Biodiversité: l’Europe fait trop peu pour ses espèces «multi-royaumes»

Le 24 juillet 2018 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La tortue caouanne, espèce "multi-royaumes"
La tortue caouanne, espèce "multi-royaumes"
DR

Les espèces «multi-royaumes», celles qui vivent à cheval entre au moins deux milieux, sont trop peu couvertes par la politique européenne pour la biodiversité, révèle une étude internationale publiée dans la revue Conservation Letters.

 

Qu’il s’agisse des tortues marines, vivant en mer et pondant à terre, ou des saumons, qui selon la période nagent en mer ou en eau douce, de nombreuses espèces fréquentent au moins deux milieux de vie différents. Dites «multi-royaumes», ces espèces constitueraient 30% de celles classées comme menacées, inscrites sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Des espèces plus vulnérables

Ces espèces sont donc particulièrement vulnérables à la dégradation de l’environnement: «elles sont exposées à des menaces sur plusieurs milieux, ce qui du coup accroît le degré de menace. Par exemple, les tortues marines peuvent bénéficier d’actions de protection des plages, là où elles pondent, mais elles sont moins bien protégées en mer», explique Sylvaine Giakoumi, chercheuse au laboratoire ECOMERS[i] de Nice.

Or ces espèces s’avèrent assez mal couvertes par les projets LIFE-Nature de protection de la biodiversité, définis dans le cadre des directives Habitats et Oiseaux. Avec ses collègues issus de 15 pays, la chercheuse montre que seuls 537 des 1.567 projets LIFE-Nature financés entre 1992 et 2016, soit 34%, portent sur plusieurs milieux de vie (mer, eau douce, terre), pour un total de 800 millions d’euros à ce jour.

Le butor étoilé en tête

Ces 537 projets ne couvrent eux-mêmes que 30% des espèces identifiées comme «multi-royaumes». Parmi les plus gros bénéficiaires, le butor étoilé (Botaurus stellaris, 56,4 millions d’euros), le saumon atlantique (Salmo salar, 30,6 millions d’euros), le martin-pêcheur d’Europe (Alcedo atthis, 13,9 millions d’euros) et la tortue caouanne (Caretta caretta, 11,4 millions d’euros).

L’analyse montre de nettes différences d’un groupe à l’autre: les coléoptères sont très bien représentés dans les projets LIFE, tandis que d’autres, comme les mammifères et les poissons marins, le sont peu, voire pas du tout, tels les mollusques marins.

«Si un projet soumis porte sur plusieurs espèces, il a plus de chances d’être financé», indique Sylvaine Giakoumi. Ce qui incite à les cibler sur un seul milieu, entraînant ainsi une sous-représentation des espèces multi-royaumes. «De fait, il y a un désaccord entre la Liste rouge et les listes des directives Habitats et Oiseaux», ajoute la chercheuse.

Favoriser une «approche plus intégrée»

Comment remédier à cette sous-protection des espèces multi-royaumes? Par une «approche plus intégrée», juge Sylvaine Giakoumi: «il existe des agences spécifiques sur les milieux terrestres, pour l’eau douce ou les milieux marins, et souvent il y a peu de communication entre elles», ce qui engendre des angles morts sur les espèces multi-royaumes. Un problème de découpage qui s’applique aussi aux scientifiques, souvent spécialisés dans un milieu de vie, ajoute la chercheuse.

C’est notamment afin de mieux intégrer la protection de la biodiversité qu’a été créée, début 2017, l’Agence française pour la biodiversité (AFB) –bien que nombre d’observateurs déplorent son orientation peu terrestre, du fait de la non-intégration de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). «Il faut bien sûr qu’ils [l’AFB, ndlr] s’organisent, mais cela va dans le bon sens», juge Sylvaine Giakoumi.



[i] Le laboratoire ECOMERS (Ecosystèmes côtiers marins et réponses aux stress) est sous tutelle du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’université Nice Sophia Antipolis)

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus