Biodiesel: l'Allemagne au premier rang européen

Le 09 novembre 2004 par Enerpresse
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
biodiesel
biodiesel

Le plan de développement des biocarburants en France, présenté début septembre par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, a permis par contraste de mettre en évidence dans ce domaine la place prépondérante en Europe de l'Allemagne, particulièrement en ce qui concerne le gasoil d'origine végétale. Et ce alors que la production hexagonale revendiquait initialement quelques longueurs d'avance... L'occasion de se pencher un peu plus sur l'effort mené par nos voisins en matière de carburants verts.

Dans l'immédiat, le bioéthanol incorporable dans les essences n'est pas utilisé en Allemagne, même si son introduction est envisagée dans les années à venir. Quant à l'ETBE (éthyl-tertio-butyl-éther), il est produit en petites quantités à partir de bioéthanol importé. C'est donc avant tout le "biodiesel" (EMHV ou esters méthyliques d'huiles végétales), principal biocarburant actuellement commercialisé outre-Rhin (ainsi que certaines huiles végétales) qui, depuis deux ans, connaît un succès croissant. Que ce soit à la pompe ou, en amont, au niveau des investissements pour sa production.

Ainsi, le 6 septembre dernier, la firme ADM-Oelmühle de Hambourg (nord de l'Allemagne), annonçait-elle le début des travaux d'expansion de l'unité d'estérification dont elle dispose près de la métropole des bords de l'Elbe (elle possède également une autre usine de biodiesel dans le Nord du pays à Leer, dans la région de Frise-Orientale, près de la frontière néerlandaise). Le projet avait fait l'objet d'une annonce antérieure fin juin. Sa concrétisation permettra à ADM-Oelmühle Hamburg AG, une filiale du géant américain ADM de bénéficier de la plus importante installation au monde dans cette catégorie. La mise en service, initialement prévue pour début 2006, devrait en fait intervenir fin 2005. Un témoignage de l'empressement des producteurs à alimenter un marché a priori prometteur.

Une situation de surproduction en 2003

Tandis que l'utilisation et le régime fiscal des carburants d'origine végétale sont désormais régis par plusieurs textes à l'échelle de l'Union européenne, dans l'Europe des Quinze avant son élargissement au printemps 2004, ce sont principalement l'Allemagne et la France qui ont assuré depuis un peu plus d'une décennie l'essentiel de la croissance de la production de biodiesel (suivies de l'Italie, dernier pays au sein de l'UE à produire des quantités réellement significatives).

Depuis 2002, l'Allemagne est ainsi le premier producteur et consommateur d'EMHV, avec 450.000 tonnes (contre 365.000 tonnes pour la France et 210.000 tonnes pour l'Italie). La production s'est encore accrue l'an dernier outre-Rhin, de l'ordre de 800.000 tonnes, pour des capacités de traitement proches du million de tonnes. Une situation de surproduction engendrée par le fait que ces dernières années, l'exemption de taxes sur le biodiesel (représentant 470 euros par mètre cube) n'était accordée qu'au produit pur. Celui-ci faisait donc l'objet d'une distribution particulière, via un réseau de distribution qui représente à ce jour environ 1.800 pompes en Allemagne.

Quatre Länder se détachent cependant en termes de mise à disposition de biodiesel: la Bavière et la Rhénanie du Nord-Westphalie (au coude à coude avec respectivement 357 et 350 pompes), la Basse Saxe (265) et le Bade-Wurtemberg (165). Le litre de biodiesel y est vendu en moyenne 10 centimes d'euros moins cher que le gasoil issu du raffinage pétrolier, alimentant quelque 180.000 véhicules.

... qui devrait rapidement se résorber

Afin de pouvoir écouler des volumes plus importants, il a été décidé cette année d'autoriser la vente du produit en mélange avec du gazole d'origine minérale, dans une proportion de 5%. Rapporté à une consommation annuelle de gazole de l'ordre de 28 millions de tonnes pour l'ensemble du pays, cela nécessiterait en fait une production de 1,4 millions de tonnes par an de biodiesel, uniquement pour répondre aux besoins de l'additivation. Si l'on rajoute les volumes commercialisés de biodiesel pur dans le réseau évoqué ci-dessus, des investissements supplémentaires dans de nouvelles unités sont donc envisageables.

Une perspective vue d'un bon oeil, aussi bien chez des agro-industriels tels qu'ADM-Oelmühle qu'au niveau d'organismes tels que le Deutschen Bauern Verband, l'association des fermiers allemands. Ces derniers voient dans les biocarburants de nouvelles perspectives de débouchés en période de morosité économique, qui plus est en compatibilité avec les engagements nationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En Allemagne, les superficies cultivées représentent quelque 1,3 millions d'hectares de colza, principale plante oléagineuse utilisée comme matière première (le biodiesel est également désigné chez nos voisins par le sigle RME, pour Raps-Methyl-Ester ou ester méthylique de colza).

Une étape de transition?

Les 800.000 tonnes de RME consommées en 2003 ont représenté 2,8% du gasoil consommé en Allemagne mais seulement 1,4% du volume global des carburants à usage de transport. Dans une note transmise récemment à la Commission européenne sur l'application de la directive 2003/30/CE de mai 2003 visant à promouvoir l'utilisation des biocarburants, les pouvoirs publics allemands estiment que «les perspectives sont bonnes» de parvenir à l'objectif communautaire initial d'au moins 2% pour 2005, en attendant de faire mieux d'ici à l'échéance de 2010 (où l'objectif est, cette fois-ci, comme on sait de 5,75 %).

Le gouvernement fédéral estime par ailleurs que les automobilistes allemands devraient à l'avenir pouvoir acheter davantage encore de carburants d'origine végétale et s'émanciper ainsi des variations mondiales des cours du pétrole et de leurs conséquences à la pompe. C'est en tout cas ce qui a été expliqué début octobre à Berlin par Renate Künast, la ministre de l'Agriculture. Mais selon ses propos lors du lancement d'une plate-forme d'information avec des représentants de constructeurs automobiles et d'installations industrielles, des scientifiques et des agriculteurs, les produits tels que le biodiesel et, à terme, l'éthanol agricole, dont les quantités disponibles demeurent limitées dans l'absolu, constituent plutôt une phase transitoire vers l'utilisation de dérivés de synthèse issus de la biomasse.

Il s'agit en fait de la filière BTL (biomass-to-liquids), un domaine qui d'ores et déjà fait l'objet de nombreux travaux et publications. Les estimations en Allemagne laissent entrevoir la possibilité de couvrir ainsi jusqu'à 40% des besoins en carburants en Europe. «Ceux qui se placent aujourd'hui dans ce secteur auront davantage d'opportunités demain», a également déclaré Renate Künast.


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus