Biodiversité: Bruxelles veut tirer les leçons des échecs passés

Le 08 octobre 2010 par Sabine Casalonga
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L'échec d'accord sur la directive Sols fait partie des échecs identifiés par l'UE
L'échec d'accord sur la directive Sols fait partie des échecs identifiés par l'UE

Le rapport d’évaluation du plan d'action en faveur de la diversité biologique, publié ce jour par la Commission européenne, montre que la biodiversité est toujours très menacée en Europe. Bruxelles entend s’appuyer sur l’analyse des échecs et des progrès enregistrés pour élaborer sa stratégie pour l’après-2010 d’ici la fin de l’année.

 

Lancé en 2006 dans le but d'enrayer la perte de biodiversité dans l'Union européenne à l'horizon 2010, le plan d'action en faveur de la diversité biologique a échoué. Une première évaluation à mi-parcours, en 2008, révélait déjà qu'il était fort improbable que l’UE puisse atteindre son objectif. Une hypothèse confirmée depuis. Le présent rapport conclut que, malgré des progrès importants réalisés dans plusieurs domaines, l'objectif global n'a pas été atteint.

Le rapport met l'accent sur les actions-clés menées depuis 2008. Il fait la synthèse des progrès réalisés pour chacun des 4 grands domaines d’intervention[1], des 10 objectifs et des 4 mesures de soutien[2]. Un compte rendu détaillé des actions réalisées dans chacun des 27 Etats membres est également disponible.

Globalement, l’évaluation montre que la biodiversité est toujours lourdement menacée en Europe en raison des exigences excessives qui pèsent sur l’environnement, notamment les changements d'affectation des sols, la pollution, les espèces invasives et le changement climatique.

Dans un communiqué du 8 octobre, Bruxelles estime toutefois que des « progrès substantiels ont été réalisés au cours des deux dernières années ». Parmi eux, le réseau Natura 2000 qui compte désormais quelque 26.000 sites et couvre 18 % de la superficie de l’UE. Mais aussi l’outil de financement Life+ dont l’un des volets est consacré à la protection de la nature [voir le JDLE].

La Commission estime également que la directive « Stratégie pour le milieu marin », adoptée en mai 2008, « a stimulé les efforts visant à protéger les écosystèmes marins et les écosystèmes d’eau douce ». L’exécutif communautaire a fixé, début septembre, les critères à utiliser par les Etats membres pour évaluer l'état environnemental de leurs mers [voir le JDLE].

Le rapport cite enfin le rapport TEEB (The economics of ecosystems and biodiversity) consacré à l’économie des écosystèmes et de la biodiversité, « qui a contribué à une meilleure reconnaissance de la valeur économique du patrimoine naturel » [voir le JDLE].

Autres progrès en cours : la progression vers l'adoption de critères de durabilité pour les biocarburants et pour la mise en œuvre de la directive sur les énergies renouvelables ; l’adoption en 2010 du livre vert de la Commission sur les forêts [voir le JDLE]; l’application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux (Flegt) et la prochaine adoption du règlement sur l’interdiction du commerce de bois illégal [voir le JDLE], voté par le Parlement en juillet 2010.

Le plan d'action a enfin permis de faire progresser les connaissances sur les causes de la perte de biodiversité (dont le changement climatique), le lien entre la biodiversité et d'autres activités sectorielles, ainsi que le rôle important joué par les écosystèmes pour l'atténuation du changement climatique et l'adaptation.

Des progrès sont en revanche nécessaires concernant l'intégration des questions de biodiversité dans d'autres politiques sectorielles, la mise à disposition du financement nécessaire, ainsi qu’au niveau politique. Au rang des échecs, le rapport cite le projet de directive-cadre sur la protection des sols sur laquelle aucun accord n’a encore été trouvé par les 27.

La Commission souhaite que les leçons tirées de la mise en œuvre du plan d'action soutiennent la stratégie de l'UE pour l'après?2010 qui doit être finalisée pour la fin de l’année. « L'intégration des préoccupations relatives à la biodiversité et aux écosystèmes dans les autres politiques de l'UE sera au cœur de la stratégie pour l'après?2010, souligne la Commission. Les réformes envisagées dans des domaines politiques qui ont une incidence importante sur la biodiversité, tels que la réforme de la politique agricole commune et de la politique commune de la pêche, ainsi que les préparatifs en vue de la prochaine période de programmation de la politique régionale de l'UE, sont de belles occasions à saisir. »

La situation de la planète, au-delà des frontières de l’UE, n’est pas oubliée. « La situation mondiale est encore plus alarmante car les pressions exercées sur la biodiversité ne cessent de s'intensifier », souligne la Commission. L'Europe a sa part de responsabilité dans l’échec de la communauté internationale quant à l’atteinte de l’objectif (diminuer la perte de biodiversité dans le monde en 2010). « Au cours des 40 dernières années, son empreinte écologique, (…) a augmenté de 33 %. »

« Nous avons réussi à placer la biodiversité au premier plan de nos préoccupations politiques, a toutefois déclaré Janez Poto?nik, commissaire européen chargé de l’environnement. Mais il faut que tout le monde se sente concerné, et pas seulement en Europe. (…) C'est pourquoi il est impératif que la conférence de Nagoya débouche sur une stratégie mondiale forte en matière de protection de la biodiversité et des écosystèmes. »

Un message similaire a été envoyé jeudi 7 octobre par le Parlement européen, dans la perspective de la 10e conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique qui aura lieu à Nagoya (Japon) du 18 au 29 octobre prochain [voir le JDLE]. Les Etats devraient y adopter des objectifs pour 2020. Dans leur résolution, les eurodéputés recommandent plusieurs objectifs, tels que la suppression des subventions néfastes pour la biodiversité ; l’arrêt de la déforestation, ainsi que de la perte et de la dégradation des habitats naturels ; la fin des pratiques de pêche destructives ; la protection d’au moins 20 % des terres et des eaux douces et marines et des espèces menacées d’extinction. Ils invitent l'UE et ses partenaires internationaux à intensifier leur investissement dans la protection de la nature, étant donné que « la perte de la biodiversité coûte déjà à l'économie mondiale 50 milliards par année ». 

 



[1] La biodiversité dans l’UE ; L’UE et la biodiversité dans le monde ; Biodiversité et changement climatique ; la base de connaissances

[2] Assurer un financement adéquat ; Renforcer la prise de décision et la mise en œuvre dans l'UE ; Créer des partenariats ; Améliorer l'éducation, la sensibilisation et la participation du public.



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