront confiées à l’Agence, souligne Jean-Pierre Poly. Et nous apporterions plus de 70 millions d’euros de budget[2], ce qui n’est pas rien.»

Ce n’est pas rien. Mais cela risque d’être insuffisant aux yeux du législateur, pressé d’en finir avec une préfiguration d’une AFB qui traîne depuis maintenant depuis plus de 4 ans. Ce qui n’impressionne pas Henri Sabarot: «Les parlementaires oublient toujours qu’après leur travail s’écoule un long moment pour s’occuper du réglementaire. L’AFB n’est pas pour demain.»

 



[1] Ville où siège l’ONCFS.

[2] Soit l’équivalent du tiers du budget annuel prévu.

 



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