Biocarburant : l’impossible bilan environnemental

Le 08 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le débat sur la pertinence écologique du développement des biocarburants n’est pas nouveau. Il compte désormais un nouvel épisode avec la publication, jeudi 8 avril, d’une nouvelle analyse de cycle de vie (ACV) des agrocarburants de première génération.

Une ACV qui arrive à point nommé ! La directive énergies renouvelables n°2 prévoit, en effet, d’accroître la consommation de ces carburants d’origine végétale. Parallèlement, l’article 18 de la loi relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement rappelle que « la production en France des biocarburants est subordonnées à des critères de performances énergétiques et environnementales. » Problème : le dernier bilan environnemental « officiel » des agrocarburants est publié dans une note de synthèse, réalisée en 2002 par PricewaterhouseCoopers (PWC). Une note qui, sans surprise, délivre un satisfecit écologique aux succédanés des carburants fossiles. Et pour cause. Très encadrée, l’étude de PWC oublie un pan entier du bilan : l’impact de l’affectation des sols. En clair, le bilan environnemental et climatique des cultures énergétiques ne sera pas identique, selon qu’elles sont effectuées sur des terrains agricoles ou sur d’anciennes forêts tropicales, comme c’est souvent le cas pour la culture de palmiers à huile, par exemple. L’erreur est réparée dans l’étude que Bio Intelligence Service a réalisée pour le compte de l’Ademe et du ministère de l’écologie.

 

Si l’on s’intéresse à la consommation d’énergie nécessaire pour produire du carburant, les résultats sont sans appel : les éthanols et les esters d’huile usagée (EMHAU) et de graisses animales (EMGA) sont les grands gagnants. La fabrication d’éthanol de canne à sucre, d’EMHAU et d’EMGA nécessite 80% d’énergie en moins que le raffinage d’essence ou de gazole fossiles. Fort logiquement, ce même trio rafle également les lauriers de la moindre émission de CO2. Du champ à la roue, l’éthanol de canne à sucre génère 72% de CO2 en moins que l’essence. Les EMHAU et EMGA émettent environ 90% de moins que les gazoles classiques. Formidable, à ceci près que les meilleurs des agrocarburants sont ceux qui sont issus des productions exotiques. Sont-ils toujours aussi performants si l’on ajoute à leur bilan les conséquences environnementales du changement d’affectation des sols ? Non, répond clairement l’étude. « Les filières issues de cultures hors hexagone présentent en général des réductions des émissions de GES supérieures à celles des filières issues de cultures faites en France. Toutefois la prise en compte des hypothèses, moyenne à forte, de changements d’affectation directs des sols (CAS) pour ces filières inverserait ces bilans par rapport aux carburants fossiles. » « La filière la plus affectée est le biodiesel de soja, le bilan devenant défavorable dès la prise en compte d’un scénario intermédiaire. Les filières palme et canne à sucre sont dans des situations plus favorables, car seul le scénario le plus pessimiste leur fait perdre tout avantage par rapport au carburant fossile. »

 

« Le même constat peut être dressé lorsque l’on s’intéresse à l’impact potentiel du changement indirect d’affectation des sols sur le bilan des filières hexagonales. Les scénarii les plus pessimistes envisagés pour le changement indirect (remplacement d’1 kg d’huile de colza par 1 kg d’huile de palme produit entièrement à partir de cultures ayant remplacé une forêt tropicale humide) conduiraient à un bilan d’émissions de gaz à effet de serre plus négatif que celui des carburants fossiles. Les scénarii moins extrêmes pourraient ne pas renverser complètement le bilan par rapport aux carburants fossiles. Des scénarii optimistes (remplacement des imports de tourteaux de soja par les tourteaux européens et réduction d’autant de la déforestation liée à la progression du soja) conduiraient à un bilan très favorable. Les éthanols semblent plus sensibles au CAS indirect que les biodiesels avec les hypothèses utilisées pour construire ces scénarii. »

Bref, en attendant l’hypothétique arrivée des biocarburants de seconde génération, il convient, sans doute, de poursuivre les études. Ou de passer directement au véhicule électrique.

 

Télécharger l’étude et ses annexes

 

Télécharger la note de synthèse de PricewaterhouseCoopers

 



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