Biodiversité: l’humanité à l’heure du choix

Le 06 mai 2019 par Romain Loury
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Nature épuisée, humanité en sursis
Nature épuisée, humanité en sursis
Maxim Blinkov/Shutterstock.com

Y aura-t-il un avant et un après rapport de l’IPBES? C’est ce qu’espèrent ses auteurs, qui ont dévoilé lundi 6 mai leur évaluation mondiale de l’état de la biodiversité, la plus importante jamais menée. Le constat est dramatique: les espèces et les milieux déclinent à grande vitesse, mettant l’humanité face à un péril imminent. A moins de sortir rapidement de son aveuglement consumériste et de sa course à la croissance.

«Protéger la biodiversité, c’est protéger l’humanité», a déclaré Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, lors de la conférence de presse de présentation du rapport de l’IPBESi (souvent surnommé le ‘Giec1 de la biodiversité’). Autant dire que pour l’une comme pour l’autre, les perspectives paraissent bien sombres, à en lire le résumé publié ce lundi.

Adopté dans la nuit de samedi 4 à dimanche 5 mai par les représentants des 132 pays membres de l’IPBES, rassemblés pour leur session annuelle au siège parisien de l’Unesco, ce travail gigantesque n’a d’équivalent que les rapports du Giec sur le changement climatique: 350 contributeurs issus de 51 pays, un total de 156.000 heures de travail sur une durée de trois ans, pour un rapport final de 1.800 pages, dont l’intégralité sera publiée dans le courant de l’année.

La nature dépérit, l’homme est en sursis

Ce résumé dépeint une situation des plus tragiques, qui appelle la communauté internationale (gouvernements, entreprises, société civile) à l’action immédiate pour sauver ce qui peut encore l’être et sortir l’humanité de sa voracité suicidaire. Mais au-delà du constat accablant, ce rapport dresse, et c’est une première, un tableau complet de l’importance de la biodiversité pour l’homme, mais surtout des pistes de réflexion économique pour sortir de la spirale mortifère.

Et il faut en sortir au plus vite, comme l’ont rappelé les auteurs. «A moins d’agir dès maintenant, nous mettrons en danger l’humanité, aussi bien ses générations actuelles que futures», a déclaré Robert Watson, président sortant de l’IPBES. «Nous avons besoin d’actions, pas de nouveaux objectifs sans actions», a ajouté l’ancien président du Giec.

Selon le scientifique britannique, «nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance; la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier». Pour enrayer cela, l’IPBES appelle d’ailleurs à des «changements transformateurs», qui devront lever bien des blocages politiques et économiques, changer bien des comportements sociétaux.

Le début d’une prise de conscience?

Côté associations, l’appel de l’IPBES a été largement relayé. Interrogé par le JDLE, Pierre Cannet, co-directeur des programmes du WWF France, espère que «ce travail, comme celui produit par le Giec, aura des conséquences politiques et sociétales sérieuses».

Selon lui, «nous entrons dans une nouvelle phase sociétale. Avant la COP 21, il y avait eu des rapports du Giec, une période de sensibilisation du public, puis le passage à l’acte politique. Nous avons désormais la base scientifique sur laquelle les politiques vont pouvoir reprendre des engagements lors de la COP15 de 2020, en Chine». Une COP dont la présidente du WWF France, Isabelle Autissier, espère qu’elle engagera les Etats à «zéro perte nette de biodiversité» en 2030, a-t-elle déclaré ce lundi 6 mai sur France Inter.

La France pas toujours exemplaire

En attendant que les politiques passent enfin à l’action, force est d’admettre que leurs actes ne font souvent qu’aggraver la situation. Le WWF évoque ainsi les exemples, souvent cités, du projet minier de la Montagne d’or en Guyane, sur un site qui compte plus de 2.000 espèces –dont 127 protégées–, ou encore une lutte bien plus résolue pour sortir l’agriculture de sa dépendance aux pesticides.

Dans son édition de lundi, Mediapart rappelle les menaces qui pèsent sur le Conseil national de protection de la nature (CNPN), instance consultative qui délivre des avis sur la possibilité de déroger à la protection des espèces, et que le gouvernement verrait comme un frein aux projets d’aménagement.

Si les actes politiques sont loin d’être au rendez-vous, les paroles y sont. Ainsi, lors du sommet G7 Environnement à Metz, où les pays du G7, ainsi que le Chili, les îles Fidji, le Gabon, le Mexique, le Niger et la Norvège ont adopté une ‘Charte de Metz sur la biodiversité’, s’engageant à «accélérer et intensifier les efforts pour mettre fin à la perte de biodiversité».

 

 

1? Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 

i? Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques

 

 



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