Bio: (presque) pas d’effet anticancéreux

Le 31 mars 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Peu d'études examinent le lien entre l'alimentation bio et les maladies chroniques
Peu d'études examinent le lien entre l'alimentation bio et les maladies chroniques

L’alimentation bio n’est globalement pas liée à un moindre risque de cancer, à l’exception du lymphome non hodgkinien, révèle une grande étude britannique publiée dans le British Journal of Cancer.

Si l’exposition alimentaire aux pesticides est bien liée au cancer, il est étrange de constater le faible nombre d’études ayant tenté d’évaluer si une alimentation bio avait un effet protecteur ou non contre cette maladie. En 2012, des chercheurs américains n’avaient recensé que deux études évaluant le lien entre consommation de bio et maladies chroniques: menées chez des enfants, elles n’ont porté que sur le risque d’allergie -sans révéler d’effet probant (voir le JDSA).

«Si l’exposition aux pesticides des fruits et légumes est strictement réglementée en France pour que les niveaux de contaminants ne soient pas défavorables à la santé, les effets bénéfiques des aliments bio restent débattus. De fait, aucune étude sérieuse ne permet d’avancer que les fruits et légumes issus de procédés de production classiques augmenteraient le risque de cancer, ni que les aliments bio en réduiraient les risques de survenue», explique l’Institut national du cancer (Inca).

A priori, l’étude publiée par Kathryn Bradbury, cancérologue à l’université d’Oxford, et ses collègues ne semble pas contredire l’Inca. Menée sur plus de 623.000 femmes de la Million Women Study, elle ne montre aucun effet sur le cancer toutes localisations confondues. Les participantes ont été interrogées lors de leur entrée dans l’étude, puis cinq ans plus tard, quant à leur consommation de produits bio: les chercheurs ont ensuite comparé l’incidence de cancer chez les femmes disant y recourir «souvent» ou «toujours» à celles n’en mangeant «jamais».

Après prise en compte de tous les possibles facteurs de confusion (âge, poids, niveau socioéconomique, tabagisme, consommation d’alcool, de viandes et de fibres, etc.), les chercheurs montrent que le fait de manger bio n’est lié à aucun effet vis-à-vis de 14 cancers. Pour celui du sein, une hausse de 9% du risque était même observée chez les consommatrices régulières de bio!

A priori peu plausible d’un point de vue biologique, cette apparente hausse pourrait s’expliquer par une insuffisante prise en compte de facteurs de confusion. Ou bien par des attitudes différentes en matière de santé: selon les chercheurs, ces femmes pourraient par exemple plus souvent effectuer des mammographies, et présenter un meilleur taux de diagnostic que celles n’achetant jamais de bio.

 

Le lymphome non hodgkinien, effet réel?

Plus étonnant, le risque de lymphome non hodgkinien était diminué de 21% chez les femmes consommant souvent ou toujours du bio. Difficile de certifier la réalité de cette association statistique. Deux indices toutefois: primo, un effet préventif (-6%), léger mais statistiquement significatif, était déjà observé chez les femmes disant «parfois» acheter du bio; deuxio, le lymphome non hodgkinien fait partie de ces maladies pour lesquelles un lien avec l’exposition professionnelle aux pesticides est désormais bien établi.

«A notre connaissance, il s’agit de la première étude à examiner l’association entre la consommation d’aliments bio et le risque de cancer, un sujet particulièrement intéressant du fait que la santé est avancée comme première raison d’une alimentation bio», commentent les chercheurs. Le défaut majeur de ces travaux réside toutefois dans l’absence totale de données quant au taux de pesticides dans le sang.

Lancée en février, l’étude française BioNutriNet permettra d’en savoir plus à ce sujet: accolée à l’étude NutriNet, elle prévoit notamment d’analyser «les effets  de la consommation des aliments bio sur l’état nutritionnel et toxicologique (mesuré par des  marqueurs sanguins) et, à terme, le risque ou la protection vis-à-vis de maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, etc.)». BioNutriNet portera sur 100.000 internautes, dont 50.000 consommateurs de bio, suivis sur une période d’au moins 5 ans.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus