Biodiversité: l’IPBES inquiète pour ses finances

Le 13 mars 2017 par Romain Loury
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L'IPBES en difficulté financière
L'IPBES en difficulté financière

Lancée en 2012 pour devenir le «Giec de la biodiversité», la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) est confrontée à d’importantes tensions budgétaires. La question a dominé sa cinquième réunion plénière, qui s’est achevée vendredi 10 mars à Bonn (Allemagne).

L’IPBES est-il en train de réduire la voilure? Cinq années après son lancement, l’organisme se trouve confronté à de lourdes difficultés budgétaires, qui font craindre quant à son avenir en l’absence de nouveaux financements par ses 126 Etats membres. Le sujet a d’ailleurs dominé la cinquième réunion plénière, qui a eu lieu de mardi 7 à vendredi 10 mars[i].

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir fait des économies, en coupant notamment dans ses dépenses générales: en 2015, l’IPBES a réussi à diminuer ses dépenses de 1,4 million de dollars par rapport au budget prévu de 9,5 millions de dollars. Idem en 2016, avec 2,15 millions de dollars économisés sur les 8,42 millions de dollars prévus.

Financements attendus d’urgence

La purge n’a pas suffi: après d’importants financements à ses débuts (un pic de 13,62 millions de dollars en 2014), l’IPBES n’a touché que 3,13 et 3,21 millions de dollars en 2015 et 2016. Et les contributions annoncées pour les prochaines années sont maigres: 1,38 million de dollars en 2017, selon un bilan dressé le 1er décembre 2016. Contraint de repartir à la pêche, l’IPBES pourrait, sans nouvelle contribution, se retrouver en déficit de 10,76 millions de dollars en 2019, uniquement en poursuivant les travaux en cours.

Au terme de la plénière, les Etats membres se sont prononcés pour un budget 2017 de 8,73 millions de dollars (contre 9,45 millions de dollars, somme proposée par le secrétariat de l’IPBES), mais un budget 2018 de seulement 5 millions de dollars (au lieu des 7,12 millions de dollars proposés par le secrétariat). Face aux incertitudes, plus aucune référence n’est faite au budget 2019.

Confrontée à de telles contraintes, la plateforme se voit obligée de faire des choix. Après avoir publié ses deux premières évaluations en 2016, dont l’une sur les pollinisateurs, et alors que six sont en cours, trois autres sont actuellement en suspens, faute de financement. Ces travaux concernent respectivement les espèces invasives, l’usage durable des espèces sauvages et l’évaluation méthodologique des valeurs de la nature et de ses bénéfices. Pour chacun de ces travaux, le coût unitaire est estimé à 1 million de dollars.

Désaccords Nord-Sud

Pour pimenter les débats, ces incertitudes ont révélé une importante ligne de fracture: d’une part les pays du Nord, dont les grands donateurs que sont la Norvège, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, appellent à la rigueur budgétaire. D’autre part, les pays du Sud, très en attente des conclusions de l’IPBES qui les concernent en premier lieu, estiment que des travaux menés à bien pourraient justement amener d’autres financements.

 

 

Total 2012-2016

(dollars)

Annonces fin 2016-2018

Total 2016-2018

Tous pays (22 donateurs)

26,48

3,27

29,75

Norvège

8,69

 

 

Allemagne

7,59

2,19

8,69

Royaume-Uni

2,56

0,159

9,78

Etats-Unis

2,52

 

 

France

1,03

 

 

Chine

0,222

 

 

Afrique du Sud

0,03

 

 

Inde

0,02

 

 

 

Autre difficulté: selon les pôles d’intérêt des Etats membres, le désaccord règne sur les évaluations qu’il faudrait lancer en premier parmi les trois en suspens, si les financements venaient à affluer.

«Il n’est pas anormal que les Etats du Nord soient vigilants à ce que l’IPBES n’arrive pas dans une situation de quasi-faillite», juge auprès du JDLE Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) -présent à Bonn en tant que membre de la délégation française). «Mais il ne l’est pas non plus que les Etats du Sud aient envie de voir ces travaux aboutir rapidement», tempère-t-il.

Programme trop ambitieux?

Certains Etats-membres, dont les Etats-Unis, ont d’ailleurs jugé que le premier programme de travail était «trop ambitieux», y voyant une raison pour laquelle l’IPBES risquait de se retrouver en cale sèche. «Bien entendu qu’il était ambitieux, juge Jean-François Silvain. Nous, les scientifiques, nous avons poussé pour qu’il le soit, car il est à la hauteur des enjeux. Il faut assumer cette ambition, car la biodiversité va très mal».

Au terme de la plénière, le sort des trois évaluations en suspens demeure inconnu. «S’il arrive une manne céleste [dans les prochains mois], les pays du Nord auront du mal à ne pas accepter qu’on lance une autre évaluation», juge Jean-François Silvain. Mais il semble bien peu probable que ces pays donnent beaucoup plus d’argent dans l’immédiat.

L’UE, «observateur amélioré»

Signe d’espoir, les Etats membres se sont entendus pour intégrer l’UE en tant qu’«observateur amélioré», ce qui, sans droit de vote, lui donnerait le droit de faire des propositions et de faire des commentaires. Et surtout, peut-être l’aspect le plus important dans la situation actuelle, ce statut lui donnerait le droit de financer l’IPBES.

Cette évolution n’a pas été sans heurt: l’UE souhaitait devenir membre à part entière, mais plusieurs pays s’y opposaient. Aussi bien des pays non-UE que des membres de l’UE, qui, regroupés sous la bannière bruxelloise, auraient perdu leur voix au chapitre.



[i] La direction de l’IPBES n’a pu être contactée lundi 13 mars par le JDLE.

 



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