Bio: un manifeste pour se hâter lentement

Le 28 février 2018 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Stéphanie Pageot, éleveuse laitière en Loire-Atlantique et présidente de la FNAB.
Stéphanie Pageot, éleveuse laitière en Loire-Atlantique et présidente de la FNAB.

Eviter la bulle du marketing bio et prendre le temps d’accompagner les agriculteurs dans la conversion, la formation et le renforcement de la filière. Stéphanie Pageot, la présidente de la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fnab), dessine une autre agriculture possible.

C’est un véritable manifeste que Stéphanie Pageot, la présidente de la Fnab vient de publier. Intitulé ‘Oui à la Bio pour tous, non à la bulle marketing!’, l’agricultrice prend la parole alors que ‘la bio’ semble parée de toutes les vertus, au point que la grande distribution, «avec 10 ans de retard sur les attentes des consommateurs», semble ne jurer que par elle. Derniers en date: Carrefour qui entend soutenir des conversions d’agriculteurs et Leclerc qui veut ouvrir 200 magasins ‘bio’.

A l’heure où la FNSEA et le lobby des pesticides vendent leur ‘contrat de solutions’ sans objectif chiffré, ni échéance pour diminuer les pesticides, la Fnab publie un recueil de pratiques favorables au climat, vantant les mérites de la défaneuse thermique à l’huile végétale, de la production de méteil en passant par l’utilisation de la charrue déchaumeuse.

Cahier des charges non négociable

«Oui mais voilà, prévient Stéphanie Pageot, le temps de l’agriculture biologique, basé sur les cycles naturels, l’agronomie, la connaissance du vivant et du territoire auquel il appartient, n’est pas le temps court du marketing.» Certes, la conversion d’une exploitation conventionnelle en certifiée AB prend deux à trois ans sur le papier. Dans les faits, «il faut techniquement et économiquement 5 à 10 ans pour trouver un équilibre global sur la ferme». Faut-il accepter, même s’ils respectent le cahier des charges, «des élevages de 24.000 poules pondeuses où le parcours extérieur, s’il est rendu possible, n’est jamais effectif, et où l’alimentation des volailles ne pourra pas être assurée par une production sur la ferme»? Les exigences des cahiers des charges sont un pré carré à défendre des coups de boutoir «de certains groupes industriels et coopératifs». La laborieuse réforme du label européen, qui a pris trois ans, a permis de sauver les meubles, estimait il y a quelques mois la Fnab.

Itab vs Inra?

Pour l’éleveuse laitière bio en Loire-Atlantique, souvent critique vis-à-vis des engagements gouvernementaux, c’est à l’industrie de s’adapter aux spécificités de l’agriculture biologique, et non l’inverse. Un processus «long et coûteux», prévient-elle, indispensable pour garantir la qualité pour le consommateur et l’équité pour les producteurs. Les fonds alloués à la recherche agronomique en bio sont insuffisants, dénonce Stéphanie Pageot, qui élude le rôle que l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra) pourrait jouer, au profit de l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab).

Eviter la bulle marketing bio

Pour rentrer «dans une économie de massification de l’offre en gardant [une] cohérence et [une] viabilité technique et économique pour ne pas revivre les erreurs du conventionnel», plusieurs conditions sont nécessaires: muscler la formation et l’accompagnement des agriculteurs, rendre le label français AB plus exigeant que l’Eurofeuille européenne et repartir sur des bases de contractualisation commerciales saines. C’est ainsi que les agriculteurs pourront gagner leur vie correctement. Il est impératif d’éviter «une bulle marketing bio» et les dirigeants des entreprises agro-alimentaires et de la grande distribution, les élus nationaux et locaux doivent s’atteler à «un nouveau projet agricole et alimentaire riche de sens pour les citoyens, ancré dans les territoires, vivable et enviable pour les paysans et pour les entreprises!»

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus