Biodiversité: l’entomofaune au bord de l’effondrement

Le 19 octobre 2017 par Marine Jobert
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Les papillons ne sont pas les seuls sur le déclin.
Les papillons ne sont pas les seuls sur le déclin.
©Dominik Hofer

En 27 ans, la masse des insectes piégés dans des zones protégées d’Allemagne a chuté des trois quarts. Une quantification inédite de l’effondrement de l’entomofaune, indicatrice et pierre angulaire de la biodiversité. En ligne de mire: les pesticides agricoles.

3 insectes sur 4 auraient disparu en à peine 30 ans, selon une étude publiée dans PlosOne. C’est en comparant la biomasse de l’entomofaune capturée dans 63 zones protégées d’Allemagne entre le début des années 1990 et aujourd’hui que les scientifiques ont constaté qu’elle avait chuté de 76% en moyenne, allant jusqu’à 82% en période estivale. Une comptabilité originale, qui renouvelle les études menées espèce par espèce ou par recensement du nombre d’individus.

L’agriculture intensive, cause plausible

«Nous constatons que ce déclin est apparemment sans lien avec le type d’habitat, et que les changements météorologiques, d’affectation des sols et les caractéristiques des habitats ne peuvent expliquer ce déclin dans son ensemble», écrivent-ils. L’intensification de l’agriculture (avec le recours aux pesticides), que les auteurs reconnaissent ne pas avoir inclus dans leur analyse, leur semble toutefois «une cause plausible».

Néonicotinoïdes & autres

Cela n’est évidemment pas la première fois que des entomologistes alertent sur la dégradation de certaines populations d’insectes, dont l’abeille mellifère est devenue l’ambassadrice. Les effets des néonicotinoïdes (ici ou ici) (dont des résidus, parfois importants, ont été détectés dans les trois quarts des 200 miels récoltés sur tout le globe) sont documentés et leur responsabilité dans la chute des populations d’insectes avérée. Les effets en cascade des pratiques agricoles intensives se font sentir sur d’autres espèces: un tiers des effectifs d’oiseaux nicheurs sont menacés aujourd’hui, contre un quart en 2008. A l’occasion de la publication de sa Liste rouge des oiseaux nicheurs, en septembre 2016, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) n’avait pas hésité à pointer les pratiques agricoles pour expliquer ce décrochage inquiétant, auquel participe activement l’effondrement des populations d’insectes.

Déclin jusqu’ici inconnu

Les insectes ont été capturés dans des réserves entourées de zones agricoles ayant recours à des insecticides, qui deviennent une sorte de «piège écologique» mettant en péril ces populations animales, explique Caspar Hallmann, co-auteur de l’étude. Des résultats qui, selon cet entomologiste à l'université Radboud (Pays-Bas), sont probablement représentatifs de ce qui se passe dans une grande partie de l'Europe, et ailleurs dans le monde, où des réserves naturelles sont au milieu de terres agricoles. «Ce déclin massif et jusqu’ici inconnu de la biomasse des insectes rajoute une dimension à la discussion [sur la chute de la biodiversité en général], car il existe nécessairement des effets en cascade à travers les niveaux trophiques et des effets sur d’autres écosystèmes, concluent les auteurs. Le besoin est urgent de découvrir les causes de ce déclin, son étendue géographique et de comprendre les ramifications du déclin des écosystèmes et des services écosystémiques.»

 



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