Biocarburants: l’huile de palme est non durable, selon Bruxelles

Le 11 février 2019 par Romain Loury
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L'huile de palme, moins durable des biocarburants
L'huile de palme, moins durable des biocarburants
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La Commission européenne envisage de classer les biocarburants à base d’huile de palme comme non durables, ouvrant la voie à leur interdiction dans l’Union européenne d’ici à 2030, dans un texte soumis à consultation vendredi 8 février. Pourtant, le texte recèle plusieurs failles, dénonce l’association Transport & Environment.

Longtemps présentés comme des carburants verts, les biocarburants de première génération ne le sont pas tant que cela. Du fait des changements d’usage des sols que ce type d’agriculture engendre, en particulier dans des zones riches en carbone (forêts, zones humides, tourbières), ils sont même une importante source d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et de déforestation.

Plus d’émissions que les fossiles

Face à ces dégâts, la Commission européenne a choisi, en 2015, de limiter l’emploi de biocarburants de première génération à un seuil de 7%. Publiée en avril 2016, l’étude GLOBIOM, menée pour le compte de la Commission, révélait que les émissions indirectement liées aux biocarburants étaient encore plus élevées qu’on le pensait: par rapport aux carburants fossiles, les biocarburants émettent 81% plus de GES, voire jusqu’à +203% pour le palmier à huile et +113% pour le soja.

Dans sa directive 2018/2001 relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables, l’Union européenne prévoit un abandon des biocarburants les plus nocifs d’ici 2030, avec une réduction progressive à partir du 31 décembre 2023. Restait donc à définir quels biocarburants sont à bannir (impact élevé sur les changements indirects d’usage des sols) ou à tolérer (impact faible).

L’huile de palme, seul biocarburant non durable

Dans un acte délégué à la directive 2018/2001, soumis à consultation du 8 février au 8 mars, la Commission propose ses critères de sélection. Seront considérés comme d’impact élevé tout type de biocarburant dont les surfaces cultivées mondiales ont progressé de plus de 1% en moyenne depuis 2008, et dont plus de 10% de cette expansion a eu lieu sur des sols riches en carbone (zones humides, forêts).

Or selon les chiffres de production mondiale, cités en annexe de l’acte délégué, seule l’huile de palme entre actuellement dans cette catégorie. En termes de surface cultivée, sa croissance annuelle moyenne depuis 2008 s’élève à 4%, progression qui s’observe pour 18% au détriment des zones humides et pour 45% à celui des zones forestières.

Les biocarburants à base de soja, avec leur croissance annuelle de 3% mais ‘seulement’ 8% au détriment des forêts, passent donc entre les gouttes, ainsi que le colza, la canne à sucre, le tournesol, le maïs, le blé, etc. L’acte délégué prévoit toutefois d’actualiser, d’ici au 30 juin 2021, sa liste des biocarburants d’impact élevé sur l’usage des sols, en fonction de l’évolution des données agricoles.

De possibles échappatoires?

Autre volet, les critères pour définir les biocarburants à faible impact sur l’usage des sols. Parmi ceux-ci, la Commission évoque le fait d’être cultivés par de petits exploitants[i], ou sur des terres précédemment sans usage -abandonnées ou fortement dégradées. Dès lors, rien n’empêche que des exploitations d’huile de palme soient considérées comme de faible impact du moment qu’elles obéissent à ces critères.

Pour Transport & Environment, c’est là que le bât blesse. Par ces échappatoires, «l’Europe pourrait continuer à utiliser les mêmes quantités d’huile de palme dans son diesel qu’elle le fait aujourd’hui (…) La taille des exploitations n’a aucun rapport avec le risque de déforestation ou avec les changements d’usage des sols».

Certains géants de l’huile de palme, telle que le Malaisien FELDA/FGV, recourent principalement à de petits exploitants, qui vendent leur production à des centrales contrôlées par ces entreprises, rappelle Transport & Environment. Quant aux terres non utilisées, elles auraient tout aussi bien pu être utilisées par la population pour une agriculture vivrière.

Transport & Environment veut rectifier le tir

Si la Commission envoie «un signal important» sur l’huile de palme en la reconnaissant comme non durable, «elle reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre», juge Laura Buffett, en charge des carburants propres chez Transport & Environment. «On ne peut pas d’un côté juger que l’huile de palme n’est pas durable, puis de l’autre ouvrir une porte de sortie aussi importante que les niveaux actuels de consommation, et penser que les gens ne se rendront compte de rien», explique-t-elle.

Avec la coalition internationale #Notinmytank, l’association appelle les citoyens européens à se saisir de cette mise en consultation, pour demander à  la Commission de renoncer à ces conditions.



[i] Dans la version en consultation, la surface maximale n’est pas encore définie, mais serait comprise dans un intervalle de 2 à 5 hectares.

 



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