Bio: quand la grande distribution ‘sur-marge’ les fruits et légumes

Le 29 août 2017 par Marine Jobert
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Coup de chaud sur les marges en grande surface.
Coup de chaud sur les marges en grande surface.
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La consommation des fruits et légumes cultivés en agriculture biologique est freinée par une offre «indigente» et des marges «indigestes», dénonce UFC-Que Choisir. La faute à la grande distribution, qui sur-marge ces denrées souvent mal achalandées.

Payer ses légumes et ses fruits bio beaucoup plus cher que ceux produits en agriculture conventionnelle, est-ce une fatalité? Non, répond l’UFC-Que Choisir, qui a enquêté sur les marges pratiquées au rayon primeurs par la grande distribution, -laquelle écoule aujourd’hui 2,8% des fruits et légumes vendus en France. Car si l’interdiction des engrais et pesticides de synthèse, des rendements moindres et une main d’œuvre plus nombreuse pèsent évidemment sur le prix auquel les grandes surfaces achètent la marchandise (+111% par rapport au conventionnel), c’est bien les marges qu’elles pratiquent qui font exploser la note.

368 € en conventionnel, 660 € en bio

Sur les 24 fruits et légumes les plus consommés, l’écart de prix entre le panier conventionnel et le panier bio achetés en grande surface est de 79%, allant de 368 à 660 euros. «Le surcoût agricole de 142 € ne permet d’expliquer qu’à peine la moitié de la différence de prix payé par les consommateurs pour le bio», constate UFC-Que Choisir, qui pointe des niveaux de marge brute deux fois plus élevés pour les produits bio que pour les conventionnels. Avec des écarts très variables selon les produits, sans que l’hebdomadaire ait pu établir pourquoi un chou-fleur bio était proposé quasiment au même prix que son homologue conventionnel, quand le poireau affichait un différentiel de prix de 143%.

Faire financer par les grandes enseignes gourmandes sur les marges les aides que l’Etat se refuse à accorder aux agriculteurs en bio, comme ce fut le cas début août? Sans complexe, Stéphane Travert a émis l’idée «qu’un industriel ou un distributeur sur un temps donné rogne sur une partie de sa marge pour créer [un] fonds spécifique». Des contributions qui «seraient ensuite redistribuées par exemple par un acteur public à des bénéficiaires qui, aujourd’hui, veulent faire émerger une filière en agriculture biologique», a détaillé le ministre de l’agriculture. Une idée à soumettre à Bruxelles dans le cadre de la future PAC?...

 

 

Baisser ses marges, augmenter les ventes

«Une autre politique de marge est possible», affirme Olivier Andrault, chargé de mission à l’UFC-Que Choisir, qui aspire à une démocratisation de cette nourriture plus saine pour le corps et l’environnement, quand la question du prix des produits bio est centrale pour trois quarts des consommateurs. Pourtant, il reste des marchés à conquérir: en divisant par deux sa marge, la grande distribution multiplierait par deux ses ventes en bio, compensant cette baisse et celle des ventes en conventionnel. «Cette proportion de bio que nous projetons n’est pas hors de portée si l’on compare avec les consommations de bio constatées dans d’autres pays européens», assure l’hebdomadaire.

 

Plus cher, moins achalandé

En payant plus cher, les consommateurs ne seraient-ils pas en droit d’exiger des rayons bio bien achalandés? Or, ont constaté les enquêteurs de l’UFC-Que Choisir, les pommes et les tomates -les produits les plus consommés- sont diversement disponibles: si toutes les enseignes en proposent en conventionnel, 43% des magasins ne proposent pas de tomates ou de pommes bio. Et quand c’est le cas, deux variétés de pommes au mieux se battent en duel, à côté de leurs 8 cousines en conventionnel. «C’est la double peine pour le consommateur», déplore Olivier Andrault.

 

Accapareurs de valeur

Si les grandes enseignes n’ont pas raté le coche du bio en termes de chiffre d’affaires -multiplié par 3,5 en 10 ans pour l’ensemble du secteur-, le manque de sincérité de leur engagement pour un autre mode de production agricole ne fait plus de doute. «La grande distribution se place en grande défenseure du bio, mais c’est un discours marketing», dénonce Alain Bazot. Alors que le 5e atelier des Etats généraux de l’alimentation est consacré à la fixation de prix plus rémunérateurs, le président de l’UFC-Que Choisir prévient: «Pas question qu’on nous serve le slogan selon lequel, si les agriculteurs sont mal rémunérés, ce serait au consommateur de payer plus cher. Il va falloir regarder qui accapare la valeur dans la chaîne de formation des prix. Ici, c’est la grande surface.»

 



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