Biodiversité: au lancement de l’OFB, la colère gronde

Le 13 février 2020 par Romain Loury
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L'OFB lancé à Chamonix
L'OFB lancé à Chamonix

A Chamonix, le lancement officiel de l’Office français pour la biodiversité (OFB), jeudi 13 février en présence d’Emmanuel Macron, laisse un goût amer aux agents du nouvel établissement. En toile de fond, une souffrance au travail qui s’est fortement accrue ces derniers mois.

Le séminaire de lancement institutionnel de l’OFB, qui s’est tenu mercredi 12 et jeudi 13 février, n’est manifestement pas du goût du personnel de l’organisme, fruit de la fusion le 1er janvier de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

En cause, le coût de l’événement, estimé au minimum à 400.000 euros par les syndicats, mais aussi sa préparation précipitée. Le séminaire se tient le jour même de l’inauguration à Marseille d’une exposition sur les calanques organisée par l’OFB –et à laquelle Pierre Dubreuil, le directeur général de l’office, a annulé sa venue.

La biodiversité, prétexte électoraliste?

La réunion savoyarde n’a en effet été annoncée que le 28 janvier, par un courriel de la directrice adjointe, Stéphanie Antoine. Pour Sylvain Michel, secrétaire adjoint du syndicat CGT-Environnement et agent de l’OFB, cette organisation en urgence suggère «une promotion du gouvernement en période électorale, sans que l’on voie  quel service cela rend à l’établissement».

Idem pour le SNE-FSU, qui dans un communiqué «dénonce le détournement de l’argent issu de la facture d’eau à des fins de propagande présidentielle en ces temps de campagne des élections municipales sur fond d’écologie politique».

Des agents «déboussolés» par la fusion

Les modalités de ce lancement officiel viennent renforcer le malaise vécu par les agents: «beaucoup de collègues sont démoralisés, déboussolés, ils ne se reconnaissent plus dans l’établissement dans lequel ils travaillent», indique Sylvain Michel, selon qui les arrêts maladie «ont explosé» depuis janvier.

Deux jours avant la fusion, soit le 30 décembre 2019, un agent de l’ONCFS du Nord s’est d’ailleurs suicidé «en uniforme, dans son véhicule professionnel et avec son arme de service», selon un dirigeant syndical interrogé par La Croix.

La fusion des cultures reste à faire

Si beaucoup de réunions se sont tenues, en 2019, entre futurs managers, les questions de fond n’ont pas été tranchées, en particulier sur le rapprochement des deux cultures très différentes qui régnaient à l’AFB et à l’ONCFS. Ce qui, dans les faits, conduirait à de nombreuses incompréhensions, notamment lorsque des agents de l’ex-AFB se trouvent dirigés par un ex-ONCFS, ou vice-versa.

Autre point de tension, le manque de moyens humains et matériels. Certes, le nombre de postes restera constant en 2020, mais il diminuera de 20 équivalents temps plein (ETP) en 2021 puis de 40 ETP en 2022. «C’est un petit sursis d’affichage», estime Sylvain Michel, alors que se tient en juin à Marseille le Congrès mondial de la nature, rendez-vous crucial de la biodiversité organisé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).