Biocarburants: la sécurité alimentaire déjà atteinte?

Le 04 mars 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un plafond à 7% pour l'UE
Un plafond à 7% pour l'UE
DR

Les biocarburants de première génération, issus de l’agriculture, pourraient rapidement devenir incompatibles avec la sécurité alimentaire mondiale: à l’heure actuelle, ils équivalent, en eau et en terres, à l’alimentation de 280 millions de personnes, évaluent des chercheurs italiens dans la revue Scientific Reports.

Alors que la population mondiale pourrait atteindre 9 milliards en 2050, contre un peu plus de 7 milliards actuellement, la possibilité d’affecter des terres agricoles à un usage énergétique, longtemps vantée comme une alternative verte aux énergies fossiles, a de moins en moins de partisans.

D’autant que, dans les pays émergents, dont l’Indonésie et la Malaisie, ces cultures se font le plus souvent sur le dos de la forêt. C’est une des raisons pour lesquelles l’Union européenne s’est engagée à limiter à 7% l’incorporation de biocarburants de première génération dans les transports d’ici 2020.

A eux deux, le bioéthanol et le biodiesel accaparent déjà 4% des terres agricoles mondiales et entre 2% et 3% de l’eau utilisée dans l’agriculture. Si ces chiffres peuvent sembler faibles, nul n’a calculé le nombre de personnes que l’on pourrait nourrir si ces terres étaient affectées à la production alimentaire.

Un quart des personnes en malnutrition

Dans leur étude, Maria Cristina Rulli, de l’Ecole polytechnique de Milan, et ses collègues estiment ce chiffre à 280 millions de personnes, soit plus du quart du nombre de personnes souffrant de malnutrition à travers le monde. A comparer au fait que les biocarburants ne remplissent que 4% des besoins énergétiques mondiaux pour le transport, et seulement 0,2% tous secteurs confondus.

Avec 16.600 térajoules (TJ) consommés par an (70 fois moins que les Etats-Unis et 30,5 fois moins que le Brésil), la France est le sixième consommateur de bioéthanol au monde. Elle est troisième pour le biodiesel, avec 94.900 TJ par an, derrière les Etats-Unis (125.900 TJ) et le Brésil (101.900 TJ). En termes d’usage de terres et d’eau, cette consommation française équivaut aux besoins alimentaires de 8,6 millions de Français, mais de 9,4 millions de personnes en tenant compte des pays producteurs des biocarburants utilisés en France (France compris).

Certes, ces 280 millions de personnes sont ‘virtuelles’: elles ne seraient pas toutes forcément mieux nourries si l’on mettait illico fin aux biocarburants. Pour le bioéthanol, 97% des besoins en eau et 96% de ceux en terre sont fournis par le pays producteur, contre 59% et 80% pour le biodiesel (pour les pays de l’OCDE[i] et l’Union européenne). Et les principaux consommateurs sont, de loin, les Etats-Unis et le Brésil pour le bioéthanol; pour le biodiesel, ces deux pays sont talonnés par la France, l’Allemagne et l’Italie.

Plus très loin de la ligne jaune

A terme, les biocarburants de première génération pourraient poser un problème encore plus grand de sécurité alimentaire. S’ils devaient remplir 10% des besoins énergétiques du transport, seuls 6,7 milliards de Terriens verraient leurs besoins alimentaires satisfaits, à régime alimentaire constant.

La situation pourrait être pire si l’on tient compte du fait que les habitants des pays du Sud se tournent vers des régimes plus caloriques, avec plus de viande. Pour 10% des besoins énergétiques remplis par les biocarburants dans le transport, seules 4,8 milliards de personnes verraient leurs besoins alimentaires satisfaits. Et pour un transport reposant à 100% sur les biocarburants, il n’y aurait plus que 2,5 milliards de Terriens.



[i] Organisation de coopération et de développement économiques

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus