Biocarburants: plus de GES que les énergies fossiles?

Le 07 avril 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
+81% de GES par rapport aux fossiles
+81% de GES par rapport aux fossiles
DR

Poussant à la déforestation, les biocarburants de première génération émettent au final plus de gaz à effet de serre (GES) que leurs homologues fossiles, selon une étude menée pour le compte de la Commission européenne et publié mercredi 6 avril par l’association Transport & Environment.

Le bilan GES des biocarburants serait encore pire qu’on ne le pensait, plus même que les carburants fossiles, révèlent les résultats de l’étude GLOBIOM, menée par l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), Ecophys et E4Tech. En cause, les changements d’usage des sols occasionnés par cette agriculture, qui modifient le stock de carbone dans les sols et entraînent, de manière directe ou indirecte, une déforestation.

Par rapport aux dernières grandes estimations en date, celles de l’International Food Policy Research Institute (IFPRI) qui ont fondé le seuil de 7% de biocarburants de première génération retenu en 2015 par l’Union européenne, celles-ci s’avèrent bien plus élevées. Pour les biocarburants issus de l’huile de palme, elles sont environ quatre fois plus hautes, à 231 grammes équivalent CO2 par mégajoule, dont 69% liés à l’assèchement des tourbières en Indonésie et en Malaisie.

Les émissions sont également élevées pour les biocarburants issus du soja (150 gCO2éq/MJ), du colza (65 gCO2éq/MJ) et du tournesol (63 gCO2éq/MJ). Le bioéthanol est en revanche plus sobre en GES, avec un maximum de 34 gCO2éq/MJ pour celui issu du blé, mais compris entre 14 et 17 gCO2éq/MJ pour le maïs, la canne à sucre et la betterave.

Selon les calculs des auteurs, le seuil de 7% fixé en 2015 par l’Union européenne, pour les biocarburants conventionnels, équivaudrait à 74 gCO2éq/MJ. Sans ce seuil, la valeur serait de 97 gCO2eq/MJ pour une part de 8,6% des biocarburants dans le transport, cette baisse énergétique s’expliquant par un plus grand recours à ceux de deuxième génération, plus sobres en GES, voire parfois aux émissions négatives.

L’huile de palme, 203% plus de GES que le diesel

Toujours sur la brèche, l’association Transport & Environment a comparé ces chiffres à ceux des carburants fossiles, qui se situent à 94 gCO2eq/MJ. En tenant compte de l’usage de fertilisants et de la mécanisation agricole, elle estime que les biocarburants émettent, dans leur ensemble, 81% plus de GES que les fossiles. A savoir +203% pour l’huile de palme, +113% pour le soja, +18% pour le colza et +4% pour le tournesol.

Selon ces premiers éléments d’analyse, que l’association compte publier de manière complète «d’ici une à deux semaines», le seuil de 7% fixé par l’Union européenne est «bien sûr trop élevé», juge auprès du JDLE le directeur de Transport et environnement, Jos Dings, qui prône le 0%. Avec un tel seuil, «on envoie un signal très clair à l’industrie qu’il est rentable de continuer à investir dans ce domaine, on crée la confusion», ajoute-t-il.

A la colère de l’association, cette étude n’a été publiée par la Commission qu’en mars, après huit mois de demandes répétées de l’industrie et de la société civile. Elle leur a été livrée trois semaines après la fin, le 10 février, de la consultation sur la nouvelle directive sur les énergies renouvelables (REDII) pour la période 2020-30, qui doit être présentée en fin d’année par la Commission européenne. «Tous les éléments étaient là [entre les mains de la Commission], ils auraient énormément contribué à la consultation publique», déplore Jos Dings.

Outre leur faible bilan climatique, les biocarburants de première génération constituent une menace pour la sécurité alimentaire mondiale: à ce jour, ils accaparent déjà, en matière d’eau et de terres, de quoi nourrir 280 millions de personnes, selon une étude italienne publiée début mars. Et si leur part s’élevait à 100% dans les transports, seuls 4,8 millions de Terriens pourraient être alimentés.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus