Biodiversité: adieu oiseaux, plantes et papillons en IDF

Le 10 mai 2016 par Marine Jobert
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La biodiversité s'effondre lentement mais sûrement en Ile-de-France.
La biodiversité s'effondre lentement mais sûrement en Ile-de-France.
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Dur d’être un piaf spécialisé, une fleur aux besoins particuliers ou un minuscule papillon sur les terres franciliennes, surtout si elles sont cultivées. Naturparif publie des observations naturalistes qui, toutes, montrent du doigt les pratiques agricoles et l’usage des pesticides en ville pour expliquer la chute importante de la biodiversité dans une région constituée à 50% de zones agricoles.

Alerte enlèvements! 30% des oiseaux, 18% des papillons et 20% des plantes d’Ile-de-France ont disparu en 13 ans. C’est le constat dressé par Naturparif, dont la mission est de rassembler les connaissances sur la biodiversité en Ile-de-France. Grâce à 186 citoyens enrôlés volontaires dans un programme de sciences participatives chapeauté par le Muséum national d’histoire naturelle depuis 1989, 100 secteurs géographiques ont été suivis pour les oiseaux et la flore ainsi que 88 pour les papillons. Et le constat est assez dramatique.

-45% de papillons en grandes cultures

Les zones agricoles sont des aires hostiles à la biodiversité, ce qui est particulièrement préoccupant puisque qu’elles couvrent près de 50% de la surface régionale. C’est là que les espèces d’oiseaux, de papillons et de plantes régressent le plus. En moyenne, les observateurs ont rapporté la présence de 6 papillons et de 5 plantes sur le terrain. Soit une chute de 18% pour les papillons et de 20% pour les plantes. «Concernant les papillons, il est intéressant de noter que la richesse en nombre d’espèces connaît un déclin de 45% dans les grandes cultures dépourvues de bordures végétales, contre seulement 15% dans celles avec bordures.» Quant aux oiseaux spécialistes des milieux agricoles, ils ont vu leurs effectifs chuter de 30% en 11 ans, contre 17% au niveau national.

Adieu aux haies

La faute aux pratiques agricoles intensives et à des paysages agricoles simplifiés, pointe Naturparif. Avec pour conséquences la perte des haies, des bandes enherbées, des arbres isolés, des fossés et des talus, tous favorables au maintien des espèces. Sans compter l’usage des pesticides, en hausse constante en Ile-de-France comme sur tout le territoire. «L’usage de pesticides diminue de plus de 10% en moyenne la richesse en oiseaux par rapport à des parcelles sans traitement», rappelle Naturparif. L’étalement urbain est également montré du doigt dans cet effondrement.

Avantage aux généralistes

Dans les parcs et jardins franciliens, la diversité en plantes est deux fois supérieure à la moyenne régionale (avec 14 espèces en moyenne par relevé), équivalente à la richesse moyenne (soit 13 espèces par relevé), mais faible en papillons (avec seulement 4 espèces observées en moyenne par relevé. «L’urbanisation croissante agit ainsi comme un filtre important en sélectionnant quelques espèces [de papillons] capables de s’y adapter, analyse Naturparif. Il s’agit le plus souvent d’espèces dites généralistes, c’est-à-dire qui se nourrissent sur plusieurs espèces de plantes. Comme pour les oiseaux, ces espèces remplacent les espèces de papillons spécialistes d’une unique ressource.»

Le top 3 de la flore est constitué du ray-grass, du lierre grimpant et de la ronce commune. Les trois papillons les plus couramment observés sont la piéride de la rave, l’argus bleu-nacré et le myrtil. Sans surprise, ce sont les pigeons (ramier et biset) et le moineau domestique qui sont les plus couramment observés en Ile-de-France.

24% des communes carencées

Premières victimes: les petits papillons des prairies, car ce sont les moins aptes à se déplacer du fait de leur petite taille. «Les papillons des lisières de forêt et des bordures de champ, plus mobiles, sont moins impactés.» Les pesticides, quoique moins utilisés en ville, restent un facteur rédhibitoire pour une biodiversité riche. Naturparif note que 24% des communes franciliennes sont carencées en espaces verts, c’est-à-dire avec moins de 10 mètres carrés d’espaces ouverts par habitant.

Deux tiers d’hirondelles de fenêtre en moins

Les interstices urbains sont une mine pour les plantes: leur nombre a augmenté de plus de 90% en l’espace de 7 ans seulement. Pourquoi? La végétalisation des pieds d’arbres, des murs, des toits, «et surtout l’arrêt de l’utilisation des pesticides dans de nombreuses collectivités d’Ile-de-France». Cette seule bonne nouvelle du rapport doit d’ailleurs être relativisée: les espèces recensées sont assez banales et cela n’a pas enrayé l’érosion des espèces jusqu’ici inféodées au milieu urbain. Ainsi de l’hirondelle de fenêtre et du moineau domestique, dont les effectifs diminuent respectivement de 64% et 28% sur la même période.

La forêt, fragile sanctuaire

Les milieux forestiers (23% du territoire) s’en sortent le moins mal, quoique les populations d’oiseaux y sont également en chute (-17% en 11 ans). Petite consolation: les oiseaux spécialistes forestiers présentent un déclin moindre que le reste des oiseaux puisqu’ils régressent seulement de 8%, «signe probable d’une amélioration de la qualité écologique de ces milieux». Naturparif, tout en saluant les effets du classement en réservoir de biodiversité des trois quarts de la forêt francilienne, souligne la fragmentation des massifs par des ouvrages linéaires, sans compter le dérangement occasionné par les activités récréatives des millions d’habitants. La mise en œuvre d’une gestion forestière axée sur la futaie irrégulière est saluée, tout comme les tentatives de limiter le tassement des sols sur les parcelles exploitées. 

 



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