Biodiversité: « Il faut tout faire pour éviter les seuils critiques »

Le 14 octobre 2010 par Sabine Casalonga
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La majorité des récifs coralliens sont menacés de disparition d'ici à 2050
La majorité des récifs coralliens sont menacés de disparition d'ici à 2050

A la veille de l’ouverture de la conférence de Nagoya, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a mis en ligne la version française du rapport sur les scénarios de biodiversité pour le XXIe siècle. Entretien avec Paul Leadley, professeur à l'université Paris-Sud, pilote du rapport et auteur d’un article sur ce thème à paraître dans Science (1).

 

Dans quel cadre ce rapport a-t-il été réalisé ?

Ce rapport technique est une commande dela Conventionpour la diversité biologique en vue de la parution du Global Biodiversity Outlook 3 (Perspectives mondiales de la diversité biologique 3) en mai dernier [voir le JDLE]. Mais à la différence des éditions précédentes, cette analyse a été réalisée par un large panel d’une quarantaine de scientifiques issus de plusieurs pays, et s’est appuyée sur plusieurs modèles de prospective, dans une démarche similaire à celle du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) pour le climat.

 

Quels sont les facteurs responsables de l’érosion de la biodiversité ?

Le changement d’utilisation des terres, la pollution, la surexploitation, les espèces invasives, auxquels s’ajoutent pour l’avenir, le changement climatique.

 

Votre rapport met l’accent sur les points de basculement. De quoi s’agit-il ?

Le risque de perte catastrophique de biodiversité, lié à l’atteinte de seuils critiques aux effets quasi irréversibles, a été sous-estimé dans les modèles antérieurs. L’un des exemples les plus documentés est l’effondrement possible de la forêt amazonienne. Les effets combinés de la déforestation, des feux et du changement climatique pourraient faire basculer une partie de la forêt en savane, ce qui rendrait l’atmosphère sèche, et la régénération de la végétation initiale impossible. Or, ce risque est loin d’être négligeable. Il est faible avec un scénario basé sur un taux de déforestation inférieur à 20 % (contre près de 18% aujourd’hui) et une hausse des températures mondiales inférieur à2°C . Il devient élevé avec un réchauffement de 3 à4°Cet un taux de déforestation de 30 à 40 %. Une baisse de la pluviométrie, probablement liée à la déforestation, est déjà observée dans l’ouest de l’Amazonie. Mais le taux de déforestation s’est heureusement beaucoup ralenti ces dernières années au Brésil.

Un autre exemple est celui du risque de disparition des récifs coralliens suite à l’action conjuguée de l’acidification des océans (due à la hausse de CO2 dans l’atmosphère), au réchauffement et à la pollution des eaux. Plusieurs articles récents indiquent qu’il n’est pas impossible que la majorité des coraux soient gravement endommagés d’ici 2050, si les émissions des gaz à effet de serre continuent sur leur trajectoire actuelle, une situation qui nécessiterait des siècles pour être inversée. Il faut donc tout faire pour éviter ces seuils critiques.

 

Quelles sont vos recommandations ?

Notre rapport montre que la poursuite de la croissance démographique et de la demande énergétique actuelles, risque d’induire le dépassement de nombreux seuils critiques. Dans le même temps, il identifie des actions permettant de prévenir cette catastrophe. Notre première recommandation est la limitation du réchauffement à2°Cet du taux atmosphérique de CO2 à 450 parties pour million (ppm). Nous préconisons ensuite une réflexion mondiale sur les impacts de l’agriculture. Une des solutions passe en effet par une réduction de la consommation de viande. Il est également crucial d’éviter le développement des agrocarburants sur de nombreuses terres. Enfin, et cela est bien connu, la pêche doit être régulée de façon à permettre le renouvellement des stocks.

 

Quel est l’enjeu de la création de l’IpBes [2] ? 

L’avenir de l’IpBes est peut-être moins rose qu’en juin dernier, mais il faut rester optimiste. L’enjeu est comparable à celui de la mise en place du Giec, qui a modifié complètement l’impact sur les politiques pour le climat, et permis de produire une synthèse de l’état de la science, avalisée par les Etats. Aujourd’hui, tous les décideurs sont informés du changement climatique. Ce n’est pas le cas pour la biodiversité. L’absence de rapport international validé par les Etats fait que les pays peuvent ignorer la prise en compte de la biodiversité dans leurs actions politiques.

 

Quelle est l’ambition du programme national « modélisation et scénarios de biodiversité » lancé parla FRBet dont vous êtes un des coordinateurs ?

L’objectif est de stimuler la communauté scientifique française dans ce domaine pour se préparer à la création de l’IpBes. Suite à un premier appel à projets clôturé le 13 octobre, une quarantaine de dossiers ont été déposés. Chaque projet sélectionné (fin novembre) sera financé à hauteur de 200.000 à 300.000 euros sur 3 ans. Un million d’euros ont déjà été engagés parla FRB.

 

[1] «Scenarios for global biodiversity in the 21st century», Pereira H.M., Leadley P. Science (sous presse et sous embargo) 

 

[2] IpBes : la plate-forme intergouvernementale science-politique sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques

 



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