Biodiversité: exploiter la Nature en open data

Le 29 mars 2016 par Marine Jobert
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Un champ de fleurs.
Un champ de fleurs.
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Le ministère de l’écologie organise jeudi 14 avril un BarCamp, soit une «démarche d’intelligence collective sur le thème de la biodiversité». Késako? Le but est de convertir en outils et en logiciels l’une des nouveautés de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, en passe de révolutionner le monde des experts naturalistes et des maîtres d’ouvrage. Explications.

 

35 millions de données sur la faune et la flore sauvages et sur les habitats naturels, plus de 23.531 contours d’espaces naturels et 160.612 données sur les espèces… L’inventaire national du patrimoine naturel (INPN) est à la tête d’une précieuse collection d’informations, accessibles depuis 2010 à partir de la plate-forme nationale du système d’information sur la nature et les paysages (SINP). Ces données intéressent le grand public, mais elles sont également convoitées par les maîtres d’ouvrage. Or la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages vient d’introduire dans le Code de l’environnement un nouvel article qui va révolutionner le petit monde des experts naturalistes.

Bourse gratuite

Car jusqu’ici, cet inventaire national avait des airs d’auberge espagnole. Entreprises, associations, cabinets d’études –et bien sûr, institutions publiques- y versaient leurs données selon leur bon vouloir. Pourvu tout de même qu’elles soient calibrées aux standards édictés par l’INPN, pour acquérir le statut de «données élémentaires d’échanges». En échange justement, chacun pouvait piocher à loisir dans les données des autres[1], sous forme d’information de synthèse, non téléchargeable. Une sorte de ‘bourse’, sans droit d’entrée à débourser.

Saisie obligatoire

Avec la nouvelle loi, tout le monde va devoir mettre la main à la pâte pour nourrir la base de données de l’INPN. L’article L. 411-1 du Code de l’environnement dispose en effet que «les maîtres d’ouvrage, publics ou privés, doivent contribuer à cet inventaire national par la saisie ou, à défaut, le versement des données brutes de biodiversité acquises à l’occasion des études d’évaluation préalable ou de suivi des impacts réalisées dans le cadre de l’élaboration des plans, schémas, programmes et autres documents de planification (…) et des projets d’aménagement soumis à l’approbation de l’autorité administrative».

Révolution technique

«Cela va être une révolution, notamment dans les bureaux d’étude, pronostique Jean-Philippe Siblet, le directeur du service du patrimoine naturel (SPN) au Muséum national d’histoire naturelle. Seront-ils en mesure d’y faire face techniquement? J’en doute, d’autant que leurs propres bases de données mélangent souvent les informations ‘publiques’ et ‘privées’.» Et de s’interroger sur le devenir des activités de certaines associations naturalistes, qui fournissent à ces bureaux d’études des données et leur interprétation dans le cadre d’études d’impacts. «Cela soulève des enjeux financiers, éthiques et politiques», résume cet ornithologue de formation.

Travail incommensurable

A la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui collabore avec des bureaux d’études sur certains projets, cette nouvelle disposition suscite peu d’émoi. «Cela ne concerne que les maîtres d’ouvrage, pas nous, résume Dominique Aribert, la directrice du pôle Conservation de la LPO. En outre, c’est une expertise que nous fournissons, pas des données brutes. Quant aux données brutes que nous collectons grâce aux bénévoles, il est hors de question qu’elles aillent dans cette base de données.» Cette nouvelle disposition est-elle une bonne idée? «Même si le dispositif ne vaut que pour les projets à venir, cela va être un travail incommensurable de collecter tout ça», évalue Dominique Aribert. Car si la LPO a méthodiquement renseigné sa base de données, les maîtres d’ouvrage (publics à tout le moins) ne disposent que de données en format papier, projet par projet. «Le Muséum souhaite récupérer les données complémentaires collectées sur les grands projets, qui sont actualisées et que le Muséum ne veut pas voir perdues», analyse la responsable de la LPO. Le coût d’un tel dispositif a toutes les chances d’être répercuté sur le maître d’ouvrage.

Hackaton

Et c’est là que les ‘GreenTech’ pourraient intervenir. Le BarCamp organisé par le ministère de l’écologie en avril, «c’est une sortie de gros brainstorming sur les utilisations potentielles des données issues de l’INPN et leur mobilisation. On va se demander quels sont les besoins précis des différents utilisateurs», résume Jean-Philippe Siblet. Des cahiers des charges vont être rédigés. A charge pour des informaticiens, lors d’un ‘hackaton’ organisé en juin prochain, de développer des outils ad hoc pour améliorer la fluidité des informations, d’affiner les données thématiques, etc.

 



[1] A une exception près: des données considérées comme ‘sensibles’ (la localisation d’une orchidée très rare, par exemple) n’étaient divulguées qu’avec parcimonie.

 

 



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